Commentaire / Les amabilités lilloises

Commentaire / Les amabilités lilloises

Publié le vendredi 13 janvier 2012 à 12H00 - Vu 46 fois

Aller présenter ses vœux aux fonctionnaires à Lille, fief de Martine Aubry, était une manière pour le président de la République de répéter son choix de délocaliser ses interventions pour mieux montrer sa proximité avec la France des terroirs. Ce qu'il a dit aux fonctionnaires sur la mission de service public et le sens de l'État a vite été relégué au second plan en raison de l'échange préalable qu'il a eu avec la maire de la métropole du Nord. Cette année, elle ne lui a pas offert un vélo mais a usé d'un temps d'accueil républicain pour s'insurger contre la rudesse et la verdeur des propos du début de la campagne présidentielle.
Il y avait tant de micros tendus que tout ce qui s'est dit a été enregistré pour mieux faire le buzz dans les heures qui ont suivi. L'échange a été ferme mais poli. A la première secrétaire du PS, qui recommandait, comme elle l'avait déjà déclaré quelques heures auparavant sur France Info, de remonter le niveau du débat, ajoutant « la République et la France y gagneraient », le chef de l'État a répliqué, l'air bonhomme : « Faites le partager à François Hollande quand il parle de moi. » Avant de confier à la maire de Lille : « Mais je partage votre avis d'ailleurs sur Accoyer » (référence aux propos tenus par le président de l'Assemblée nationale au cours de ses vœux), qui avait provoqué à un tollé à gauche.

Pas de monopole des aboyeurs

En protectrice bienveillante du candidat PS à l'Élysée, Martine Aubry a répliqué : « François Hollande ne parle pas de vous comme Nadine Morano et Bernard Accoyer parlent de nous. » Lorsque chaque jour on passe en revue les petites phrases des porte-parole à droite comme à gauche, on collectionne les perles et on se dit que personne n'a le monopole des aboyeurs. S'ils ont été désignés, ce n'est pas pour distribuer des douceurs par les mots mais pour tacler l'adversaire avec des propos d'autant plus acides qu'ils sont susceptibles d'être répétés. Il n'est pas exclu qu'on aille jusqu'à des procédures en diffamation. C'est l'intention proclamée par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant à l'encontre de Bruno Le Roux l'un des lieutenants de François Hollande. Un signe supplémentaire que l'on teste le cuir de la cuirasse des uns et des autres pour mesurer leur aptitude à franchir la ligne jaune.
Martine Aubry a d'ailleurs utilisé la venue du président de la République pour distiller une cascade de petites phrases assassines sur la politique du gouvernement envers la fonction publique, insistant sur la réduction du nombre de fonctionnaires et en particulier sur les suppressions de postes dans l'Éducation nationale. François Hollande, comme les principaux responsables du PS, multiplie les signes de compréhension envers les syndicats et dénonce la politique de contraction des effectifs. Mais hormis les 60 000 postes promis sur cinq ans à l'Éducation, il s'est prononcé jusqu'alors sur une gestion très stricte des effectifs de la fonction publique. Aubry avait reçu des délégations syndicales avant le discours du chef de l'État. Une opportunité d'agenda qui ne trompe pas. Ce qui ne signifie pas que des promesses de créations de postes par milliers aient été faites.

L'union l'Ardennais