Publié le lundi 30 janvier 2012 à 13H32 - Vu 509 fois
Nicolas Sarkozy (G) avant son interview par Claire Chazal et Laurent Delahousse (2eD), le 29 janvier 2012 à l'Elysée
Nicolas Sarkozy a dévoilé hier soir une dernière batterie de mesures pour sortir de la crise. Le président de la République a également livré des signes clairs de son envie d’entrer dans la course à l’Elysée.
Le taux normal de TVA à 21.2% en octobre
Le taux normal de TVA augmentera au 1er octobre de 1,6 point, passant de 19,6 % à 21,2 %, et la CSG sur les revenus financiers sera relevée de deux points, afin de compenser 13 milliards d’euros de baisses de charges patronales, a annoncé hier soir Nicolas Sarkozy.
Le chef de l’Etat a défendu cette «TVA sociale», déjà très contestée, au nom de la compétitivité de l’industrie française, tout en refusant d’employer ce nom. Les taux réduits de TVA à 5,5 % et 7 % n’augmenteront pas, a-t-il assuré. Les entreprises bénéficieront d’une exonération totale des charges familiales patronales sur les salaires compris entre 1,6 et 2,1 fois le Smic. Ces allégements de charges seront ensuite dégressifs, et s’arrêteront au-delà de 2,4 fois le Smic. Le chef de l’Etat a confirmé que les charges salariales ne baisseraient pas, puisque cette réforme du financement de la protection sociale vise à «réduire le coût du travail» et à doper la «compétitivité».
«La France se vide de son sang industriel, il faut arrêter ça», a-t-il affirmé, évoquant à plusieurs reprises l’exemple de l’Allemagne. «Pourquoi ça marcherait chez eux et pas chez nous ?», a-t-il interrogé au sujet de la «TVA sociale» mise en œuvre en 2007 outre-Rhin.
«Je veux qu’on garde nos usines», a ajouté Nicolas Sarkozy au nom du «produire en France», qu’il a opposé au «produire français».
Interrogé sur un risque d’inflation et de baisse du pouvoir d’achat lié à la hausse de la TVA, il a répondu ne croire «en rien à une augmentation des prix». «La concurrence maintiendra les prix», a-t-il insisté.
"Je ne me déroberai pas"
J’ai un rendez-vous avec les Français, je ne me déroberai pas et franchement, ça approche», a déclaré le chef de l’Etat, pressé de questions sur l’annonce ou non de sa candidature à sa réélection.
«Il y a un calendrier, il y a des obligations, ce n’est pas l’agitation qui me fera changer et vous me demandez mon état d’esprit : très déterminé», a-t-il dit. «Ce serait peut-être mon intérêt de dire : voilà, j’ai décidé… Mais je suis président de la République du 5e pays au monde.»
«Parfois je peux en avoir l’impatience tant je constate d’arrogance déplacée», a-t-il dit, sans citer le candidat socialiste François Hollande, très en avance dans les sondages.
«Je ne peux pas mettre ce pays en situation d’avoir un président candidat pendant des mois interminables», a encore dit Nicolas Sarkozy. Il a relevé que la question s’était posée pour tous ses prédécesseurs et «avec sagesse, tous ont pris la même décision : quand on est chef de l’Etat, on a des devoirs, on assume ces devoirs».
«Le jour où vous pensez que ce à quoi vous tenez vous est acquis définitivement, ce jour-là vous le perdez et ça vaut sur le plan personnel comme sur le plan professionnel», avait-il auparavant professé. «Les Français, c’est un peuple libre, frondeur, souverain qui ne se laisse imposer sa décision par personne.»
«J’ai fauté quand j’étais plus jeune, j’ai vu les ravages de l’arrogance», a-t-il confessé à propos de l’élection de 1995 au cours de laquelle son champion Edouard Balladur était présenté comme vainqueur certain. Le Premier ministre avait finalement été évincé du deuxième tour par Jacques Chirac.
"Le retour à la retraite à 60 ans est une folie"
Pour Nicolas Sarkozy, le retour à la retraite à 60 ans est «une folie», «un mensonge», ajoutant que «cela ne se ferait pas».
