Publié le mercredi 09 mars 2011 à 08H55 - Vu 5688 fois
ÉPERNAY (Marne). Le drame s'est noué dans une ancienne maison ouvrière de la rue de Montlhéry aux alentours de 18 h 30. Le petit Axel, 8 ans, a été poignardé puis étouffé à mort par sa mère qui a ensuite manqué de mettre fin à ses jours. Hospitalisée mais hors de danger, elle a prétendu que son fils était possédé par Belzébuth.
UNE ancienne maison ouvrière de deux étages sous combles de la rue de Montlhéry, à Épernay. Les huisseries sont écaillées par le temps, mais aux fenêtres du rez-de-chaussée, deux volets roulants en PVC ne manquent pas de forcer le contraste.
L'un est néanmoins endommagé. Derrière, une vitre brisée laisse passer l'air frais de ce mois de mars à travers un trou béant aux contours acérés. De l'autre côté de la fenêtre, s'ouvre un petit salon équipé d'un coin cuisine. Le temps semble s'être figé. Et dans la pièce d'à-côté, on devine une chambre, dont les volets baissés ne laissent rien entrevoir.
C'est là, dans cet appartement à la porte désormais scellée, au numéro 1 de cette petite rue tranquille remontant vers l'Hôtel des impôts, non loin de la rue Henri-Martin, que le corps d'un petit garçon a été retrouvé gisant dans son lit, lundi soir, atteint de plusieurs coups de couteau. Le petit Axel n'avait que 8 ans.
C'est sa mère qui a donné l'alerte aux alentours de 18 h 30 en tenant des propos délirants selon lesquels elle aurait tué son fils possédé par Belzhébut, avant de retourner l'arme contre elle.
Des propos délirants
Policiers, sapeurs-pompiers et médecins du Samu se sont aussitôt rendus sur place, découvrant alors l'horreur de la scène. L'arme, un petit couteau de poche d'une dizaine de centimètres de longueur de lame, se trouvait encore sur le lit. Les secours ont tout fait pour ramener le petit garçon à la vie, mais en vain.
Blessée au thorax, sa mère a, quant à elle, été hospitalisée à Épernay puis opérée dans l'urgence à la suite d'une hémorragie interne. Ses jours ne sont cependant pas en danger.
Les policiers d'Épernay cherchent désormais à savoir ce qui a véritablement poussé cette femme de 34 ans à tuer son enfant, né de père inconnu, avec lequel elle vivait seule depuis le départ de la région, il y a plusieurs mois, de son mari d'origine maghrébine. Le croyait-elle vraiment possédé par le diable ? Une chose est sûre : le petit Axel a reçu une quinzaine de coups de couteau non mortels au niveau de la poitrine et du cou. Mais l'autopsie pratiquée hier après-midi au CHU de Reims a révélé que la mort avait été provoquée par asphyxie, ce qui laisse supposer que celui-ci a ensuite été étouffé par sa mère à l'aide d'un oreiller ou d'un coussin. Un coup fatal.
Encore hospitalisée
Cette dernière demeurait encore hospitalisée sous bonne surveillance, hier, à l'hôpital sparnacien et n'avait toujours pas été entendue sur les circonstances de son geste. Mais dans la rue de Montlhéry, peu habituée à l'effervescence qui s'est emparée des lieux lundi soir, il semblerait toutefois qu'on ait une petite idée sur la question. « On a des choses à dire, mais on ne dira rien sans avoir été entendu par la police avant », déclare en effet un voisin chez qui le petit Axel venait de temps en temps s'amuser avec l'enfant de la famille.
En revanche, à quelques portes de là, d'autres langues ne manquent pas d'être plus précises, laissant courir le bruit selon lequel la mère du petit garçon, que l'on sentait dépressive, aurait voulu emporter son fils dans un suicide familial. Une hypothèse qui, pour le moment, ne tient cependant que de la rumeur. L'enquête le déterminera au fil des auditions qui devraient avoir lieu ces prochains jours.
Acariâtre et autoritaire
Toujours est-il que parmi le voisinage, la mère d'Axel ne faisait pas l'unanimité. Vivant seule avec son enfant depuis environ deux ans dans ce modeste appartement de la rue de Montlhéry, elle est décrite comme acariâtre et autoritaire. « Dès ses premiers jours ici, elle a commencé à faire son cirque à cause de la place Handicapé de mon mari que sa voiture occupait et qu'elle ne voulait pas céder », raconte une proche voisine. « Depuis, on ne se disait plus bonjour. » Et un autre voisin de livrer son sentiment : « J'ai l'impression qu'elle faisait des fois des crises de démence. Elle rouspétait toujours. » « A moi, elle me disait bonjour, mais elle était bizarre », se souvient-on par ailleurs. « Il lui arrivait de s'enfermer chez elle, les volets fermés, et de ne répondre à personne. Et puis des fois, elle parlait très mal à son petit garçon. Je trouve qu'elle criait beaucoup trop fort après lui. » Alors, que s'est-il passé lundi soir dans cet appartement du 1, de la rue de Montlhéry ? Le seul voisin de palier, lui, affirme n'avoir rien entendu au moment du drame.
Quelles raisons ont bien pu pousser cette femme à s'acharner ainsi sur son fils, décrit comme « un très gentil garçon, plein de vie » ? L'apparition du diable y est-elle vraiment pour quelque chose ? Plus certainement, en tout cas, des troubles d'ordre psychiatrique. « Il faut maintenant trouver des explications », indiquait hier matin le parquet de Châlons-en-Champagne qui s'est dessaisi du dossier au cours de l'après-midi, au profit du parquet de Reims. Reste à savoir ce que dira la mère du petit Axel avant que l'affaire ne finisse par rejoindre le pôle de l'instruction.
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