Publié le samedi 21 novembre 2009
Les quatre manifestants condamnés hier en comparution immédiate font partie des dix personnes arrêtées lors des échauffourées de jeudi.
Christian LANTENOIS
«Y'a Fillon, Pécresse et Chatel qui viennent à Roosevelt. C'est la guerre. On organise un rassemblement avec le NPA devant le lycée. »
Informés par téléphone ou SMS (comme celui-ci saisi par la police), environ 200 jeunes gens ont participé jeudi après-midi à la manif anti-Fillon à Reims. Pour quatre d'entre eux, elle se solde par trois mois de prison avec sursis prononcés hier en comparution immédiate. Ils ont été reconnus coupables de violences sur les forces de l'ordre lors des échauffourées survenues pendant l'évacuation des manifestants qui bloquaient l'accès au lycée.
Dix arrestations
Les prévenus font partie des dix personnes arrêtées en marge de la visite du Premier ministre venu se faire présenter au lycée Roosevelt les filières dites des « Cordées de la réussite » (l'union d'hier). Cinq sont des lycéens de 15 et 16 ans remis en liberté après leur présentation au parquet. Un majeur de 20 ans est sorti libre du commissariat tandis que les quatre autres ont fini à la barre du tribunal correctionnel, soutenus silencieusement par une cinquantaine de personnes dans la salle d'audience.
Tous protestent de leur innocence alors que les policiers affirment les avoir identifiés formellement. Se préparant à passer le concours d'inspecteur du travail, Damien Laugier, 24 ans, demeurant à Soulanges, aurait porté des « coups de pied » et des « coups de poing » sur le bouclier d'un gendarme mobile.
Délit de faciès ?
« Ce n'est pas vrai. J'étais dans le rassemblement en tant que militant du Nouveau parti anticapitaliste. J'ai voulu calmer le jeu quand j'ai vu des lycéens se faire écraser par d'autres lycéens suite à la charge des gendarmes, j'ai été pris entre les deux feux. Je me suis débattu. Un policier m'a attrapé. »
Sedanais de 24 ans, Yacoub Guezoul étudie la philosophie. Selon des policiers en civil « infiltrés » parmi les manifestants, il aurait jeté une pierre sur les gendarmes mobiles. « Je n'ai pas jeté de pierre. J'étais coincé contre une barrière quand un gradé a dit à deux gendarmes : Attrapez-moi celui-là ! »
Deux pierres auraient été lancées par Léo Belenguier, un Rémois de 18 ans inscrit à la fac d'histoire. « Je suis arrivé sur le pont de Laon. Il y avait des gens qui jetaient des pierres. Je leur ai dit d'arrêter car ça ne servait à rien. Les policiers ont dû me confondre avec eux. »
Y'a-t-il eu « délit de faciès » ? Il le suggère. « En garde à vue, on lui a quand même fait remarquer qu'il avait un look particulier », s'étonne Me Kadiyogo, l'avocate du garçon portant tenue et coiffure rasta.
Accusé d'avoir jeté une pierre, Savinien Fege, 20 ans, étudiant rémois en menuiserie, se dit lui aussi victime d'une arrestation ciblée, mais pour un motif politique. « Damien est militant NPA. Je milite aussi. » Il pense que la police a exploité l'occasion de s'en prendre à des membres actifs de la « jeunesse militante ».
A l'instar de sa consœur, Me Michelet a vainement plaidé leur relaxe en dénonçant un « procès pour l'exemple ». Tous condamnés, les prévenus ne savent pas encore s'ils vont faire appel mais l'heure, hier soir, était plutôt au soulagement. A l'encontre des lanceurs de cailloux, le parquet avait requis trois mois de prison ferme.
Fabrice CURLIER












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