Publié le mardi 05 juillet 2011 à 08H20 - Vu 74 fois
Ah, les plaisirs de la chasse ! Se retrouver entre amis pour vivre une passion commune en se pénétrant d'une nature reposante magnifiée par le givre hivernal ou les brumes automnales.
Seuls les aboiements des chiens et les détonations déchirent le silence de temps à autre. « Gros con ! Casse-toi ! Fous le camp ! » aussi, le 24 janvier 2010, du côté de Bouleuse.
Ce dimanche matin, une dizaine de sociétaires de « La Chasse aux Bois » participent à une battue sur les hauteurs du village proche de Ville-en-Tardenois. Voilà qui déplaît à un habitant de la commune, Pascal Billet, solide gaillard de 53 ans, lui-même chasseur depuis l'âge de 16 ans.
Il n'en démord pas, seul contre tous. « Le samedi, c'est cette société qui a le droit de chasse là-bas. Le dimanche, le terrain m'est réservé. »
Balles perdues vers l'A4
En début de matinée, il surgit pour apostropher l'un des chasseurs : « Tu n'as rien à faire ici ! Barre-toi ! Fous le camp ! »
Réponse : « Casse-toi, gros con ! ». Piqué au vif, Pascal retire sa veste et pose son fusil. Récit du chasseur : « Il est venu vers moi. Il m'a dit : « Je vais te mettre une balle ». J'ai reçu un coup-de-poing au visage (ndlr : « une claque », assure le prévenu). J'ai fait barrage avec ma carabine. Il l'a attrapée. Il m'a tiré avec. Il a levé le canon. Il a appuyé sur la gâchette. »
L'agresseur l'actionne trois fois, trois coups de feu qui claquent - de la cartouche Remington 280 - alors que « le canon est entre l'épaule droite et la tête » de la victime.
« Ce sont des balles qui ont été tirées, pas du petit plomb ! On a frôlé le drame », insiste son avocat, Me Philippe Osmont. Sans compter le risque qu'ont fait courir les trois balles perdues aux usagers de l'A4 : l'axe de tir menait vers l'autoroute…
Alertés, le père et l'oncle du chasseur le rejoignent. Ils affirment que l'agresseur a repris son fusil, l'a chargé de deux cartouches et hurlé : « Si vous ne dégagez pas, je vous mets une balle ! ».
« Monsieur Claque »
« Il nous a fait une peur monstre », témoigne le père. « Je lui ai dit : « D'accord, on arrête la chasse. » J'ai sonné les cinq coups de trompe. Nous sommes partis. Il nous a suivis un peu. Nous étions tous décomposés. »
Plainte, enquête et renvoi du tireur devant le tribunal correctionnel de Reims. « Il a appuyé trois fois sur la gâchette, non pas pour faire peur, mais pour décharger le fusil », plaide Me Emmanuel Ludot. « Je voulais désarmer l'arme pour éviter une connerie », confirme son client.
Le procédé fait sursauter Me Osmont, lequel évoque de précédents incidents impliquant le prévenu.
« M.Billet, c'est M.Claque ! Il a déjà giflé deux personnes, une qui traversait sa chasse, l'autre qui tirait les pigeons. C'est quelqu'un de particulièrement irascible. » Protestations de Me Ludot qui dénonce des accusations sans preuve.
Jugé pour les menaces de mort et la mise en danger d'autrui (le coup-de-poing est prescrit), le chasseur est condamné à trois mois de prison avec sursis. Son fusil est confisqué, avec interdiction de détenir une arme pendant six mois.
Pas sûr qu'il se rabiboche avec la partie adverse, elle aussi de Bouleuse. Question lors du procès : « Vous avez dit aux gendarmes : « Je ne regrette pas de lui avoir mis une claque ». Vous maintenez ?
- Je maintiens ! »
Fabrice CURLIER
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