Publié le jeudi 01 juillet 2010 à 09H59
Jean-Marie Le Pen a affiché hier pour la première fois un soutien sans ambiguïté à sa fille Marine pour lui succéder à la présidence du Front national.
Pour le Front national, lancé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et voué à sa seule carrière politique, par-delà cinq candidatures présidentielles, le temps est venu d'assurer la succession du chef et la désignation d'un champion pour 2012… Entre « princesse Marine » et « l'ours Gollnisch », le FN joue sa peau.
Marine Le Pen qui poursuit son tour de France des fédérations FN, passait dimanche dernier par notre région. A cette occasion, elle a fait escale à Châlons-en-Champagne - où nous l'avons rencontrée, puis au camp militaire de Mailly, dans l'Aube. Arrivée en milieu de matinée sur le chef-lieu de la Marne, Marine Le Pen, toute de bleu et blanc vêtue, a paisiblement pris un café chez un pâtissier du coin, avant de sacrifier au rituel de la conférence de presse en compagnie de Pascal Erre et de deux autres conseillers régionaux du groupe de Bruno Subtil, Marie-Christine Boutonnet et Thierry Besson.
M. Erre, secrétaire départemental du FN51, était fort aise de recevoir « Marine qui n'était plus passée par la Marne depuis 2005 : tout le monde la demande dans les fédés… » L'occasion pour les cadres du FN de revendiquer leur victoire des régionales. « On nous donnait pour morts… nous avons même progressé entre les deux tours », et d'affirmer leur détermination s'agissant des cantonales à venir : « nous serons sur tous les cantons, contrairement au PS qui évite les ténors de peur de perdre… »
Marine Le Pen bat elle aussi doublement la campagne, pour 2012, « parce que le quinquennat a accéléré le rythme de la vie électorale française » ; pour janvier 2011, parce que la vice-présidente du Front national entend bien succéder à son père, lors du congrès du mouvement. Elle légitime cette ambition en arguant du fait qu'elle est la meilleure chance du FN dans la compétition présidentielle et qu'il est donc logique pour elle de briguer la présidence du mouvement avec lequel elle entend partir à la conquête du mandat suprême.
Quant à son challenger, Bruno Gollnisch, elle lui proposera, si elle succède à son « Menhir » de père, une « vraie vice-présidence » et non point un poste honorifique. Un geste princier s'il en est…
Une mystique plus qu'un programme
L'expérience des régionales 2010 est significative selon elle de « l'autonomisation » de l'électorat favorable au FN, qui « ne se sent plus obligé de jouer les supplétifs de l'UMP au second tour, quand l'UMP est bien placé et même parfois dans le cas contraire, car il y a beaucoup de déçus du sarkozysme qui reviennent vers le FN ». Les prochaines cantonales seront donc l'occasion d'une « implantation locale qui est le fondement de l'action politique de terrain. »
Le succès présidentiel du FN qu'elle appelle de ses vœux, « un 6 mai à l'envers », devra résulter d'un « examen de conscience des Français », qui après avoir fait confiance à Mitterrand puis au RPR, en passant par le PS et l'UMP, voient « l'image de leur pays amoindrie dans le monde, le retour des affaires en dépit des promesses de république irréprochable, les déficits multipliés par trois s'ajouter aux taxes, à la réforme inefficace des retraites, et l'immigration choisie à l'immigration subie… »
Le réquisitoire est sans faille, qui cloue au pilori « un gouvernement jouisseur » et un PS « qui n'a rien à dire… parce qu'il ne peut parler des affaires sans renvoyer aux siennes, parce qu'il est coincé dans les années 90, incapable d'assumer la mondialisation qu'il a voulue… » Pour Marine Le Pen, au congrès FN de janvier 2011 devrait correspondre l'ouverture d'un nouveau chapitre au grand avenir, le temps « de la génération de ceux qui veulent porter le FN au pouvoir », sur les bases solides fondées par « la génération des débroussailleurs ». Elle entend poser aux Français la question de l'héritage national et capitaliser sur le refus du « règne de l'argent roi et l'abandon de la souveraineté politique ».
Une mystique plus qu'un programme, à n'en pas douter.
Philippe Le Claire




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