Publié le vendredi 13 juin 2008 - Vu 18 fois
L’État va créer un centre de stockage de déchets radioactifs en 2019. Entre risque et… pactole, 47 communes du Vouzinois, parmi les 3.000 éligibles en France, peuvent se porter volontaires.
Christian Lantenois
AU début, ça ressemble à une blague… L’État cherche un site pour implanter un centre de stockage de déchets radioactifs, et 47 communes, celles des cantons de Vouziers, Machault et Monthois, ont été « pressenties » pour accueillir le projet, en raison des caractéristiques géologiques de leur sous-sol.
Mais ne peignons pas trop vite les banderoles de protestation. D’abord, la probabilité mathématique qu’une de ces communes, les seules concernées dans les Ardennes, accueille le site (en 2019), est très faible. Et tout repose sur le volontariat.
Bien sûr, le risque zéro n’existe pas en matière nucléaire et l’implantation d’un tel centre ne serait pas sans conséquences dommageables possibles pour le secteur retenu.
Mais d’un autre côté, la taxe professionnelle, la taxe foncière et la création d’emplois signifient de (très) confortables retombées financières, un peu à l’image de ce qu’apporte la centrale de Chooz.
Il est ainsi prévu une centaine d’embauches pendant les quatre années de construction du site puis une cinquantaine durant la phase d’exploitation, soit approximativement de 2020 à 2040. Enfin, après fermeture du site, une demi-douzaine de salariés se relaieront pour effectuer des missions de surveillance. Concrètement, il s’agira de stocker des déchets faiblement radioactifs mais dont la durée de vie peut atteindre, voire dépasser les 1.000 ans.
L’Etat a donc décidé de lancer un « appel à candidatures », auquel répondront ceux qui auront accepté inconvénients et avantages.
Les autres? On les laissera tranquilles, pas question d’imposer quoi que ce soit, a promis en substance le ministre Jean-Louis Borloo, qui se veut transparent.
Outre l’aspect géologique, d’autres paramètres seront pris en compte, dont le tissu économique local, le projet de développement du territoire ou la démographie. Le sous-préfet Michel Richard vient de réunir les élus des 47 communes du Vouzinois pour qu’ils amorcent une réflexion. À la fin de l’année, les communes volontaires (et dont les voisins ne sont pas trop réticents !) pourront déposer un dossier. Bref, on assiste à la mise en route d’un projet fleuve qui aboutira certainement ailleurs que dans le Vouzinois, et avec l’accord du territoire concerné, mais qui ne manquera pas de provoquer un débat passionné.
Jacques Berthion
***
Les antinucléaires dénoncent un « appel bidon »
Le réseau « Sortir du nucléaire » a accusé hier le ministère de l'Ecologie d'avoir lancé « un appel à candidatures bidon » auprès des localités susceptibles d'accueillir ce nouveau site de stockage.
« Nous ne croyons pas à la sincérité de cette démarche. Le ministère a préalablement convaincu les élus de se porter candidats […] D'ailleurs, selon nos informations, des candidatures « spontanées » seraient déjà prévues dans les régions Centre, Alsace et Lorraine ainsi que dans les départements du Lot et du Tarn-et-Garonne », affirme le Réseau qui s'attend « au déversement de puissantes mannes financières » sur les collectivités, « une sorte de corruption légale destinée à s'assurer la collaboration d'élus au détriment des populations locales comme ce fut le cas lors de la désignation de Bure ».
Entre Meuse et Haute-Marne, cette petite commune accueille depuis 2000 le laboratoire chargé d'étudier les conditions de stockage des déchets hautement radioactifs à vie longue en grande profondeur (500 mètres).
« Depuis dix ans, près de 220 M€ ont été déversés sous forme de subventions ou d'aides diverses aux deux départements par la puissance publique, l'Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) ou les producteurs de déchets », assure Michel Marie, porte-parole du comité antinucléaire CEDRA 52.
Selon lui, le coût du laboratoire de Bure dont la construction a débuté en 2000 dépasserait aujourd'hui « le milliard d'euros ». La Champagne-Ardenne accueille actuellement deux autres sites de stockage. Depuis 1992, celui de Soulaines-Dhuys (Aube) a pris le relais du centre de la Manche de La Hague pour recevoir d'ici 2044 un million de mètres cubes de déchets faiblement ou moyennement radioactifs à vie courte (300 ans).
Un nouveau centre a été mis en service en août 2003 sur les communes de Morvilliers et de la Chaise, près de Troyes, pour accueillir d'ici 2030, 750.000 tonnes de déchets très faiblement radioactifs.
Le nouveau site recherché par le ministère de l'Ecologie concerne les déchets faiblement radioactifs à vie longue (au moins 5.000 ans), notamment des graphites provenant du démantèlement des réacteurs nucléaires.
Gilles Grandpierre
***
Une activité jusqu'en 2040
Si on ne connaît pas encore le site retenu, on sait par contre quels produits il accueillera : d'une part, des déchets provenant de l'exploitation et du démantèlement de certains réacteurs, d'autre part des résidus qualifiés de radifères et issus de processus industriels (fabrication de composants électroniques, de pots catalytiques, métallurgie fine, concentration de minerai…) ou même récupérés lors de la réhabilitation de sites contaminés par du radium.
Au total, le site choisi accueillera 170.000 mètres cubes de déchets, entreposés à une profondeur maximale de 150 mètres et protégés par une couche d'argile d'au moins 50 mètres. Dans ses grandes lignes, le calendrier de l'opération est d'ores et déjà connu.
Fin 2008 : dépôt des candidatures, après concertations locales.
2010-2011 : après études complémentaires et prise en compte de tous les critères, choix du site.
2019 : mise en route du centre de stockage.
2040 : date approximative de fin d'activité du site. Par précaution, une présence devrait rester quelque temps après l'arrêt d'activité.
Le projet est consultable sur le site de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) : www.andra.fr
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site







Réagissez