L'enfant qui rêvait d'être homme public Bruno Bourg-Broc

L'enfant qui rêvait d'être homme public Bruno Bourg-Broc

Publié le lundi 04 avril 2011 à 11H00 - Vu 241 fois

LE professeur d'histoire qui sommeille en Bruno Bourg-Broc ne doit pas être dépaysé dans le bureau qu'il occupe à la mairie de Châlons-en-Champagne. Au mur, un tableau de Louis XVIII peint par un élève de David, Antoine-Jean Gros. Sur un autre mur, une tapisserie d'Aubusson représente une vue cavalière de Châlons en 1776, époque où s'achève l'hôtel de ville. Dans la grande salle où siège le conseil municipal, un tableau immense de Jean-Baptiste Édouard Detaille représente une revue militaire au Camp de Châlons le 9 octobre 1896. On y voit le tsar Nicolas II de Russie accueilli par le président de la République Félix Faure, qui ne s'est pas contenté de mourir Pompée comme l'affirmait cette mauvaise langue de Clemenceau...
Bruno Bourg-Broc est né le 25 février 1945 à Châlons-sur-Marne qu'il rebaptisera, 53 ans plus tard, Châlons-en-Champagne. Premier prénom : Bruno. Second prénom : Franklin, comme le président Roosevelt qui a engagé son pays auprès des Alliés. Si on ajoute que le petit Bruno a peut-être été conçu durant le débarquement… il y a de quoi se sentir prédestiné pour l'Histoire et le gaullisme. D'autant que, dans la famille, on ne cache pas ses sympathies pour le Général. Cela n'empêche pas le jeune Bruno d'admirer également l'engagement et la grande culture du cousin Jack Ralite, pourtant communiste.
Son père Roger est artisan : radio-électricien. Né Marcel Bourg, il a eu une enfance pas facile, son propre père étant décédé d'un accident de travail à la SNCF en 1910. Sa mère peinant à subvenir à ses besoins, il est élevé à Paris par des cousins qui portent le nom de Broc, « pointe » en auvergnat. Plus tard, par reconnaissance, Marcel fera une demande au Conseil d'État pour pouvoir accoler les deux noms. Et en profite pour changer le « Marcel » en Roger.
La mère du jeune Bruno s'occupe de la boutique de radios et de ses trois enfants. Le frère aîné a 14 ans de plus, la sœur un an de moins. Coincé entre les deux, le jeune Bruno se sent-il solitaire ? En tout cas, il devient un lecteur assidu. Les études coulent comme un long fleuve tranquille au lycée Pierre-Bayen qui accueille les élèves de Châlons depuis les classes primaires jusqu'à la terminale. L'élève, plutôt littéraire, y obtient ses deux bacs comme il était encore d'usage en 1963. Il intègre l'hypokhâgne de Louis-Legrand à Paris, puis la khâgne de Henri IV où il prépare l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Il y côtoie deux têtes bien faites et bien pleines, Alain Juppé et Laurent Fabius, qu'il retrouvera en politique. C'est également là qu'il rencontre René Doucet qui le suivra plus tard à Châlons et deviendra son premier adjoint.
Ayant raté le concours d'entrée à Saint-Cloud, il intègre la Sorbonne pour étudier sa matière fétiche, l'histoire. Parallèlement, il suit des cours de droit à Assas. Arrive 1968, année marquante pour les jeunes gens de l'époque. Bruno Bourg-Broc n'ira pas lancer des pavés contre les CRS. Depuis 1965, il est un des dirigeants des jeunesses gaullistes. Il exerce même son goût pour le journalisme au quotidien gaulliste La Nation. Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver une certaine sympathie pour le bouillonnement de la rue. En 1969, il obtient le Capes d'histoire. Après une année de stage à Paris, il est nommé au lycée Bayen de Châlons. Retour à la case départ ? Pas tout à fait, car l'élève est maintenant professeur. Mais pour celui qui a connu Paris en 68, côtoyé les icônes de l'époque (Geismar, Sauvageot, Cohn-Bendit), Châlons doit paraître bien pépère. Le tout nouveau professeur n'aura pas à se morfondre longtemps. Un an après avoir franchi la porte du lycée Bayen, le voici à nouveau à Paris nommé au cabinet du ministre de l'Éducation de l'époque, Joseph Fontanet.
Durant neuf années, il poursuit sa carrière dans divers cabinets ministériels. Il côtoie Olivier Stirn, secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement ; Paul Granet, secrétaire d'État à l'Environnement ; Jacques Sourdille, secrétaire d'État à la Recherche ; et pour terminer, Maurice Papon alors ministre du Budget de 1978 à 1981 et dont il se remémore surtout le côté « homme d'État », autrement dit du gars qui ne rigole pas tous les jours.
Un très bon apprentissage pour étudier les rouages du pouvoir et les arcanes de la politique.
Le 10 Mai 1981 met un terme à cette existence passionnante. Mitterrand élu, Bruno Bourg-Broc se retrouve professeur au lycée de Châlons. Cette fois, ce n'est pas en triomphateur qu'il franchit la porte du lycée qu'il connaît si bien mais avec le goût amer de la défaite à la bouche.
La politique l'a ramené au professorat, la politique l'en fera ressortir. Aux législatives de juin 1981, il est suppléant du député Jean-Bernard, maire de Vitry-le-François. Jean Bernard est battu mais l'élection est annulée. Le 17 janvier 1982, Bruno Bourg-Broc qui, entre-temps est devenu le candidat, bat la députée socialiste Annette Chépy-Léger.
En pleine vague rose, ce fait d'armes lui vaut les honneurs de la presse nationale. Et la carrière politique de Bruno Bourg-Broc, qui avait démarré en 1973 comme conseiller général, s'accélère et ne s'arrêtera plus.
Son autre fait d'armes sera la mairie de Châlons. Combat pas facile. Avec sa population de cheminots et d'employés, la ville est ancrée à gauche. Le maire communiste Jean Reyssier n'occupe-t-il pas les lieux depuis dix-huit ans ? En 1977, quand Bruno Bourg-Broc se présente, il est logiquement battu : 58 % contre 42 %. En 1983, avec 49 %, le député peut y croire. Il échoue cependant à nouveau en 1989. En 1995, la quatrième fois est la bonne. Cette fois, les 58 % sont pour lui.
Aujourd'hui parmi tous ses mandats, et dieu sait qu'ils ont été nombreux, son préféré de loin reste celui de maire. Parce que, dit-il, on n'est plus l'élu d'un seul camp, qu'on doit écouter beaucoup et parce qu'on voit ses projets se concrétiser. Et puis comme disait Jules César, ne vaut-il pas mieux être le premier dans son village que le second dans Rome ?

L'union l'Ardennais