Publié le vendredi 10 février 2012 à 12H00 - Vu 613 fois
Daniel Renollet, ancien roulant : « Il y a abandon de la gare ».
Selon un ancien cheminot, jusqu'à une époque récente, des incidents comme celui qui a eu pour cadre la gare SNCF où une jeune femme a porté plainte pour viol avant de se rétracter, n'aurait pas pu arriver grâce à une permanente présence d'employés de tous secteurs. Quand la gare vivait…
« IL y a cinq ans encore, un incident comme cela n'aurait jamais pu arriver. La nuit, la gare était une vraie usine. Par notre seule présence il ne pouvait rien se passer de ce genre. Il y aurait toujours eu quelqu'un pour intervenir. Maintenant, on assiste à un vrai abandon de la gare ».
Même si le fait divers relaté dans nos colonnes concernant une pseudo tentative de viol survenue à la gare semble se dégonfler sur le plan de l'enquête de police et de ses incidences judiciaires, reste, selon l'ancien roulant Daniel Renollet, qu'il est significatif d'un constat : les alentours de la gare sont devenus un no man's land.
« Depuis qu'il y a le TGV, c'est la décadence », affiche l'ancien professionnel. Et de lister là où le bât blesse. Plus de train de nuit déjà : « Maintenant en semaine, le dernier train, c'est 23 h 19. Le premier du matin, c'est 5 h 16 ». Belle amplitude dans le domaine de la désertification du rail mais le pire, c'est dans la nuit de samedi à dimanche : « 20 h 44 le dernier de la soirée, 8 h 14 le premier du lendemain ».
Daniel Renollet, 32 ans de carrière derrière lui, a « attaqué la route » comme il dit depuis l'âge de 18 ans. Il se souvient de ce train des spectacles qui ramenait aux environs de 2 heures les Châlonnais partis passer la soirée à Paris et qui quittaient la capitale aux environs de minuit.
Allées et venues perpétuelles
Jusqu'à la suppression des trains de nuit ces dernières années, la gare avec ses environs était une vraie ruche, à commencer par tous ces voyageurs dans la salle des pas perdus : « ll y avait au moins deux personnes chargées de la billetterie ; jusqu'à 2 heures la nuit avec réouverture du guichet à 5 heures, soit une vacance de trois heures seulement ». Jusqu'à il y a peu, les alentours du rail étaient un vrai centre de vie aussi avec le tri postal : « Des gens allaient et venaient chercher le courrier ».
Chaque nuit, plusieurs dizaines de personnes étaient en permanence sur le pont : les cheminots qui se relevaient par équipe, les agents de trains, à chaque fois trois ou quatre personnes. Autant pour le personnel des entreprises de nettoyage de l'autorail qui s'occupaient des remorques et des rames.
Il y avait aussi les trains de marchandises, « car Châlons était une gare relais ». Il y avait aussi les messageries de la presse qui venaient chercher leurs stocks de journaux. Par ailleurs, le foyer créait de l'activité humaine, sans compter l'économat « où les employés de la SNCF pouvaient aller chercher de tout, meubles, épicerie ou bleus de travail ! Maintenant il est rasé ». La gare enfin, c'était des animations générées par la quasi non fermeture du buffet ou du café de Paris.
Caméras de surveillance ?
A présent, parce que le chat n'est plus là, les souris peuvent danser et, plus sérieusement, beaucoup de choses peuvent arriver. Car désormais la nuit en gare, c'est une seule personne seulement à partir de 23 h 30. Il lui faut réaliser des comptes-rendus de la journée, et surveiller à la fois autant les quais que la salle des pas perdus, dans une énorme place de rails et de bâtiments où les SDF, les marginaux, « et les autres » arrivent à rentrer même quand elle est fermée.
Faut-il l'installation de caméras de surveillance, pour circonscrire tout ce qui se passe dans cet hôtel des courants d'air ouvert aux quatre vents ? Une fausse bonne idée selon Daniel Renollet, tout au moins dans le strict cas de la politique de restriction de moyens et de personnels : « Le gars ne pourrait pas tout gérer, on lui demande beaucoup. Il ne peut pas aussi faire sa ronde et avoir les yeux sur les écrans. Cela ne pourrait à la limite servir que pour retrouver l'auteur d'un fait. Je doute que cela soit utile pour prévenir d'un incident ! ».
Fabrice MINUEL
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