Publié le samedi 11 février 2012 à 12H00 - Vu 11 fois
Si, dans l'arsenal constitutionnel, le référendum est une arme autorisée, son usage est dangereux. Depuis la création de la Ve République, les électeurs ont été interrogés à seize reprises pour répondre par oui ou par non à une question qui leur était posée.
Or, un tel scrutin n'a pas forcément l'objectif visé parce que les électeurs y expriment leur mauvaise humeur ou leur désarroi en oubliant la raison première pour laquelle ils se rendent aux urnes. Pendant son quinquennat, le président de la République ne l'a pas utilisé. Valéry Giscard d'Estaing s'était aussi abstenu en son temps. Il est vrai que le dernier référendum sur l'instauration d'une nouvelle constitution pour l'Europe a été un échec pour Jacques Chirac. Les Français n'ont pas répondu à la question posée jugeant le texte sur lequel ils devaient se prononcer incompréhensible et très éloigné de leurs préoccupations.
Si bien qu'ils en ont profité pour sanctionner le gouvernement. On voit bien que le résultat peut être contraire à l'effet recherché. On est loin de l'esprit dans lequel le général de Gaulle l'employait. Lui mettait systématiquement sa responsabilité en jeu et, lorsqu'en 1969 il a été désavoué par le peuple sur ses réformes de la régionalisation et de la suppression du Sénat, il en a tiré immédiatement les conséquences et a démissionné. Son usage du référendum était de vérifier si le peuple lui faisait toujours confiance et il relégitimait ainsi son pouvoir et confortait son autorité.
Si les électeurs lui disaient non, il considérait qu'il ne pouvait plus exercer ses fonctions. Si les Français se méfient du référendum c'est qu'à part la validation du quinquennat résultant d'un compromis de cohabitation entre Jospin et Chirac sur une vieille lune giscardienne, les questions posées ont été souvent relatives à la construction européenne et à la concession de fractions de souveraineté. Ce qui a obligé à dépasser le rapport droite-gauche pour faire émerger une mesure démocratique du poids des europhiles et des europhobes. En ciblant le référendum comme un tranchant républicain des questions sociales et sociétales, Nicolas Sarkozy semble douter de la capacité de réformer par la seule négociation et indiquer que le changement résulte du seul bon sens du peuple. Dans moins de quatre-vingts jours, il saura si c'est ainsi qu'on reconstruit son image.
Hervé Chabaud
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