Publié le lundi 13 juin 2011 à 09H26 - Vu 38 fois
Bournonville Alors qu'on célèbre l'anniversaire des derniers combats du printemps 1940 avant la demande d'armistice, voici un épisode argonnais qui en illustre la complexité.
SI hier à Châlons-en-Champagne on a célébré le comportement héroïque du lieutenant Loyer qui a défendu l'hôtel de ville jusqu'à ce qu'il soit tué par l'ennemi le 12 juin 1940, dans le même temps, l'avancée des troupes de la Wehrmacht dans le département de la Marne a donné lieu à de nombreux accrochages et à de vraies batailles au cours desquels les soldats français ont résisté du mieux qu'ils pouvaient avec les moyens dont ils disposaient.
Noëlle Lahaye, une lectrice a retrouvé dans son village natal le témoignage rédigé en 1946 par le lieutenant de réserve Guiffroy du 6e régiment d'infanterie coloniale mixte sénégalais qui a combattu avec ses hommes à Bournonville en Argonne.
Elle a obtenu ce document en 2009 à l'occasion de l'inauguration du petit beffroi remettant la cloche ressortie de terre au milieu du village !
Un nouveau point de défense
Un mois après la puissante attaque aéroterrestre contre le Benelux et la France engagée par le Reich, la situation des troupes françaises est alarmante.
Les armées sont contraintes au repli et certains secteurs sont très désorganisés.
Pourtant des efforts sont accomplis dans les Ardennes puis dans la Marne afin de freiner la progression de l'ennemi.
Le 12 juin 1940, le 6e régiment d'infanterie coloniale mixte sénégalais se replie depuis Gratreuil.
Le 13 à la mi-journée, il traverse La Chapelle-Felcourt puis Valmy. C'est à ce moment précis que le 3e bataillon est dirigé sur Givry-en-Argonne. Les soldats passent par Vieil-Dampierre. Il est 16 heures. Ils coupent au plus court par les bois alors que le convoi des véhicules d'approvisionnement continue par la route jusqu'à Bournonville.
Le village est atteint vers 18 heures : « Nous faisons former les faisceaux alors que les mitrailleuses allemandes claquent à l'autre bout de la commune » mentionne l'officier. Tandis que le chef de bataillon et son état-major s'implantent dans le bois de Belval avec la 9e compagnie, la 10e commandée par le capitaine Larroque déjà deux fois cités prend position près du dépôt d'essence. La 6e compagnie s'installe dans le village avec l'ordre suivant : « tenir jusqu'à la mort ».
Une section celle du sergent David est placée à l'est du village flanquée de deux groupes de mitrailleuses.
La section du lieutenant narrateur est positionnée dans la grande ferme occupant le centre de la commune.
« Toute la soirée et toute la nuit nous sommes mitraillés et bombardés ». On relève de nombreux blessés dont un Sénégalais qui a eu les deux jambes arrachées. Le malheureux expire peu après.
Il faut partir
Déjà il faut penser à évacuer et faire partir le train avec autos et bagages.
Le 14 à 4 heures, les Allemands pilonnent le village et plusieurs maisons s'embrasent. Une grange où étaient dissimulés la cuisine roulante et plusieurs véhicules est à son tour dévorée par le feu.
Il y a partout un tel dégagement de fumée qu'il devient très difficile de respirer.
À 6 heures, la 10e compagnie se replie vers le bois où est stationné le PC du bataillon.
Le lieutenant fait de même avec ses soldats mais, vers 8 heures, ordre est donné de contre-attaquer pour reprendre Bournonville.
Les Allemands sont surpris. Ils battent en retraite et abandonnent du matériel ainsi que des blessés.
Peu de temps après les blindés ennemis contraignent les tirailleurs à s'abriter à la lisière des bois : « C'est là qu'à mes côtés mon caporal-chef, Monge est tué d'une balle dans la bouche ».
Pendant ce temps les gars de 11e compagnie se donnent à fond pour briser l'élan de l'adversaire. Guiffroy obtient alors sa 3e citation.
La situation se dégrade. Cinq officiers sur sept sont blessés et doivent être évacués vers les hôpitaux de l'arrière.
Vers 14 heures, le lieutenant est chargé d'une liaison avec la 9e compagnie.
À son retour vers 19 heures, le bataillon reçoit l'ordre de se replier. C'est un temps pénible puisque ce n'est que le 15 juin aux alentours de 10 heures qu'il retrouve sa compagnie à Vaubécourt. « Sans carte ni boussole, nous n'avions que l'étoile polaire pour nous diriger ».
Et de préciser : « A la 11e compagnie, il ne reste plus le 15 que deux sections : celle du sous-lieutenant Delès et la mienne. Celle du sergent David a été faite prisonnière, celle de l'adjudant-chef Saintagne a été massacrée ».
Le 16, le lieutenant apprend que le 1er bataillon à la tête duquel se trouve le commandant Cordier a été surpris à Braux-Saint-Remy. Il a été fusillé avec ses hommes.
Il repose dans le cimetière du village. Guiffroy salue en conclusion : « les Braves Sénégalais qui, venus du fond de l'Empire colonial sont tous morts en héros », en glorieux soldats.
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