Publié le vendredi 12 octobre 2012 à 10H15 - Vu 609 fois
REIMS (Marne). Le cerveau du projet Mesma, équipant les sous-marins vendus au Pakistan, avait été retrouvé mort sur le site de la DCN d'Indret, près de Nantes, peu de temps avant leur livraison, en 1998. Officiellement, il s'agit d'un suicide. Mais la veuve de l'ingénieur français n'y a jamais cru.
Un certain nombre d'éléments troublants laissent à penser qu'André Rigault aurait été assassiné. Convaincu que le mobile se cache dans les brevets cédés à son insu à Matra-Thomson, son avocat, Me Ludot, du barreau de Reims, vient d'assigner l'État français devant le tribunal administratif de Paris et de solliciter l'État pakistanais pour que soient déclassifiés certains dossiers secret défense.
André Rigault ne s'est pas suicidé. Voilà bientôt quinze ans que la veuve de cet ancien ingénieur « calcul » de la Direction des constructions navales (DCN) d'Indret, près de Nantes, cherche à réunir les preuves selon lesquelles son compagnon ne se serait pas donné la mort, mais aurait été victime d'un assassinat orchestré par les services secrets français. Annick Le Saux en est convaincue : « C'est un travail de barbouzes, du travail bien propre. Une véritable mise en scène : tout a été nettoyé, toutes les pièces ont disparu. »
Recruté en 1991 par le ministère de la Défense en qualité d'ingénieur ICT/DGA, André Rigault était en charge, au sein du service Réseau et systèmes de conduite de la DCN d'Indret, de deux dossiers ultrasensibles en lien étroit avec ce qu'il conviendra de nommer quelques années plus tard l'affaire Karachi, à la suite de l'attentat du 8 mai 2002 perpétré devant l'hôtel Sheraton dans lequel 11 employés français de la DCN avaient trouvé la mort.
"Il voulait quitter la DCN"
Le premier touchait au projet Mesma qui équipe les sous-marins de type Agosta, livrés en 1998 aux autorités pakistanaises. Le second avait trait au système de conduite dotant les frégates Sawari 2, livrées à l'Arabie Saoudite.
Le corps sans vie de l'ingénieur français avait été découvert dans le centre d'essai de la DCN, le 12 janvier 1998, vers 20 h 15, par un pompier volontaire qui effectuait une ronde de surveillance sur le site. L'enquête judiciaire menée par les gendarmes de l'arsenal avait alors rapidement conclu à son suicide par pendaison du haut d'un pont roulant. Une thèse officielle qu'Annick Le Saux n'a cependant jamais acceptée, persuadée que son compagnon avait été assassiné « parce qu'il voulait quitter la DCN avant d'avoir finalisé ses recherches ».
Une intime conviction alimentée par un certain nombre d'éléments troublants. D'abord, parce que des hommes de la DST (devenue la DCRI) se trouvaient déjà sur les lieux au moment de la découverte du corps, même s'ils le nieront par la suite. Ensuite, parce que le cartable contenant l'ensemble de ses dossiers, retrouvé près du cadavre, était vide lorsqu'Annick Le Saux l'a récupéré. « De plus, il n'y a pas eu de scellés, dénonce la veuve d'André Rigault. La corde retrouvée sur les lieux a même fini par être utilisée par un gendarme pour tracter une voiture. Cela fait beaucoup de choses. Sans compter que les salariés de la DCN d'Indret qui ont voulu parler ont reçu des menaces de mort. »
"Lier sa mort à l'affaire Karachi"
Autre élément troublant : les fichiers informatiques d'André Rigault ont été détruits quatre jours avant sa disparition par un contrôleur de la DCN d'Indret. Et Annick Le Saux de dénoncer : « L'armée dispose de tous les moyens pour bétonner un dossier. »
Malgré une plainte avec constitution de partie civile pour meurtre, une ordonnance de non-lieu a été rendue en avril 2002. La thèse du suicide a toujours été maintenue. Officiellement, André Rigault aurait laissé un message annonçant son suicide en guise de passation de suite, transmettant ainsi le relais de ses travaux afin qu'ils puissent être menés à terme.
