Publié le vendredi 16 décembre 2011 à 08H37 - Vu 57 fois
Au nombre des prétendants porteurs d'une mystique politique, en sus du Sieur Galouzeau de Villepin et de son incertaine idée de la France, il convient de citer Christine Boutin. Elle a annoncé sa candidature en juin, depuis Montfermeil - à Domrémy on a déjà donné ; faute de moutons, de bergère, et de voix célestes, la présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) s'est déclarée parce que « la situation de la France m'oblige… »
CHRISTINE BOUTIN, qui se présente pour la seconde fois à la magistrature suprême, est une candidate inspirée ; en 2002, elle obtient 1,19 % des suffrages après avoir été virée de l'UDF pour avoir parasité la candidature du centriste officiel, François Bayrou. En 2007 elle s'abstient, pour interdire le second tour Front national… La voilà ministre du Logement et de la Ville ; elle abandonne la Ville en cours de route et, en juin 2009, perd son maroquin, suite au remaniement que l'on sait.
Elle fait alors grand bruit, pourfend gouvernement et président, jusqu'à ce qu'une providentielle mission lui tombe du ciel élyséen. Une étude sur les « conséquences de la mondialisation ». Avec quelques avantages collatéraux tels que voiture, chauffeur, bureau dans le XVIe, secrétariat particulier et un statut de « collaborateur de cabinet » doré sur tranche à 9 500 euros mensuels ; une rémunération qui s'ajoute à son indemnité de conseiller général et à sa retraite de parlementaire. La présidente du PCD tourne environ à 18 000 euros par mois. Un tel statut lie la langue, et on ne l'entendra plus jusqu'au jour où, scandale aidant, elle est contrainte d'abdiquer une partie de ses privilèges et d'étudier les « conséquences de la mondialisation » gracieusement. Et lorsqu'elle rend son fameux rapport, en décembre 2010, il y a belle lurette qu'elle stigmatise la politique de son ex-gouvernement et de ses ex-amis.
Dès le mois d'août, elle affirme, aux côtés de personnalités catholiques, percevoir une « fêlure » entre son électorat communautaire et l'UMP. Elle dénonce pêle-mêle le « goût excessif pour l'argent » de Nicolas Sarkozy, « une droitisation inacceptable du langage et des postures », s'avoue « gênée, choquée… » au point de proclamer : « La France n'est plus dans son histoire, elle est même défigurée. »
Campée sur sa supposée représentativité communautaire, elle surfe sur le discours de la gauche, se pose en contempteur de « toutes les stigmatisations qu'il peut y avoir vis-à-vis de telle ou telle communauté, en particulier les musulmans ». Ce qui ne l'empêche pas, aujourd'hui, de prôner pour la France « un vrai big-bang basé sur nos racines judéo-chrétiennes ». Dieu reconnaîtra les siens dans cette affaire ! Mais il est de bon ton de communiquer sur ses « valeurs »… quitte à en changer de loin en loin, ou à les oublier opportunément…
Petit florilège de ses prises de position : en 2006, adepte de la théorie du complot, elle admet l'hypothèse selon laquelle George W. Bush serait possiblement à l'origine des attentats du 11 septembre 2001… Elle est opposée au droit des femmes à l'avortement, au pacs, antieuropéenne quand ça lui prend, pour la réouverture des maisons closes, mais contre la prostitution…
Un discours social qui ne lui coûte pas grand chose
Elle prône en outre l'instauration d'un « revenu minimum d'existence », la résistance « à l'ultralibéralisme qui fait de la mondialisation une jungle et désintègre les nations », développe tout un discours social et charitable, qui ne lui coûte pas grand-chose en fin de compte.
Après avoir annoncé son ralliement à Nicolas Sarkozy dans la perspective d'un second tour, Christine Boutin, qui éprouve quelque difficulté à réunir les 500 signatures édilitaires nécessaires, vient de se découvrir une nouvelle croisade. Elle a déclaré urbi et orbi être victime de pressions de l'UMP visant à l'empêcher de se présenter à la présidentielle. « Aujourd'hui, je peux confirmer que M. Copé a donné l'ordre à ses cadres, à l'UMP, que les parrainages ne soient donnés qu'au seul candidat UMP […] Mais deuxièmement, et j'ai appris ça hier, à l'Élysée on bloque également les signatures… »
En conséquence de quoi, la Boutin de la République déclare : « Je rentre en guerre parce qu'il s'agit ni plus ni moins qu'une atteinte profonde à la démocratie. Il n'est pas admissible que quelqu'un qui a le pouvoir empêche la diversité de l'expression politique […] Je peux vous dire que je débloquerai la bombe atomique. »
Le feu du ciel pour la démocratie !
Le feu du ciel pour la démocratie ! C'est beau comme un mythe grec… Si ce n'est que le paroxysme de sa fureur guerrière se résume à un courrier au Conseil constitutionnel, pour témoigner de ce qu'elle rencontre « de très fortes réticences des élus à s'engager en vue d'une présentation de sa candidature »… Elle déduit les pressions « de certains élus sur d'autres », qui mettraient à mal « les principes constitutionnels essentiels de la vie démocratique de notre pays ». En attendant que le sphinx dudit Conseil rende ses arrêts, Christine Boutin, dénonce « l'hyper-consommation » propre aux fêtes de Noël… Elle distribuait, hier soir, sur les trottoirs parisiens du boulevard Haussmann, des tracts portant ce message : « Y'a des choses qui ne s'achètent pas. » Sa façon de chasser les marchands du temple, peut-être. Quant à rendre à César… il y a bien longtemps qu'elle a oublié la suite de l'histoire.
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