Vervins / Tribunal d'instance C'était la dernière audience

Publié le jeudi 19 novembre 2009

La magnifique salle des boiseries du tribunal d'instance a fermé définitivement ses portes hier.

La magnifique salle des boiseries du tribunal d'instance a fermé définitivement ses portes hier.

Delphine OLIVA

UNE audience, comme une autre. Ou presque. Hier, en fin d'après-midi, la porte du tribunal d'instance de Vervins s'est refermée définitivement. Quelques heures plus tôt, le président, Julien Chappert, ouvrait les débats de la dernière audience civile devant une poignée d'avocats, ainsi que plusieurs justiciables.
Une page se tourne, à Vervins, avec la fermeture de cette institution qui a régulé la vie publique depuis 1792. À l'époque, pour la petite histoire, le tribunal siégeait alors au sein du Vieux-Château. Le décor était tout autre et n'avait rien à voir avec celui que l'on partage aujourd'hui et depuis 1844. Car c'est à cette date-là qu'est posée la première pierre du palais de justice actuel. La France était alors sous le règne de Louis-Philippe 1er.
Amertume
« Triste », « émouvant » : c'est en ces termes que les avocats, pour l'essentiel du barreau de Laon, ont qualifié « la der des ders » des audiences civiles. Avec mélancolie donc, mais également une pointe d'amertume : « Un tribunal, c'est non seulement un lieu d'activité pour une ville, mais également un lieu de justice de proximité, commentait, hier, Me Sylvie Lefèvre, bâtonnier à Laon. À présent, comment vont faire les Hirsonnais et les Vervinois ainsi que les personnes aux faibles revenus, face aux frais de déplacements jusque Laon ? » Pour Edmond, impliqué dans une affaire de chèque de caution entre le CIL et lui-même, les trajets lui poseront problème : « Ça fait loin et cher. Lorsque l'on voit que certaines affaires comme la mienne ne prennent que 10 minutes, on se demande si c'est bien la peine d'y assister. »
Pour l'avocat du cru qu'il est, Me Camus souligne, en outre, des délais qui pourraient, selon lui, s'allonger considérablement : « Le temps de traitement des dossiers, qui est aujourd'hui de 3 à 4 mois, pourrait être multiplié par deux, au détriment des justiciables. »
Au tribunal de Laon, la directrice du greffe, Véronique Gérard, tempère : « Il peut s'écouler 15 jours entre le traitement d'un dossier et le renvoi en audience civile, notamment lorsqu'il n'y a pas d'avocats. Cela peut donc être très rapide. Les deux magistrats de Laon devraient conserver un rythme convenable. »
Le lot de dossiers, qui sera transféré à Laon, dès la mi-décembre, est pourtant impressionnant : à raison d'une audience civile par mois, c'est une quarantaine de dossiers qui sont drainés à chaque fois. Sans compter d'autres types d'affaires qui dépasseraient, dans leur ensemble, les 1 000 dossiers. Hier, le président n'a pu donner de date de renvoi fixe aux justiciables. « Une contrainte informatique, nous disait-on hier à Laon, qui sera résolue courant janvier. » Cela commence bien…
Delphine OLIVA

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