«C’est une folie, il n’y a personne qui croit ça, il n’y a aucun Français qui pense que c’est vrai, c’est un mensonge parce que ça ne se fera pas», en faisant allusion à la proposition de François Hollande de revenir à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont leur durée de cotisation.
«Si ça devait se faire, ça conduirait le pays à la ruine, pour une raison simple : nous gagnons une année d’espérance de vie tous les quatre ans. Si on vit plus longtemps […] et si les gens travaillent moins longtemps, qui va payer leurs pensions ? Qui va le faire ?», a-t-il questionné.
«Il y a un lycéen sur deux d’aujourd’hui qui va vivre jusqu’à cent ans et on va leur expliquer que la retraite à 60 ans c’est crédible ?», a-t-il poursuivi. «Les socialistes espagnols ont réformé les retraites, les socialistes allemands ont réformé les retraites, c’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une question de réflexion», a dit le chef de l’Etat. François Hollande avait déclaré lors de la présentation de ses 60 propositions vouloir «rétablir pour ceux qui ont les durées de cotisations exigées, la possibilité de partir à 60 ans à taux plein».
Toute construction pourra s'agrandir de 30%
Nicolas Sarkozy a annoncé hier que «toute maison» et «tout immeuble» pourra s’agrandir de jusqu’à 30 % de sa superficie pour tenter de faire face à la crise du logement, attaquant quelques propositions du candidat PS François Hollande sur ce sujet.
«Nous avons donc décidé que pour les trois ans qui viennent, et l’application se fera dès que le Parlement aura voté ce texte, tout terrain, toute maison, tout immeuble verra sa possibilité de construction augmenter de 30 %. Cela aura l’avantage suivant : cela va donner un travail formidable à l’industrie du logement. Ce ne sont pas des emplois délocalisables. Deuxièmement, cela va augmenter considérablement le nombre de logements, donc cela fera pression sur les prix», a-t-il ajouté, en espérant une baisse des prix à l’achat et à la location.
«Si on fait l’encadrement des loyers (proposé par François Hollande dans les zones tendues) c’est très simple : plus personne ne louera et plus personne ne construira. C’est exactement le contraire de qu’il faut faire. Cela n’a marché nulle part même à l’époque de l’Union soviétique», a-t-il dit.
«Nous avons construit l’année dernière deux fois plus de logements qu’à l’époque de M. Jospin. Deux fois et demi plus. Cela ne suffit pas», a-t-il constaté.
Une critique implicite du FN
Nicolas Sarkozy a estimé hier qu’il était «toujours préjudiciable qu’un courant politique ne soit pas présent» à la présidentielle, en référence aux difficultés évoquées par la candidate du FN, Marine Le Pen, pour recueillir les 500 signatures requises. «Mais vous ne voulez quand même pas que je m’occupe d’elle aussi ?», a-t-il enchaîné, avant de se lancer dans une critique implicite du discours du FN. «Dans une période de crise, de difficultés, celui qui crie le plus fort – même si c’est pour dire des choses qui ne correspondent à rien –, est souvent le plus entendu», a avancé Nicolas Sarkozy.
«Quand j’entends tout ce qui est dit là, je me dis qu’on utilise les peurs des gens, les souffrances des gens, mais qu’on ne veut pas être à leurs côtés. Moi ce que je veux, c’est qu’on essaie de résoudre les problèmes», a-t-il dit. «C’est l’anathème traditionnel qui ne veut strictement rien dire», a réagi dans la soirée Marine Le Pen, à Perpignan, où elle tenait un meeting. «Ce que je vois ce sont les résultats de Nicolas Sarkozy, et ces résultats sont pitoyables. Mais en tout cas, il a déterminé son véritable adversaire.»
Une taxe sur les transactions financières
Le Président a, par ailleurs, annoncé que la taxe sur les transactions financières serait de «0,1 %».
«Nous avons pris enfin la décision de créer une taxe sur les transactions financières», qui sera applicable «au mois d’août de cette année», a déclaré M. Sarkozy.
