Publié le mercredi 19 octobre 2011 à 07H57 - Vu 637 fois
Victorien Leblanc et Thierry Guillon devant les palettes vides après le passage des cambrioleurs.
LOUVOIS (Marne). Les malfaiteurs sont parvenus à prendre la fuite malgré l'intervention musclée d'un salarié. Ils ont emporté toute la réserve de whisky haut de gamme et les livraisons prévues ces prochains jours. Le préjudice est estimé à 150 000 euros.
ILS sont environ 10 000 à visiter chaque année les installations de la distillerie Guillon, située au milieu des bois, au hameau de Vertuelle. Mais eux le font pendant les horaires d'ouverture. D'autres, hélas, ont manifestement été tentés de s'inviter en toute illégalité au cours de la nuit de lundi à mardi afin de faire main basse sur les réserves haut de gamme de single malt de la Montagne de Reims, produit par cette entreprise familiale qui, depuis 1997, écoule quelque 40 000 bouteilles par an de « whisky pur Marne ».
Là, au cœur des dix hectares de la propriété, sont d'ailleurs stockés pas moins de 1 200 fûts de chêne dans lesquels le précieux alcool de grain couve depuis ces douze dernières années. Un véritable trésor qui constitue aussi toute la richesse de cette société comptant quatre salariés et une cinquantaine d'agents commerciaux en France.
Les individus qui s'y sont introduits par effraction ne l'ignoraient certainement pas. Ils ont agi en professionnels et probablement même avaient-ils fait un repérage auparavant. Toujours est-il qu'au milieu de la nuit, ils ont forcé la serrure d'un des portails de la propriété avant de se diriger vers les réserves de single malt. Plusieurs palettes avaient été préparées ces derniers jours afin d'être livrées. Soit environ 3 000 bouteilles de 8 et 9 ans d'âge, conditionnées sous film sur 7 à 8 palettes pesant chacune 700 kilos. Certaines se trouvaient dans la réserve, d'autres à bord d'un fourgon. 2 000 carafes devaient même être acheminées aujourd'hui vers une centrale de cavistes.
Aussi les malfrats n'ont-ils pas fait de détails. Après avoir fracturé la porte de l'entrepôt, puis celle de la réserve, pourtant sécurisées, ils ont eu le temps de tout emporter, chargeant pendant plusieurs heures les cartons à bord de leurs véhicules. Ils ont également pris possession par effraction du fourgon de livraison plein à craquer qui se trouvait en stationnement devant la distillerie et ont saccagé l'entrepôt en vidant partout sur le sol le contenu de trois extincteurs. Un quatrième a été emporté.
Cependant, l'équipe aurait pu repartir aussi discrètement qu'à son arrivée si, dans un autre bâtiment, le sous-directeur de l'entreprise, Victorien Leblanc, n'avait pas été réveillé peu avant 6h30 du matin. « J'ai entendu un bruit, en bas, dans le magasin de vente », raconte-t-il. « J'avais une espèce de barre métallique sous mon lit. Je l'ai prise et je suis descendu calmement. »
Lancé aux trousses des malfaiteurs
L'homme, ceinture noire de karaté, s'est alors retrouvé en présence de deux individus encagoulés, gantés et vêtus tout de noir. « Ils discutaient en français », précise-t-il. Et de livrer le récit des secondes qui suivent : « J'ai sauté avec ma barre de fer par dessus le comptoir et je suis retombé sur l'un d'eux. On s'est retrouvés au sol, puis on s'est relevés. Il faisait noir. Ensuite, l'autre a ouvert la porte qu'ils avaient forcée pour entrer et cela a apporté un peu de clarté. A ce moment-là, j'ai vu les deux hommes partir en courant. »
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Faisant fi du danger, Victorien Leblanc n'a en effet pas hésité à se lancer en chaussettes et mains nues aux trousses des malfaiteurs. Avant de parvenir à hauteur de la distillerie. « Il y avait deux autres hommes vêtus de la même manière », se souvient-il.
« Barrez-vous, je leur ai dit en montant au volant du fourgon. Les deux hommes que je venais de prendre en chasse se trouvaient devant moi, autour d'une voiture rouge. Ils se sont alors rapprochés et l'un d'eux m'a aspergé le visage de gaz lacrymogène à travers la vitre ouverte. »
L'instant d'après, le sous-directeur de la distillerie Guillon était délogé manu militari avant d'être une nouvelle fois gazé. Cependant, c'était sans compter son acharnement à sauver le trésor de l'entreprise.
« Je me suis relevé et j'ai couru vers le Manitou pour les empêcher de partir », poursuit-il.
« Ils ont démarré le fourgon, la voiture rouge et ils sont partis. Je les ai suivis en Manitou sur la route en direction de Louvois, mais ils ont fini par prendre de l'avance. Alors, je me suis arrêté puis j'ai demandé à un automobiliste qui arrivait de les suivre et de me rappeler. Mais nous n'avons pas eu de nouvelles. »
Les voleurs n'ont laissé derrière eux que 200 bouteilles et en ont cassé une multitude. « Ils ont pris tout ce qu'ils pouvaient prendre », déplore le patron, Thierry Guillon. « Il faut au moins une heure et demie pour sortir tout ça. Ils devaient être plus de quatre. Et il devait y avoir un deuxième fourgon pour tout emporter. »
« C'étaient des jeunes », souligne pour sa part Victorien Leblanc.
C'est en tout cas un véritable coup dur pour l'entreprise. Le préjudice est estimé à environ 150 000 euros. « Cela risque de nous mettre sur la paille », confie Thierry Guillon. « Nous n'avons plus de réserve et nous devions faire un salon et un congrès ce week-end. Nous allons voir ce que nous pouvons faire. »
Les gendarmes de la communauté de brigades de Taissy et de la brigade de recherche de Reims ont été chargés de l'enquête.
Un véhicule rouge de petite cylindrée correspondant au signalement de celui aperçu à la distillerie a été aperçu par un témoin peu après les faits. Reste à savoir si des rapprochements peuvent être faits avec d'autres voitures rouges du même type, volées dans la région ou ailleurs.
Franck BRENNER
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