Publié le jeudi 11 octobre 2012 à 08H38 - Vu 339 fois
REIMS (Marne). Enfin reconnu à sa juste valeur, Mahiedine, double vice-champion olympique, semble apaisé. Mais, comme il a foi en sa force, il rêve d'atteindre le firmament.
L'HOMME est un champion et le champion est un homme. Humble, modeste, courtois, apaisé. A 27 ans, bardé de titres et de médailles qui font de lui l'un des meilleurs athlètes français de tous les temps, Mahiedine Mekhissi a mûri. Hier, devant un parterre de journalistes venus s'enquérir de son état d'esprit d'après-JO, l'enfant du quartier de Wilson, chef de file de l'Efsra, a devisé pendant plus d'une heure sur ses émotions passées et futures. Une confession mêlant spontanéité et profondeur.
« MON AMI KEMBOI »
« On a aussi organisé ce rendez-vous pour qu'il vienne découvrir ma ville. Il voulait venir, mais des problèmes personnels au Kenya (lire par ailleurs) l'en ont empêché. Une vraie amitié nous unit. Il m'a annoncé son désir de monter sur le marathon, mais je ne veux pas qu'il aille sur la route. Je veux ma revanche à Rio. J'ai préféré que ce soit lui qui me batte à Londres. Si ça avait été un autre, je ne l'aurais pas digéré. »
« UN GESTE SPONTANÉ »
« L'image de l'échange de maillots et de l'accolade après la course, a fait le tour du monde. C'est venu de façon naturelle. J'étais dans ma bulle. Kemboi m'a parlé en anglais, je n'ai pas tout compris. Les gens ont apprécié. Pour moi, c'est le plus grand champion : double champion du monde, double champion olympique, il a couru le 3 000 steeple en 7'55. C'est une véritable star chez lui. J'aime bien me confronter aux meilleurs. »
« J'AI PRIS CONSCIENCE DE MON STATUT »
« Champion d'Europe, vice-champion olympique la même année, ce n'est pas rien. Je m'entraîne dur pour atteindre le plus haut niveau. J'ai confiance en moi. J'ai peut-être du talent, mais j'ai su le développer. J'aime la souffrance et je n'arrive pas à me motiver pour les séances faciles. À Londres, j'ai montré que j'avais progressé. J'étais attendu et je me suis servi de cette pression pour me sublimer. »
« JE MANQUE ENCORE D'EXPÉRIENCE »
« Je pense qu'il me manque encore de l'expérience. Kemboi en est à sa troisième olympiade. A Rio, j'aurai 31 ans, le bon âge. J'ai constaté que, dans une grande finale, ce n'est pas toujours le plus fort qui l'emporte, mais le plus expérimenté. Aux Jeux de Pékin, j'étais encore insouciant. Mais tout ce qui a été dit et écrit à mon sujet, tout le scepticisme qui a suivi ma médaille, m'a rendu plus fort. J'avais la rage. Je me suis entraîné encore plus intensément pour leur montrer. J'ai foi en ma force et dès que je suis au départ d'une course, c'est pour la gagner. »
« J'AI REVU PLUSIEURS FOIS LA FINALE »
« J'ai revu la finale. J'étais vraiment fort, mais j'ai constaté que j'ai commis quelques erreurs de placement et de concentration. Je me disais : « Pourquoi tu n'attaques pas là, pourquoi tu restes derrière ! ». Mais bon, les regrets ne feront que décupler ma motivation pour la suite. »
« APRÈS LES JO, J'ÉTAIS LESSIVÉ »
« J'ai souhaité décompresser après les Jeux. J'ai continué à m'entraîner, mais je n'avais pas envie de participer à des meetings. C'est vrai que j'aurais pu monnayer ma médaille, mais je n'avais plus la motivation nécessaire. Un championnat d'Europe suivi de Jeux Olympiques, c'est vraiment épuisant physiquement et mentalement. »
« POUR 2013, RIEN N'EST FIXÉ »
« Je n'ai repris l'entraînement que ce lundi. Je n'ai pas encore défini mon programme. Bien sûr, il y a les Mondiaux de Moscou. On verra bien. »
« J'AI ENVIE DE LAISSER UNE TRACE »
« J'ai envie de laisser une trace. Je veux mettre un terme à ma carrière au moins avec un titre olympique ou un titre de champion du monde. Jusqu'ici, je ne suis pas passé très loin. Un jour, ça passera… »
Propos recueillis par Gérard KANCEL
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