«Nous avons trouvé un dispositif qui permet d’éviter les délocalisations puisque toute entreprise cotée en France, même si on l’achète à New York, paiera une taxe de 0,1 %, les CDS (credit default swaps, ndlr), qui sont des instruments spéculatifs sur la dette souveraine, paieront une taxe, et les achats spéculatifs par ordinateur paieront une taxe», a-t-il ajouté. «Nous espérons récupérer pour le budget de l’Etat – et donc réduire les déficits – un milliard d’euros en année pleine», a-t-il indiqué.
«Ce que nous voulons c’est provoquer un choc, montrer l’exemple», a expliqué le chef de l’Etat, assurant qu’«il est évident qu’à la minute où l’Europe se sera dotée d’une taxe nous rejoindrons le groupe européen».
Tourner la page des 35 heures
Nicolas Sarkozy a demandé hier aux partenaires sociaux d’entamer des négociations pour aboutir à des accords compétitivité-emploi «dans les deux mois», afin de permettre aux entreprises de s’adapter au marché. «Le Premier ministre écrira aux partenaires sociaux dès demain (aujourd’hui) matin pour leur demander de négocier ces accords de compétitivité-emploi dans les deux mois qui viennent» et cet accord «s’imposera à la loi et aux contrats individuels», a déclaré le président de la République. Ces accords s’appliqueront «si une majorité de salariés se met d’accord dans une entreprise, pas une branche» pour «décider d’un délai de travail, pour décider de privilégier l’emploi sur le salaire ou le salaire sur l’emploi», a-t-il expliqué.
À la question de savoir si c’était une façon de tourner la page des 35 heures, Nicolas Sarkozy a répondu : «Exact». Le président a précisé qu’il proposerait au Parlement «une disposition pour gérer la période transitoire en attendant l’accord». «Ces accords ont permis de sauver des emplois en Allemagne.»
Ouvrier les entreprises aux jeunes
Nicolas Sarkozy a également annoncé le relèvement à 5 % du quota de jeunes en apprentissage dans les entreprises de plus de 250 salariés.
Le Président a précisé qu’un texte sera présenté en février à l’Assemblée prévoyant qu’entre 2012 et 2015 les entreprises devront avoir 5 % de jeunes apprentis, contre 4 % actuellement, et doublant les sanctions en cas de non-respect. «Les grandes entreprises ne s’ouvrent pas assez aux jeunes», s’est agacé le chef de l’État, ajoutant que «la moitié des entreprises de plus de 250 salariés ont moins de 1 % de jeunes en alternance.» En 2011, le taux avait été relevé de 3 à 4 % mais il est actuellement de 1,7 apprenti en moyenne dans les entreprises de plus de 250 salariés.
Le gouvernement vise les 800.000 alternants d’ici 2015 et même un million à terme, contre 600.000 aujourd’hui. Le taux de chômage des actifs de moins de 25 ans est supérieur à 20 % en France, selon l’Insee, soit nettement plus que le taux de chômage moyen (9,3 % au troisième trimestre 2011).
Création d'une "banque de l'industrie"
e chef de l’État a fait mention de la création dès février, avec une dotation d’1 milliard d’euros de fonds propres, d’«une banque de l’industrie».
«Nous allons créer une banque de l’industrie, filiale d’Oséo, qui est la banque des PME, parce que des chefs d’entreprise me le disent tous les jours, les banques ne prêtent pas assez. Quand les banques prêtent, elles prêtent trop cher», a dit M. Sarkozy. «Nous avons décidé avec François Fillon et le ministre des Finances de créer une banque de l’industrie dès le mois de février et la doter d’un milliard de fonds propres», a-t-il précisé.
Cette banque sera créée parce que «les établissements de taille intermédiaire qui sont le cœur de l’économie n’ont pas assez de crédit». «Je dis à tous ceux qui veulent investir que cette banque prêtera ces fonds pour l’économie réelle et non pas pour l’économie financière», a-t-il insisté.
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