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La surprise finlandaise

Publié le dimanche 29 novembre 2009 - Vu 1 fois


De nombreuses villes finlandaises sont bombardées comme ici à Helsinki.

De nombreuses villes finlandaises sont bombardées comme ici à Helsinki.

Christian-Philippe PARIS


Partis de la région de Leningrad, les soldats de la 7e armée soviétique s'engagent en Carélie où l'armée finnoise bien que très inférieure en nombre parvient à clouer les unités ennemies sur la ligne Mannerheim solidement défendues par les hommes du général Oestermann.
Plus au nord, les 8e et 9e armées s'infiltrent dans les forêts sans rencontrer de résistance tandis que les unités de la 14e armée, qui sont parties de Mourmansk, progressent vers le port de Petsamo par une température de -40° et dans une obscurité quasi permanente en cette période de l'année.
L'ordre donné par Staline est un copié-collé de celui d'Hitler aux troupes envahissant la Pologne début septembre. Il s'agit de terroriser les populations civiles pour contraindre le gouvernement d'Helsinki à la capitulation. C'est l'effet inverse qui est enregistré sur le terrain. Même si les hôpitaux sont saturés et tous les services de secours débordés par les demandes d'intervention, les gens se serrent les coudes et refusent de renoncer. Ils estiment l'attaque soviétique comme une ignominie impérialiste.
Lorsque le président Kallio décrète l'état de guerre, il sait que le maréchal Carl Gustaf von Mannerheim, 72 ans, ne dispose que de neuf divisions soit 130.000 hommes pour barrer la route aux colonnes soviétiques d'invasion structurées autour des vingt-six divisions et des 500.000 hommes mobilisés pour soumettre la Finlande au joug stalinien. Les soldats finnois n'ont qu'un avantage, celui du terrain. Très vite un second s'ajoute : une capacité hors du commun à se battre par grand froid et à exploiter le talent de leurs tireurs d'élite. Et le premier ordre du jour du chef d'état-major général des armées, depuis son quartier général de Mikkeli à l'est de la capitale est sans ambiguïté : « Nous nous battrons afin de protéger nos foyers, notre religion et notre nation. Nous sommes prêts au sacrifice parce que nous savons que notre combat est juste ».
Les Soviétiques n'ont pas encore la maîtrise du ciel
Si le Kremlin se moque des protestations de l'étranger, les condamnations américaines, britanniques, françaises sont d'une sévérité au moins équivalente à celles formulées par les Suédois, les Danois et même les Italiens. Le silence de Moscou aux récriminations des chancelleries décide les grandes capitales à demander l'exclusion de l'URSS de la Société des nations déjà moribonde. En revanche, dans l'entourage de Staline, on fulmine contre le patriotisme des communistes finnois qui se battent dans les forces régulières plutôt que de rejoindre l'armée rouge. Si après une semaine de durs affrontements, le port de Petsamo tombe entre les mains soviétiques, partout ailleurs les troupes adverses font du surplace et deux divisions sont pratiquement encerclées près de Suomuvsalmi. Toutes leurs tentatives de briser l'étau qui se resserre autour d'elles sont un échec.
Les mauvaises conditions météorologiques sont un sérieux allié pour les Finnois puisque les bombardiers de l'aviation russe restent cloués au sol et ne peuvent pas intensifier leurs frappes. Les aviateurs rouges sont stupéfaits lors de leurs rares sorties d'être interceptés par les vieux Fokker D-21 hollandais dont Helsinki possède quarante-cinq exemplaires ainsi que par les pilotes d'antiques Bristol Bulldog. Les Soviétiques doivent admettre qu'ils n'ont pas encore la maîtrise du ciel. La capacité des pilotes finlandais à s'infiltrer dans les escadrilles russes pour les contraindre à éclater est efficace et une fois que plusieurs appareils se retrouvent isolés, ils deviennent alors des cibles idéales.
Le maréchal Mannerheim qui reçoit les ambassadeurs occidentaux leur réclame une assistance militaire et s'en justifie : « Si on ne nous fournit pas du matériel et des renforts, nous ne pourrons pas résister malgré tous nos efforts plus de trois mois. Faîtes vite, c'est une question de survie pour notre pays qui depuis le 30 novembre, sans la moindre déclaration de guerre subit une puissante attaque des Soviétiques ».
Le chef des armées finnoises sait que la tactique des « motti », des groupes de chasseurs à ski très mobiles capables de frapper l'ennemi sur ses arrières et de lui occasionner des pertes sérieuses n'est pas la panacée même si elle démoralise l'envahisseur. Surtout qu'un ordre est donné pour détruire si possible les cuisines mobiles et les lieux de repos des soldats. S'ils manquent de nourriture et n'ont pas la possibilité de se mettre à l'abri alors que la température baisse chaque jour, l'état général des soldats du corps expéditionnaire soviétique va se dégrader dangereusement.
L'appui des voisins scandinaves
Les Finlandais sont appuyés par leurs voisins scandinaves. En Suède, des centaines de volontaires se proposent pour aller se battre avec les soldats de Mannerheim. Un escadron d'aviateurs suédois tous volontaires est en cours de constitution alors que les Britanniques s'engagent à fournir à Helsinki trente Gloster Gladiator. Des Norvégiens s'engagent à leur tour ainsi que des Danois, des Hongrois, des Américains, des Angla is parmi lesquels Christopher Lee célèbre pour ses rôles de Dracula bien après la guerre.
Benito Mussolini, le duce, accorde aux Finlandais la fourniture de chasseurs Fiat CR-32 mais Hitler leur interdit le survol de l'Allemagne. Les nazis interceptent aussi des cargaisons belges en partance pour la Scandinavie dans le port d'Hambourg.
De son côté Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du Reich torpille toutes les initiatives de médiation pour obtenir un cessez-le-feu de façon à laisser les mains libres à Staline comme il les avait laissées libres aux Allemands en Pologne. Une manière de conforter le pacte germano-soviétique ! Partout en Europe des manifestations antisoviétiques sont signalées. Les étudiants parisiens protestent contre Moscou le long des quais de Seine tandis que leurs homologues danois portent un brassard blanc pour dire non à l'agression des « rouges ».
Même le pape Pie XII condamne la posture du Kremlin. Bref, l'héroïque Finlande tient tête au géant soviétique.
Hervé Chabaud
h.chabaud@journal-lunion.fr

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