Publié le samedi 31 décembre 2011 à 12H00 - Vu 250 fois
« Crémant de Neuilly-Plaisance », le CIVC peut dormir tranquille, l'appellation champagne n'est pas galvaudée.
Ce soir, Pierre Facon trinquera à la nouvelle année avec son propre « champagne ». Non pas qu'il soit propriétaire de vignes dans la zone d'appellation : il vit en région parisienne, dans le 9-3. Cela n'empêche pas ce vigneron du dimanche de produire son propre vin effervescent…
SIX CENTS mètres carrés de vignes alignées à flanc de coteaux qui donnent « sur un immeuble, pas un HLM » prévient le propriétaire des lieux.
Bienvenue à Neuilly-Plaisance, dans le 9-3, la Seine-Saint-Denis. Un département souvent montré du doigt pour ses rappeurs, ses quartiers difficiles et son insécurité. Mais pas pour sa culture viticole.
Pourtant, comme plus de 200 membres de l'association les Vignerons franciliens réunis (VFR), Pierre Facon produit son propre vin. Et même de l'effervescent ! Les étiquettes, réalisées artisanalement, indiquent « Crémant de Neuilly-Plaisance ».
C'est un blanc issu d'un vignoble, planté de 1995 à 2000, de cépages pinot noir, pinot meunier, chardonnay et arbane, « qui vient du lycée viticole d'Avize », précise le maître des lieux.
Ces 600 pieds ont donné 540 litres lors des vendanges de septembre dernier. « On est allé jusqu'à 680 litres », relève Pierre Facon en faisant découvrir ses quatre cuves inox plantés à 17 kilomètres à vol d'oiseau des tours de Notre-Dame de Paris…
15 mois sur lattes
C'est que, même amateur, ce viticulteur n'en respecte pas moins les règles permettant d'atteindre son objectif : « Se rapprocher d'un vin de champagne. » Des conseils d'œnologues, de vignerons de Dormans, de la station œnotechnique de Magenta…
Pierre Facon, par ailleurs conseiller général et adjoint au maire (UMP), met tous les atouts pour réussir dans son entreprise. « Au début, j'ai fait des erreurs et mis des cuves à l'égout. » Désormais, il s'est doté d'un pressoir de 500 litres, acheté 12 000 € d'occasion, digne d'un pro. « Cela change de mon pressoir vertical fait maison… »
Acide tartrique, prise de mousse, analyses, ajout de sucre, passage de quinze mois sur lattes avant les pupitres, dégorgement manuel, il a tout d'un pro dans sa cave. Néanmoins, Pierre Facon avoue avoir un problème, non pas avec ses bouteilles, qu'il va chercher chaque année à la coopérative du SGV à Epernay ou Dormans, mais de bouchonneuse.
« Faire du vin à bulles »
Heureusement, les quantités sont réduites. D'ailleurs, faute de disposer de suffisamment de cuves, il ne fait que du millésimé. « Là, il me reste encore du 2009 et je conserve quelques bouteilles de 2008. On en a gardé jusqu'à cinq ans, cela évolue bien. »
Quant au millésime 2011, il sera rosé, mais effervescent. Et pour le 2012, ce devrait être du rouge, toujours effervescent. Iconoclaste, Pierre Facon ? En fait, il se « fixe des challenges. J'aime les choses compliquées. Le vin tranquille, c'est trop simple », lance-t-il.
Pendant toute cette rencontre, que ce soit dans ses galipes ou son cellier, le Francilien va bien faire attention de ne pas froisser le CIVC, n'employant pas le mot champagne. Pas fou ! Non, notre homme se targue, en dehors de la Seine-et-Marne, d'être le seul en région parisienne à produire de l'effervescent. Effectivement, un autre viticulteur amateur adhérent de la VFR applique la méthode traditionnelle à son raisin récolté à Chalifert dans le 7-7, à l'ombre d'un célèbre parc d'attractions.
« Je m'inspire du savoir faire du champagne mais je ne produis pas du champagne. » Néanmoins glisse malicieusement Pierre Facon, « lors de dégustations à l'aveugle, des Champenois mettent parfois mon vin devant des champagnes ». Alors, oui, « c'est une fierté, une reconnaissance… »
Surtout, il se targue de ne pas faire comme les autres, de réaliser un produit différent. « J'aime la création, c'est un défi que l'on m'a lancé : tu n'arriveras jamais à faire un bon vin ici ! » Alors, c'est « le plaisir de voir ce bout de bois », en montrant un cep, « qui va faire du vin à bulles », qui l'anime.
Droits de plantation ?
En bon élu, Pierre Facon n'oublie pas d'utiliser sa vigne pour transformer les vendanges en opération de communication. « Chaque année, nous fixons un thème (romaine, jazz, Moyen-Âge…). » Il accueille aussi les scolaires, des associations et même « des représentants du ministère de l'agriculture du Japon qui souhaite implanter des vignes dans leurs villes ».
Alors, pourquoi ne pas faire évoluer son statut de vigneron du dimanche en une activité professionnelle ? C'est parce que ces vignes ne bénéficient pas de droit de vente. « Il aurait fallu que je change de région, lance Pierre Facon. Oui, c'est un rêve, mais après il faut commercialiser le produit… Mon plaisir demeure la production de mon vin. » Et de le déguster tranquillement pour le Nouvel An…
Enfin, le Parisien ambitionne toujours que « la région parisienne puisse obtenir des droits de plantation de 50 ou 100 hectares. Mais le ministère de l'agriculture est fermé à cette demande ». Le CIVC peut-être rassuré, le « champagne » du 9-3 ne lui fera pas d'ombre dans les prochaines décennies !
Frédéric GOUIS
Photos : Remi WAFFLART
Retrouvez l'aventure viticole de cet amateur sur son blog : pierre-facon.fr/blog/.
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