Publié le jeudi 04 février 2010 à 01H00
Julien Dutel, avocat général, va requérir pour la première fois aujourd'hui. Il converse ici avec Me Miel, avocat des parties civiles.
THIERRY DE LESTANG PARADE
C'EST un des rituels des assises, particulièrement redouté par les avocats de la défense, le moment où les photos d'un meurtre sont montrées aux jurés. Ces images atroces se nichent dans les esprits et il est difficile de les chasser. Le sang coule en fontaine et les chairs sont comme tordues par une extrême violence.
En accord avec toutes les parties, certaines vues de la mort de Jeanine Roger, 79 ans, ont été hier épargnées à la cour. Mais celles qui ont malgré tout été aperçues risquent de peser aujourd'hui à l'heure du verdict.
Ce matin-là du 27 avril 2007 à Pommiers, la grand-mère, veuve d'un instituteur, est vêtue d'une simple chemise de nuit. Elle n'attend pas de visiteurs mais elle est toujours charmante, hospitalière. Elle propose même le café à son agresseur mais celui-ci est pressé. Il est venu pour tuer.
Frappée au pied-de-biche dans le crâne, Jeanine Roger est aussi atteinte à la gorge par un coup de couteau. A-t-elle subi d'autres coups ? L'accusé le nie : « Je jure n'avoir pas exercé d'autres violences. C'est la stricte vérité ».
Maigre butin
Mais des doutes subsistent. Aux portes de la mort, elle a vraisemblablement pleuré, supplié son bourreau qu'elle connaissait. L'accusé, couvreur, était venu chez elle pour y mener des travaux. Il affirme que la mise à mort s'est déroulée en silence. Il insiste : « Elle n'a pas parlé, elle n'a pas crié ». Jusqu'au bout, malgré les multiples tentatives de son avocat, Me Etienne Delpierre, de la présidente, Isabelle Seurin, l'accusé reste accroché à ses lourds secrets qui risquent de lui fermer les portes de la moindre clémence.
Jeanine Roger succombe finalement à un embrasement. L'incendie est provoqué par du pétrole en flammes nourri d'un abondant stock de papier. Elle est brûlée de la tête aux genoux pour un butin de 360 euros et une carte de crédit. Aussitôt après, Freddy Boron tente de l'utiliser mais il ne dispose d'aucun code et elle finit par être avalée par un distributeur de billets de la Cité du vase. Freddy Boron en profite pour revendre 300 euros un ordinateur dérobé à Pommiers à son fournisseur de drogue de Soissons. Il lui doit 1 600 euros mais la transaction lui permet tout de même de consommer 10 grammes d'héroïne. C'est la récompense qu'il s'accorde à lui-même pour avoir torturé et tué la vieille dame.
Le mobile du crime, c'est l'argent. Son contexte, la drogue, la sorcière maléfique à laquelle Freddy Boron fait allégeance depuis l'âge de treize ans.
Elle règne sur son existence, même derrière les barreaux. Emprisonné à Laon, il est obligé de quitter cet établissement pour Reims en raison de ses dettes. Il doit à un autre détenu, qui lui a fourni des substances vénéneuses, la somme de 900 euros. En plus, une amie est surprise au parloir avec un soutien-gorge trop bien fourni. Pas question de chirurgie esthétique ici mais encore de doses d'héroïne et de cannabis.
Freddy Boron est-il toujours prisonnier de ses démons ? Sa réponse laisse encore la place au doute. « Je ne peux pas dire que j'en suis sorti à 100 %».
Thierry de LESTANG PARADE









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