Publié le samedi 23 janvier 2010 à 01H00 - Vu 47 fois
LES trois prévenus ne sont pas poursuivis pour trafic de stupéfiants mais c'est pourtant bien sûr fond de vente d'héroïne que cette affaire prend naissance. Jacnico Mianwe Pionkoua, Sekhe Thiam et Fred Athypot comparaissaient, hier matin, devant le tribunal correctionnel de Saint-Quentin pour répondre des faits d'enlèvement et de séquestration ainsi que de tentative d'extorsion de fonds avec violences. Le 10 janvier 2009, un an presque jour pour jour avant le jugement, Jacnico Pionkoua et Fred Athypot ont enlevé et séquestré leur victime Nicolas Lefevre avant de l'abandonner dans un terrain vague. Ce dernier avait, quelques jours auparavant, reçu de Fred Athypot 10 grammes d'héroïne à écouler avec pour injonction « de faire vite ». Et pour cause, celui qui lui fournit la marchandise est lui-même débiteur de Jacnico Pionkoua. Cette affaire d'enlèvement « pour faire pression » n'a donc d'autre fondement qu'une dette à régler, une somme de 200 euros a priori.
Le 10 janvier dernier, les deux complices au volant d'un véhicule repèrent leur victime en ville. Ils la forcent à monter à bord de la voiture. Ils veulent plaisent-ils, simplement « lui faire peur », lui parler « calmement » mais les choses vont vite prendre une autre tournure. D'abord, ils tentent de le fourguer dans le coffre de la voiture pour l'intimider. Le jeune homme est terrorisé. Il ignore alors de quoi ses ravisseurs sont capables. Deux autres complices seront impliqués dans l'affaire.
Poussé dans le coffre…
L'un est identifié, Sekhe Thiam, mais niera les faits pendant plusieurs mois avant de reconnaître sa participation. Le quatrième larron désigné par un surnom dans la procédure ne sera pas poursuivi. Les quatre amis vont se rendre dans un terrain vague situé à Omissy après plusieurs étapes en ville pour exiger de la jeune victime qu'il s'acquitte de sa dette. Ce dernier qui a été malmené durant cette expédition punitive sera abandonné dans un terrain vague, alors qu'il neige et qu'il a perdu une chaussure et ses lunettes au cours de ses deux tentatives pour échapper à ses ravisseurs.
Paire de lunettes perdue
A la barre, il expliquera que pour couvrir ses cris, ses agresseurs ont poussé le volume de l'autoradio. Aucune chance pour lui d'être entendu de l'extérieur. Une fois laissé seul complètement terrorisé, le jeune homme sera secouru par un automobiliste qui le ramènera en ville. La mère de la victime devra insister pour qu'il se rende au commissariat afin de déposer plainte. Nicolas Lefevre craint les représailles pour lui et ses proches, et notamment son frère jumeau. Pas facile pour lui non plus de tout révéler de cette affaire puisqu'il doit avouer aux policiers qu'il a accepté de revendre 10 grammes d'héroïne, ce qu'il n'est pas parvenu à faire car il n'appartient pas au milieu. Me Gilles Laurent, défenseur de la victime, insistera sur le choix des agresseurs quant à au profil de la victime : fragile, sans emploi… en revenant sur les séquelles psychologiques de cette agression. Le jeune homme n'ose plus sortir de chez lui ou presque. Il sait que même si les trois agresseurs sont placés en détention préventive, dehors leurs amis veillent. L'avocat réclame pour son client 1 000 euros au titre du préjudice moral et 4 000 de plus pour le préjudice moral. Sans oublier 61 euros pour le remplacement de la paire de lunettes perdue dont il fut beaucoup question durant les plaidoiries. Le substitut du procureur Julien Haquin a replacé le dossier dans sa « coloration de fond » c'est-à-dire le trafic de stupéfiants, justifiant que « le comportement de la victime n'enlevait en rien au comportement des prévenus ». Le représentant du Parquet justifiera dans son réquisitoire une différence de graduation des peines. Fred Apthypot a pour lui de présenter un casier judiciaire encore vierge. Par conséquent, une peine de deux ans dont un assorti du sursis simple sera requis à son encontre. En revanche, pour Jacnico Pionkoua qui présente quatre mentions à son casier, et Selkhe Thiam qui a déjà été condamné à sept reprises, les réquisitions sont plus lourdes : cinq ans de prison ferme, sachant qu'ayant agi en état de récidive, ils encouraient une peine de 5 à 20 ans de prison. Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur.
Le jugement a été rendu peu après 14 heures dans un climat très tendu. A l'extérieur, les forces de l'ordre ont d'ailleurs dû faire usage de leur matraque pour éloigner les proches éplorés et les reconduire jusqu'à la case prison.
Graziella BASILE
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