Polychromie du mariage et immigration amoureuse

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Publié le dimanche 22 novembre 2009

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Les Verts qui donnent volontiers dans le communiqué, avec un peu moins d'ardeur que le PS quand même, s'insurgent contre Eric Besson, dont on dit qu'il « parle comme les racistes », parce qu'il a employé le terme de « mariage gris » pour qualifier les mariages de complaisance… Et Djamila Sonzogni, porte-parole nationale des Verts de tempêter : « Comment un ministre de la République, un ancien socialiste, peut-il employer publiquement ces termes ? Si ce n'est pas là un appel du pied aux racistes, de quoi s'agit-il ? Savez-vous comment les xénophobes nomment les personnes d'origine maghrébines ?… les gris ! » C'est vilain en effet. Mais, les Verts, qui se qualifient eux-mêmes en référence à une couleur n'ont jamais protesté, dans le même contexte, contre le terme de « mariage blanc » qui est couramment employé. Le racisme et la xénophobie seraient-ils donc « fléchés », pour reprendre un terme à la mode, dans un sens Nord-Sud ?
Emmerdements administratifs, procès et violences
Les Verts sont un peu courts sur le sujet, car si débat il devrait y avoir, c'est bien plutôt sur le concept d'escroquerie sentimentale à but migratoire ciblé par le ministre. En la matière on ne peut que recommander la lecture d'un ouvrage instructif : « Liberté, Egalité, Mixité… conjugales. Une Sociologie du couple mixte. » (Anthropos collection Exploration interculturelle et science sociale), un livre de Claudine Philippe, Gabrielle Varro & Gérard Neyrand, qui date de 1998… Il s'agit d'une réflexion originale sur la question de la mixité conjugale, issue d'une approche interdisciplinaire de chercheurs, universitaires et praticiens, conduite le 16 octobre 1995 lors d'une journée-débat organisée à l'École des hautes études en sciences sociales, EHESS de Paris. Dans cet ouvrage, Claudine Philippe, analyse le regard de la presse sur les couples mixtes à partir d'un corpus de 450 articles écrit sur 16 ans dans des canards aussi divers que Le Monde, Libé, Le Figaro, Ouest-France, Paris-Match, le Nouvel-Observateur, Voici, Marie-Claire, Elle… entre autres publications. Il en ressort une vision quasiment manichéenne de ces couples, la mixité étant positive pour les personnes de qualité, la « jet-society », les « beautiful people » qui roucoulent en planant au-dessus préjugés et discriminations, quand les gens ordinaires, pour ne pas dire les ploucs, se tapent emmerdements administratifs, procès et violences, dans les colonnes des « faits-div ».
Au-delà du constat et de la vulgate qui en ressort, Claudine Philippe démonte la rhétorique du « mariage blanc », et donc du « gris » pour être dans le coup : plus que le détournement de l'institution du mariage, c'est le doute sur l'honnêteté et la réalité des sentiments qui prime. L'Autre, donc l'étranger, abusant de son partenaire-victime. On entrerait dans une relation « épiphyte », ou « parasite », fortement connotée sur le plan moral. Et dans ce corpus objectif, l'Autre c'est la femme, car l'écriture, le discours, sont conduits du point de vue de l'homme, libre par principe… La femme, étrangère qui plus est, est ainsi vue comme pas franchement humaine, car dénuée de « sentiments », ou alors anormalement libre de disposer de ses choix amoureux. Ces constats datent des années 90.
Plaisant contrepoint au tourisme sexuel
Aujourd'hui, si l'on suit le site Rue89, le concept de « mariage gris » initié dès 2007, par des internautes, procéderait de « femmes » : « Sur le Net, on trouve quelques occurrences datant de 2007, ainsi qu'une petite brassée de blogs perso. On y ressasse promesses déchues, amours à distance, sentiments bafoués. Des femmes (elles sont majoritaires) qui s'épanchent parlent bien de « mariage gris » après avoir été quittées aussitôt l'époux muni de papiers en règle… » Difficile d'extrapoler pour autant.
Au-delà, on peut s'interroger sur les préocupations ministérielles, exception faite d'une nécessaire vigilance contre les abus tombant sous le coup de la loi. Eric Besson explique que le nombre de mariages mixtes représente environ 30 % de la totalité des mariages (273.500 en 2008), et que ce fameux mariage représente la principale « source » d'immigration en France : avec 50.000 autorisations de long séjour délivrées chaque année. Soit le double du nombre de titres de séjours délivrés à titre professionnel. Une réalité qui ne correspond peut-être pas à l'objectif fixé par le président Sarkozy de parvenir à 50 % d'immigration par le travail - mais qui constitue finalement une autre forme d'immigration « choisie ». Un plaisant contrepoint au tourisme sexuel que cette immigration amoureuse ! Comment pourrait-on aller au-delà de la législation existante qui prévoit que le mariage de complaisance est un délit puni de 5 ans de prison et de 15.000 euros d'amende ? Il faut en outre au conjoint d'un citoyen français, 3 ans de vie commune peut obtenir une carte de résident et 4 ans pour acquérir la nationalité. C'est déjà bien assez difficile pour les couples dits « mixtes » qui pratiquent un mariage nickel-chrome…
MPhilippe Le Claire pleclaire@journal-lunion.frM

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multinational

24/11/2009 à 09h49

Bonjour. La Com d'Eric Besson sur les "mariages gris" s'explique par la décision française d'avancer à fin 2009 la mise en application des directives "retour (expulsion)" et "sanction des employeurs de clandestins" décidées à Bruxelles et dont l'application était prévue pour 2012. L'objectif étant d'isoler les sans-papiers, il s'agit d'un avertissement aux françaises et français pour s'éloigner à toute jambe d'un sans-papier qui se permettrait de leur sourire.
Concernant les "sanctions" contre les mariages "gris", vous soulignez avec raison qu'on ne peut guère sanctionner davantage que ce qui est déjà prévu. Mais l'objectif n'est pas là. Il s'agit davantage de trouver un moyen de pouvoir retarder le plus possible les mariages que les Mairies ne souhaitent pas (comprendre avec des sans-papiers) sans pour autant donner à ces mêmes Mairies le pouvoir de s'opposer aussi arbitrairement à des mariages "entre Français"qu'elles ne souhaiterait pas (par exemple si l'employé municipal est lui-même amoureux de la future mariée ...). La solution retenue semble de rajouter un niveau de "contrôle", dont on peut parier qu'il permettra de surseoir 6 mois supplémentaires à l'obligation de marier, si la Mairie s'est déjà faite retoquer par le Procureur concluant à l'impératif de se marier. Ce second niveau de contrôle sera décidé cette fois par le Procureur Général. Gageons que ce dernier prendra du temps pour diligenter une enquête. 6 mois ! 6 mois supplémentaires sans pouvoir se marier. 6 mois sans protection où tout devient possible. Y compris l'expulsion.
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