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Assises / Viol : « J’ai fait une belle connerie »

Publié le vendredi 26 novembre 2010 à 11H14 - Vu 601 fois



AVENAY-VAL-D'AVENAY (Marne). Jean-Michel Jobert, un vigneron originaire de Magenta, est jugé pour viol par la cour d’assises de la Marne. Le 22 décembre 2007, il avait abusé de l’épouse d’un ami.

EN 2009, 9 842 femmes ont été victimes de viol. En France, on estime à 200, le nombre d’agressions sexuelles quotidiennes, soit une toutes les 7 minutes. Ce jeudi 25 novembre, une journée internationale était consacrée à la lutte contre les violences faites aux femmes. Pas une radio. Pas une télé n’a omis d’évoquer le sujet, nous bombardant au passage de témoignages poignants.
Hasard du calendrier, c’est dans ce contexte que s’est ouvert, hier, le procès de Jean-Michel Jobert devant la cour d’assises de la Marne. Ce vigneron de 55 ans, originaire de Magenta est jugé à Reims pour le viol d’Annie Schawann, âgée à l’époque de 58 ans. Une agression que l’homme n’a jamais niée mais dont il a donné de nombreuses versions tout au long de l’enquête et de l’instruction. Tout juste admettra-t-il, familièrement face aux gendarmes de Dizy : « J’ai fait une belle connerie ».
 

Un procès public

Le cheveu poivre et sel, des lunettes vissées sur le nez, Jean-Michel Jobert garde la tête baissée en pénétrant dans la salle d’audience où, dans quelques minutes, un jury populaire devra statuer sur son sort. Le visage buriné, l’homme, âgé aujourd’hui de 55 ans, semble marqué. Il avouera d’ailleurs plus tard au président de la cour, « J’ai peur de ce qui va m’arriver ».
Plus discrètement, Annie Schawann, sa victime, entourée de son mari prend place sur le banc de la partie civile. Son regard bleu noyé de larmes ne parvient pas à fixer son agresseur. Malgré la douleur de voir s’étaler une partie affreuse de sa vie, cette habitante d’Avenay-val-d’Or, n’a pas souhaité que le procès se tienne à huis clos. « Tout le monde a le droit de savoir ce qu’il m’a fait », affirme-t-elle dans son entretien à l’union.
Le 22 décembre 2007, cette mère de famille se trouve chez elle, dans ce pavillon qu’elle habite depuis de nombreuses années avec son mari. Vers 13 heures, Jean-Michel Jobert, un ami de son époux, rapporte l’escabeau qu’il avait emprunté quelques jours plus tôt. « On parlait des travaux effectués par mon mari lorsqu’il m’a violemment saisi les bras ».

« Pas opérationnelle »


Triturant depuis de longues minutes son mouchoir en papier, Annie Schawann évoque son agression. « On se trouvait au sous-sol ». L’homme la soulève, la dépose violemment sur la table de la cuisine avant d’abuser d’elle. Seuls, les cris poussés par la victime en raison de violentes douleurs au dos auront raison de son crime.
Le viol consommé, Jean-Michel Jobert affirme avoir remonté son pantalon, avant de quitter les lieux. « Elle m’a dit : fous le camp… » Hier, il invoquera des trous de mémoire pour éviter de réitérer les paroles prononcées en quittant sa victime ce 22 décembre 2007 : « De toute façon, tu n’étais pas opérationnelle… »
Ce n’est que le 5 janvier 2008, soit 14 jours après les faits qu’Annie Schawann aura le courage de se présenter à la gendarmerie de Dizy, accompagné de son mari pour y déposer plainte.
Placé en garde à vue le 6 janvier, Jean-Michel Jobert admettait avoir agi « sur un coup de folie ». Dans un premier temps, il accusait l’épouse de son ami d’avoir eu une attitude provocante, avant de se raviser.
Interrogé par le président, l’accusé a tenté de minimiser son implication dans ce viol. « Je n’ai pas souvenir qu’elle se soit débattue ». D’ailleurs, auprès du médecin expert chargé de l’évaluer, il préférera admettre avoir trompé sa femme plutôt que d’être l’auteur d’un viol.
Il risque jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle. Verdict attendu en fin d’après-midi.

Corinne LANGE


« Ma vie est devenue un véritable cauchemar »

« Avec Bernard, on s'est mariés le 4 juillet 1970. On a deux filles, une petite-fille. Avec mon mari, on s'est toujours fait confiance… » Les jours heureux ! Un bonheur qui a éclaté ce 22 décembre 2007 avec son viol. Un bonheur qu'Annie Schawann croit avoir perdu à jamais. « Ma vie est devenue un véritable cauchemar ». Jolie sans en avoir conscience, discrète, Annie possède désormais cette timidité typique des victimes de viols.
Bernard, son mari et Jean-Michel Jobert se fréquentent depuis quelques années déjà. Tous deux sont membres de la musique de Magenta et de l'harmonie des chemins de fer. « Je joue de la trompette et lui du clairon », explique Bernard. « C'est scandaleux ce qu'il a fait subir à ma femme ! ». C'est lui qui découvrira le drame. « Je ne voulais pas gâcher les fêtes de Noël de la famille en avouant le viol », confie Annie. Son époux sent bien qu'elle lui cache quelque chose. « On est un couple soudé pourtant. » Le 24 décembre, Annie se refuse à lui. « C'est vrai qu'on avait une vie sexuelle active », convient cette dernière. À son mari, elle préfère mentir. Jusqu'à leur retour. « Elle se mettait en colère pour un rien et pleurait souvent. »

Un dépistage du sida

Bernard Schawann incite alors son épouse à consulter un médecin. Elle finit par avouer avoir été victime d'un viol de la part de Jean-Michel Jobert.
« On a dû se soumettre à un dépistage du sida. À 60 ans… », lâche-t-elle. L'horreur ne s'arrête pas là. Le couple doit se résoudre à vendre leur maison d'Avenay-Val-d'Or. « Je ne supportais plus de revoir la pièce où le viol s'est produit », se larmoie Annie. Pire : « J'ai dû démissionner de la musique car j'y rencontrais encore Jobert et sa femme, malgré l'interdiction qui lui a été faite à lui ».
Avec ce procès qui s'ouvre, Annie réclame justice. « Pas la vengeance, juste la justice ». Elle espère ainsi envoyer un message à son violeur et surtout aux femmes victimes de viols. « Elles doivent porter plainte malgré la honte. » Car Annie Schawann assure que la honte fait encore partie de son quotidien. « Mon mari me soutient mais nos relations, notre complicité ne seront plus jamais les mêmes ». En plus d'un spécialiste pour ses douleurs de dos, Annie doit désormais consulter un psychiatre. « Je suis sous anti-dépresseurs. Ce matin, pour le procès, j'ai dû prendre des calmants. » Pour retrouver sa joie de vivre d'antan, Annie est prête à tous les sacrifices. « Même quitter cette région qui m'a vue naître et que j'aime. » Elle espère maintenant tourner la page, dès ce soir, à l'issue du verdict. Et attendre sereinement l'arrivée de ce premier petit-fils attendu pour Noël.
C.L

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