Publié le mardi 28 août 2012 à 09H25 - Vu 632 fois
REIMS (Marne). Inaugurées en 1929, les halles Boulingrin ne tardent pas à connaître différents désordres qui entraînent sa fermeture au public le 29 août 1988.
SI, à peine inaugurées, les halles Boulingrin sont considérées comme un modèle à suivre, un chef-d'œuvre sitôt copié à La Corogne (Espagne), si, en 1930, la société centrale des architectes décerne à l'édifice la grande médaille d'or lors du Salon des artistes français, si les Rémois prennent plaisir à venir faire le plein de leurs cabas dans ce nouveau marché, les élus, eux, ne tardent pas à avoir des sueurs froides.
Dès 1937, des problèmes électriques et sur les carrelages obligent à des premières interventions. En 1940, des traces de corrosion apparaissent à l'intérieur de l'édifice. La condensation serait provoquée par la trop grande abondance de produits maraîchers dans les halles. Mais 1940, c'est aussi la fin de la drôle de guerre. Les bombardements qui touchent Reims et ses halles n'affectent pas les structures du bâtiment mais détruisent presque totalement les vitres en verre armé jaunes qui les recouvre. Elles seront remplacées par des verres triple épaisseur. Une fausse bonne idée. Si elles ont assuré une meilleure isolation, elles ont rapidement transféré sur la voûte l'essentiel de la condensation. Bilan : la structure s'est dégradée. Le béton a souffert d'une dégradation par carbonatation accompagnée d'une diminution du pH du béton. Bilan, le béton s'est abîmé, les armatures de ferraille ont rouillé. Des photos prises en 1942 en attestaient déjà. Puis un peu plus tard, des petites plaques de ciment se sont mises régulièrement à tomber sur les commerçants et les clients.
Un emprunt de 14 MF
En 1952, la Ville décide d'emprunter 14MF sur trente ans pour faire de grosses réparations dans les halles tout en s'interrogeant pour savoir si la voûte serait tout de même encore en mesure de résister quelques années. Trois ans plus tard, aucuns travaux n'ayant été engagés, la Ville confie une étude au bureau Véritas pour examiner la qualité de la couverture des halles.
Le temps passe. En 1957, suite à une étude de la Socotec demandée par la municipalité Bride, c'est l'ingénieur Freyssinet en personne qui reconnaît l'état de vieillissement des bétons « à cause de défauts de ventilation de l'intrados ». Quelques mois plus tard, en fin de séance de conseil, certains évoquent l'idée de lancer une étude pour la démolition-reconstruction des halles.
1975 : démolition envisagée
1960 : les premiers filets treillis de protection sont posés sous la voûte.
Des dizaines de gravats de béton plus tard, en 1975, la municipalité Taittinger est au regret de ne pas pouvoir donner suite à son projet de démolition des halles : trop cher.
L'équipe municipale du maire communiste Claude Lamblin décide en 1982 le lancement d'une consultation pour voir comment restaurer les halles. La Socotec est à nouveau consultée ainsi que deux ingénieurs espagnols : Ordonnez et Serrano.
Ils estiment qu'il est possible de sauver la voûte en décapant puis en réenrobant de résine les fers. Coût estimatif : 6MF pour le gros œuvre. L'architecte Paul Chemetov fait déjà savoir en 1983 qu'il faut préserver ces halles.
À changement de maire, nouveau changement de programme.
Afin de réaliser un ensemble immobilier avec un centre des congrès sur l'îlot des halles, Jean Falala propose en 1987 la destruction du bâtiment. Le coup d'envoi d'une polémique qui durera vingt ans.
Alain MOYAT
Prochain article : Tempête autour d'un vaisseau de pierre.
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