Juppé pour recoller les morceaux

Juppé pour recoller les morceaux

Publié le vendredi 23 novembre 2012 à 10H28 - Vu 20 fois

Les camps Copé et Fillon semblaient irréconciliables hier et le psychodrame à l'UMP a tourné au grand déballage de « turpitudes ». Une crise aiguë que tentera d'apaiser Alain Juppé, appelé à la rescousse pour jouer les médiateurs.

Signe de l'extrême tension entre les deux camps, le directeur de cabinet de Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux, a déballé les « turpitudes délibérées de l'entourage zélé de M. Fillon », lors d'une déclaration au siège de l'UMP. Principaux visés par cette charge froide et violente, les soutiens niçois de François Fillon, Christian Estrosi et Eric Ciotti.

Évoquant des « irrégularités grossières » à Nice, comme un bureau de vote fermé « puis rouvert 45 minutes plus tard pour permettre » à « des adhérents triés sur le volet de voter », M. Lavrilleux, conseiller général de Saint-Quentin a soutenu sa démonstration en faisant projeter des photos de procès-verbaux sur un écran. Et d'ajouter, dans une ambiance de roman noir : « Pourquoi [ces photos] ? On n'est jamais trop prudents, il vaut mieux éviter que ça disparaisse. »
Eric Ciotti a aussitôt déclaré qu'il allait porter plainte pour « diffamation » contre Jérôme Lavrilleux.

La énième contre-attaque des copéistes semblait clairement destinée à atténuer le point marqué par François Fillon un peu plus tôt. La commission de contrôle de l'UMP (Cocoe) a en effet confirmé que les résultats de trois fédérations (Mayotte, Wallis et Futuna, Nouvelle-Calédonie) n'avaient pas été pris en compte dans le bilan final permettant de proclamer la victoire (avec 98 voix d'avance) de M. Copé lundi soir. Oubli soulevé mercredi par le camp Fillon. « L'addition de ces résultats à ceux de la veille aboutirait vraisemblablement à une inversion des résultats d'une vingtaine de voix », a ajouté la Cocoe, présidée par le sénateur Patrice Gélard.

Sur France2, ce dernier a estimé dans la soirée qu'il n'était pas possible actuellement « de savoir qui va gagner » et qu'il fallait recompter dans « 4 ou 5 fédérations ».

Dans ce climat, l'ancien Premier ministre et fondateur de l'UMP Alain Juppé, sollicité pour ramener le calme, s'est dit prêt à diriger une « instance collégiale » pour « réexaminer l'ensemble des résultats ». L'offre a été acceptée par les deux camps, avec des réserves pointilleuses de chaque côté.

« Ce qui est désormais en cause, ce n'est plus la présidence de l'UMP, c'est l'existence même de l'UMP », s'est alarmé Alain Juppé. « Au bénéfice de qui ? C'est très clair, d'un côté du Front national, de l'autre côté du Parti socialiste », a-t-il averti, évoquant un risque de « scission » pour sa famille politique.

La commission Juppé se réunira « dès le début de la semaine prochaine » et devra rendre ses conclusions « sous 15 jours », a précisé l'ancien Premier ministre. Par ailleurs, la commission nationale des recours de l'UMP, instance interne chargée de trancher les litiges électoraux et saisie hier par M. Copé, se réunira dimanche matin au siège du parti, selon plusieurs de ses membres.

La tâche d'Alain Juppé ne sera pas simple, au vu de la capacité qu'ont les deux camps à s'accuser mutuellement de magouilles. Hier matin sur Europe 1, Jean-François Copé a qualifié François Fillon de « mauvais perdant qui vient donner des leçons de morale sans jamais se les appliquer à lui-même ».

M. Fillon avait menacé mercredi de saisir la justice pour contester les résultats du vote des adhérents dimanche, si sa demande de médiation Juppé n'était pas entendue. L'ex-Premier ministre avait semblé accepter la défaite lundi soir, en prenant acte des résultats. Mais c'était avant que ses soutiens ne s'aperçoivent de la non-prise en compte des résultats des trois fédérations ultramarines.

« Le spectacle que nous offrons est juste pathétique », s'est désolé le député UMP de la Marne Benoist Apparu. « Je pense aux militants qui ont voté, aux électeurs, à ceux qui ont entendu les reportages sur ce qui se passe à Gaza, sur ce qui se passe en Syrie, sur le chômage, la crise, ils doivent se dire : "ils sont complètement fous" », a-t-il constaté.

Dans ce contexte, et à quatre ans et demi de la prochaine présidentielle, un sondage CSA pour BFM-TV a placé Nicolas Sarkozy en tête des candidats préférés des sympathisants UMP en 2017, avec 52 %, devant Fillon (24 %) et Copé (15 %).

L'union l'Ardennais