Publié le mercredi 27 janvier 2010 - Vu 99 fois
La fonderie est la filière de production qui a le moins mal résisté à la désindustrialisation massive des Ardennes.
Angel Garcia - l'Union de Reims
MAINTIEN des effectifs, coûte que coûte. C'est le pari de la fonderie ardennaise depuis le début de la crise. «On a tellement de mal à recruter les gens, à les former. Les licencier serait un énorme gâchis. J'espère qu'on ne s'en mordra pas les doigts si la reprise n'est pas au rendez-vous», explique Philippe Collignon, le président du syndicat des fondeurs ardennais (SFA).
Pour amortir la chute des commandes - jusqu'à 50 % -, les entreprises se sont résolues à recourir au chômage partiel et à tailler dans les CDD et surtout l'intérim. C'est déjà beaucoup. Plus d'un millier d'emplois dans un secteur qui, au plus fort de son activité, en employait cinq fois plus et ne recrute plus aujourd'hui que 4.200 personnes dans une quinzaine de sociétés.
Aussi surprenant qu'il paraisse, la fonderie est pourtant la filière de production qui a le moins mal résisté à la désindustrialisation massive survenue dans les Ardennes depuis la première crise du pétrole.
De 1975 à aujourd'hui, le département a en effet perdu la moitié de ses effectifs industriels (de 44.000 à 22.000). La métallurgie en a payé le prix fort. Mais contre vents et marées, la fonderie est parvenue à augmenter un niveau d'emploi qui plafonnait à 3.000 salariés après guerre. « Les Ardennes comptaient alors entre 120 et 130 entreprises, essentiellement des unités industrielles de petite taille », explique M. Collignon.
Révolution
La plupart n'ont pas résisté à la mondialisation. «Par tradition, les fondeurs ont toujours été d'excellents techniciens. Mais beaucoup ne savaient pas se vendre et maîtrisaient mal leur prix de revient ».
Une à une, les entreprises ont donc cédé sous les coups de boutoir de la concurrence ibérique d'abord, slave ensuite, asiatique enfin. « Que pouvaient-elles faire contre des pays qui, telle la Chine, pratiquent des coûts de main d'œuvre deux à trois fois inférieurs aux nôtres», poursuit M. Collignon.
Mieux structurées, seules les plus solides ont tiré parti de la grande révolution technique survenue dans la fonderie après 1945, celle de la fonte à graphite sphéroïdale, réputée plus robuste que le graphite lamellaire.
Plus que les autres secteurs de la métallurgie, elles ont également su diversifier leurs productions et leurs clientèles : automobile, chauffage, véhicules industriels, pompes et robinetterie...
Enfin, l'arrivée de la fonderie Citroën à Charleville en 1974 a dopé un secteur qui redoutait pourtant qu'elle lui débauche ses cadres. « PSA a au contraire permis de dynamiser les filières de formation dans les établissements locaux. Ça profite à tout le monde», conclut le président du syndicat, l'un des initiateurs du « contrat de progrès » destiné à promouvoir le « savoir-faire » des quinze survivantes de la fonderie ardennaise.
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