Publié le mercredi 11 mars 2009 à 01H00 - Vu 24 fois
« C'est une bonne façon de célébrer le Printemps des Poètes, mais attention quand même : on n'est pas encore le 1er avril ! »
Conservateur des musées de Charleville-Mézières, Alain Tourneux a éclaté de rire, hier, à la lecture du « scoop » mis en ligne sur le site Internet du Nouvel Observateur, d'ordinaire réputé moins facétieux. Notre confrère annonçant rien de moins que la découverte de deux alexandrins inédits de notre cher Arthur Rimbaud.
Le texte très alambiqué du Nouvel Obs explique qu'un premier vers aurait été mis au jour incidemment alors que l'on procédait au nettoyage d'une veste du poète conservée au musée Rimbaud.
Lors de la manipulation, un employé aurait percé une doublure dans laquelle était caché, depuis plus d'un siècle, un précieux manuscrit. Inutile d'aller plus loin, il s'agit là d'une fable « abracadabrantesque », comme l'aurait dit Arthur, justement. « Je suis formel. Il n'y a jamais eu de veste ou de costume de Rimbaud dans les collections du musée de Charleville, ni ailleurs ! » explique Alain Tourneux.
Pour ce qui est du second vers, toujours un alexandrin (c'est-à-dire composé de douze syllabes), l'affaire semble plus crédible. On le découvre au hasard d'une chronique d'Octave Mirbeau parue dans le journal Le Gaulois en date du 23 février 1885 : «… et comme dit le poète Rimbaud : L'éternel craquement des sabots dans les cours ».
Ne cherchez pas, nulle trace de ce vers dans les œuvres complètes actuellement disponibles de l'homme aux semelles de vent.
La photocopie du journal est accessible sur le site Gallica de la très honorable BNF, bibliothèque nationale de France. Or, on sait que Mirbeau (l'auteur du « Journal d'une femme de chambre ») connaissait l'œuvre du poète ardennais, qu'ils ont eu des amis en commun, et qu'il avait déjà fait allusion à Rimbaud dans des articles précédents. Qu'il ait eu en sa possession des poèmes de Rimbaud, qui disparurent par la suite, n'est donc pas impossible.
« Ce second conte n'est pas une fable », plaisante l'auteur anonyme de l'article du Nouvel Obs. Ce qui laisse à penser qu'effectivement, il n'est pas dupe. Si l'affaire du veston tient du gag, le vers retrouvé dans cet article oublié d'Octave Mirbeau est bien, en revanche, une découverte. Deux inédits pour le prix d'un, c'était trop beau !
Comme quoi avec ce satané Arthur, on n'est jamais au bout de nos surprises. L'an passé, on avait bien découvert que l'enfant terrible de Charlestown s'était essayé au journalisme !
Philippe Mellet
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