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Indispensables boîtes noires

Publié le dimanche 29 novembre 2009 à 01H00


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Selon la réglementation française, chaque avion de plus de 5,7 tonnes au décollage doit être équipé d'un enregistreur de données de vol (photo) et d'un enregistreur vocal de cockpit.

Selon la réglementation française, chaque avion de plus de 5,7 tonnes au décollage doit être équipé d'un enregistreur de données de vol (photo) et d'un enregistreur vocal de cockpit.

JACK GUEZ


L'aviation est l'un des moyens de transport les plus sûrs, en dépit d'une complexité croissante : entre 1960 et 1980, la probabilité d'accident au départ de chaque vol a été divisée par 500. Une progression spectaculaire, qui doit énormément aux fameuses boîtes noires, dont le concept a été inventé en 1954 par le chercheur australien David Warren. Enquêteur sur la série d'un crash mystérieux ayant frappé le Comet, premier jet commercial, il imagina un enregistreur à fil magnétique, simple et costaud, capable de résister aux accidents.
En fournissant des données fiables qui affranchissent l'accidentologie des distorsions propres aux témoignages - quand il y a des témoins - et permettent d'analyser finement les causes complexes et souvent multiples - humaines, techniques, météorologiques… - des accidents, ces dispositifs participent à la progression de l'aviation civile. Selon la réglementation française, chaque avion de plus de 5,7 tonnes au décollage (presque tous les avions commerciaux de plus de 10 places) doit être équipé d'un enregistreur de données de vol (Flight Data Recorder, ou FDR) et d'un enregistreur vocal de cockpit (Cockpit Voice Recorder, ou CVR). Aujourd'hui, un FDR numérique dernier cri, où les données sont inscrites non plus sur bande, mais sur des barrettes de mémoire, stocke plus de mille paramètres sur cinquante heures.
Des énormes bases de données
Une fois récupérées et connectées à un ordinateur, les boîtes noires fournissent en quelques minutes toutes les données permettant de reconstruire le scénario de l'événement, qu'il est possible de réintégrer dans un simulateur de vol afin de « rejouer » et mieux comprendre l'accident. Leur analyse conduit à modifier les avions pour éviter que le drame ne se reproduise. Mais plus que la simple modification d'un type d'appareil, quelques accidents ont conduit à des révisions techniques généralisées à l'ensemble des avions de ligne. Par exemple l'obligation d'installer les différents circuits hydrauliques à bonne distance les uns des autres, de modifier la gouverne de direction des Airbus A300 et A310, ou de cibler les réservoirs des B747-100 et, pour tout type d'appareil, d'engager des procédures évitant la formation d'un mélange explosif air-carburant.
Les enseignements tirés des accidents permettent par ailleurs d'améliorer considérablement la formation des pilotes, en fournissant aux instructeurs des scénarios plus réalistes.
L'énorme intérêt des enregistreurs de vol est en outre de constituer d'énormes bases de données, tant sur le plan technique qu'humain, dans lesquelles puisent les enquêteurs pour les cas difficiles.
Car la majorité des accidents n'est pas d'origine technique (28 % seulement dans les années 2000) ; ce sont les erreurs de pilotage qui portent la plus lourde responsabilité (45 %), le reste étant lié aux erreurs du contrôle au sol, au terrorisme et à la météo. C'est là qu'intervient l'enregistrement CVR. L'enregistrement des communications dans le cockpit montre à quel point les relations entre les membres de l'équipage sont cruciales. C'est ainsi qu'a été adoptée une nouvelle matière dans la formation des pilotes, le « crew resource management », la gestion des ressources de l'équipage, et, notamment, l'enseignement du contrôle réciproque des membres de l'équipage. Par ailleurs, le CVR n'enregistre pas que les dialogues, mais également les alarmes, les bruits des interrupteurs, des moteurs… Autant d'informations très « parlantes ».
La Federal aviation administration (l'équivalent américain de notre Direction générale de l'aviation civile) souhaiterait d'ailleurs pouvoir inspecter à volonté les conversations captées par les CVR, qu'il y ait ou non accident, afin de s'assurer de la compétence des pilotes. Les syndicats de pilotes s'opposent à cette surveillance, mais les autorités y voient une parade contre la baisse des exigences de certaines compagnies qui traversent des conditions économiques tendues.
Du côté des améliorations techniques désormais envisagées, on note de déporter l'enregistreur de l'avion au sol, via des liaisons par satellite, ce qui compléterait les boîtes noires, en attendant leur disparition pure et simple.
Non seulement toutes les données seraient immédiatement disponibles, mais les compagnies disposeraient de l'historique complet de l'avion et pas seulement des 50 dernières heures. Car la routine peut révéler des informations importantes, par exemple sur des opérations de maintenance. La transition sera lente, mais cette tendance est irréversible.
D'après Germain Chambost et Pierre Grumberg

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