Un scénario monté de toutes pièces, selon Annick Le Saux : « André voulait rejoindre l'école des Mines de Nantes, mais il n'aurait jamais laissé ses travaux être exploités sans avoir été finalisés par lui-même. Il n'aurait jamais laissé faire. »
Toujours est-il qu'au moment de la mort d'André Rigault, le projet Mesma avait déjà été vendu au Pakistan. Quelques semaines après son suicide présumé, une délégation de la marine pakistanaise était d'ailleurs reçue à la DCN d'Indret, peu de temps avant la livraison des sous-marins.
C'est ce qu'aurait découvert le cerveau du projet Mesma avant sa mort. Ses formules mathématiques lui auraient en l'occurrence été « volées » puis « brevetées à son insu » avant d'être « cédées à Matra-Thomson, peu de temps avant la livraison des frégates de Taïwan ». Des brevets qui se trouvaient en phase de finalisation dès février 1996, comme l'atteste un document interne confidentiel. C'est ce que soutient en tout cas l'avocat marnais d'Annick Le Saux, Me Emmanuel Ludot, qui y voit ainsi « un mobile d'assassinat en lien avec ses activités professionnelles ». Des notes compilées par la compagne de l'ingénieur français le démontreraient.
C'est à l'aune de ces éléments troublants que l'avocat d'Annick Le Saux a remis un courrier à l'ambassade du Pakistan le 11 septembre dernier. Il est en l'occurrence demandé à l'État pakistanais d'autoriser l'accès à l'ensemble des dossiers techniques afin de vérifier si les formules mathématiques d'André Rigault ont été utilisées dans la conception des sous-marins livrés en 1998.
Une requête en référé vient par ailleurs d'être déposée auprès du tribunal administratif de Paris pour obtenir une expertise sur un éventuel transfert de technologie. « Cette expertise doit permettre de connaître avec exactitude l'étendue des travaux intellectuels et mathématiques réalisés personnellement par André Rigault, mis à la disposition de la DCN Indret et semble-t-il, brevetés pour être mis à disposition d'une société privée », précise l'avocat. Objectif : obtenir du parquet de Paris un supplétif qui lierait directement la mort de l'ingénieur de la DCN et ses brevets à l'affaire Karachi. « Si André Rigault est reconnu comme l'une des nombreuses victimes dans cette affaire d'État, ce sera un succès », conclut Me Ludot. Mais rien n'est moins sûr. Il y a fort à penser, en effet, que le secret défense lui soit finalement opposé.
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Les dernières contributions
sprinkleur
13/10/2012 à 09h42
Je n'y crois pas une seconde!!!!! "sic"
thunderboolt
13/10/2012 à 09h25
Ce "suicide" est effectivement bizarre, l'enquête très légère, encore, les documents évaporés et les services de renseignements déjà sur les lieux, bizarre, vous avez dit bizarre, comme c'est bizarre.
jeco
13/10/2012 à 06h08
Argent, notoriété!!!!!
Commentaires anonymes
12/10/2012 à 16h24
ahhhh.....................
encore LUDOT !!!!
KRISS51
REIMS
12/10/2012 à 14h28
ha ce Me LUDOT !!! il a la frite .........
sedanais
12/10/2012 à 12h59 | 1
dans une affaire comme celle là le secret défense doit étre levé dés lors que çà
ne met pas la france en danger.
la vérité doit éclater quelque qu en soit les conséquences
HAWK51
je veille
12/10/2012 à 11h23
Maitre Ludot, il a entre les mains un joli cadeau pour espérer monter encore au créneau, afin de faire de vieux os au sein du barreau..