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Centrale nucléaire de Fukushima: un sarcophage pour le futur

Publié le jeudi 24 mars 2011 à 11H21 - Vu 628 fois



C'est l'une des options préconisées par l'exploitant de la centrale de Fukushima pour protéger l'environnement de la radioactivité libérée dans l'atmosphère. Du type de l'arche actuellement construite à Tchernobyl pour recouvrir la chape de béton initiale datant de 1986. Mais ce qui vaut en Ukraine ne vaut pas forcément au Japon. Sans compter le prix financier et humain d'une telle opération.

MALGRÉ les efforts déployés depuis plusieurs jours pour rétablir l'électricité et permettre ainsi la remise en route des systèmes de refroidissement de la centrale, la situation demeure toujours aussi incertaine à Fukushima.
Jusqu'à présent, l'échauffement des combustibles a pu être maintenu à des températures suffisamment basses pour éviter le pire, mais leur fonte se poursuit néanmoins de façon inexorable, comme dans le réacteur n° 1, où il aurait déjà fondu à plus de 70 %.
Aussi l'objectif le plus urgent consiste-t-il à éviter que les combustibles ne fondent totalement et ne percent la cuve puis le ravier (un socle de béton de plusieurs mètres d'épaisseur), ce qui aurait pour conséquences désastreuses de libérer la matière radioactive dans les sous-sols et les nappes phréatiques.
Une opération mise à mal dès les premiers jours de l'accident par des niveaux de radiations extrêmement élevés qui ne manquent pas de rendre les interventions humaines de plus en plus difficiles.
Mais, en admettant que la situation parvienne finalement à se stabiliser, la question qui se pose ensuite est de savoir quelle solution sera adoptée pour sécuriser le site sur le long terme et protéger l'environnement pour les générations futures. Car, si les réacteurs actuellement à l'arrêt (trois l'ont été en urgence à la suite du séisme et trois autres s'y trouvaient pour des raisons de maintenance) ne représentent pas a priori de danger propre, il n'en va pas de même quant à la radioactivité dégagée dans l'atmosphère depuis les piscines de refroidissement se trouvant à ciel ouvert.

Douloureux sacrifice
L'une des options évoquées jusqu'à présent par son exploitant, Tepco, consisterait à placer la centrale japonaise sous sarcophage, comme cela avait été réalisé à Tchernobyl en 1986. A l'époque, dans les mois qui avaient suivi la catastrophe, plusieurs centaines de milliers d'ouvriers appelés « liquidateurs » avaient été sacrifiés pour participer à la décontamination du site puis construire à la va-vite une chape de béton temporaire destinée à confiner le réacteur n° 4 de la centrale ukrainienne. Fissuré et menaçant de s'écrouler, ce sarcophage, libérant toujours de la radioactivité, suscite cependant l'inquiétude depuis de nombreuses années.
Retardé par un certain nombre de conflits politiques ukrainiens, un chantier de construction d'une nouvelle arche de confinement, destinée à recouvrir le sarcophage existant, a néanmoins débuté l'été dernier, bien qu'il manquerait encore plus de 500 millions d'euros de financement. L'appel d'offres de cette construction aux dimensions pharaoniques avait été remporté en 2007 par un consortium français du nom de Novarka (« nouvelle arche » en ukrainien), formé par les sociétés Vinci et Bouygues. Montant du contrat : 432 millions d'euros, financés par un fonds international géré depuis Londres par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
Cette arche, garantissant une protection de cent ans et devant mesurer quelque 108 mètres de haut, 257 mètres de portée et 150 de long, pour un poids de 20 000 tonnes, représente la taille d'un stade de France. Actuellement construite à Tchernobyl sur un terrain contigu au réacteur n° 4, elle sera glissée in fine, probablement en 2012, au-dessus du sarcophage actuel, lequel sera ensuite démantelé.
C'est précisément ce même type d'arche métallique qui pourrait être construit à Fukushima afin de mettre la centrale sous cloche. A condition, toutefois, que l'opération s'avère financièrement et techniquement envisageable. « Il est difficile de faire un parallèle avec Tchernobyl car chaque site est différent, note-t-on, en effet, du côté de la société Vinci. Cela dépend non seulement de la configuration des lieux, mais aussi des moyens techniques et humains qui seront mis à contribution. Et, le cas échéant, devra-t-on construire un sarcophage par réacteur ? Plusieurs années seraient, de toute façon, nécessaires à un tel projet. »
Surtout, si une telle option devait être retenue, resterait à régler l'épineux problème de la main-d'œuvre humaine, car il s'agirait nécessairement de recruter des « liquidateurs ». En plus de la note à payer, ce serait inévitablement un sacrifice douloureux dont se passerait bien le Japon.
Franck BRENNER

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