Publié le vendredi 16 octobre 2009 à 01H00 - Vu 36 fois
Poursuivi pour « manquement grave à l'obligation de réserve », Jean-Hugues Matelly, 44 ans, chef d'escadron de la région Picardie pourrait être, du jour au lendemain, radié des cadres, en clair, être exclu de la gendarmerie, suite à l'avis rendu par le conseil d'enquête, l'instance disciplinaire de la gendarmerie nationale, mercredi.
La décision est maintenant entre les mains du président de la République, Nicolas Sarkozy, qui est le seul à pouvoir signer ou non le décret de radiation. « Pour ces motifs, la radiation de mon client constituerait une première », lâche Me David Dessa le Deist, l'avocat du gendarme.
Mais que reproche-t-on au juste à ce haut gradé de la gendarmerie ? « D'avoir coécrit, avec deux chercheurs du CNRS, un article paru sur le site de Rue 89 en décembre 2008, intitulé « La gendarmerie enterrée, à tort, dans l'indifférence générale »», explique Me David Dessa le Deist. Les auteurs y critiquaient le rapprochement de la police et de la gendarmerie. Un texte qui n'était pas passé inaperçu. « Au cours du trimestre qui a suivi, mon client a dû se justifier auprès de sa hiérarchie. »
Violation de la neutralité
Après une longue enquête, la direction générale de la gendarmerie (DGGN) avait décidé en juin 2009 de renvoyer le gendarme Matelly devant le conseil d'enquête pour avoir exprimé « une désapprobation claire vis-à-vis de la politique conduite par le gouvernement » et parce que ce Picard n'avait pas respecté « l'exigence de loyalisme et de neutralité liée à son statut militaire. »
Le conseil d'enquête a donc durant deux jours, mardi et mercredi, débattu du cas Matelly et a rendu la décision que l'on connaît.
Respecté par ses pairs
« Mon client est désabusé, abasourdi. Il ne s'est pas exprimé avec sa casquette de gendarme mais avec celle d'universitaire, de chercheur associé au CNRS. Il a produit un article analytique d'un point de vue universitaire sur la thématique de la sécurité publique et du statut de la gendarmerie. Il n'a pas tenu de propos outrancier ou de théorie révolutionnaire prônant l'éclatement de cette institution. »
L'avocat ne comprend d'autant pas l'avis rendu, que ce n'est pas le premier article sur cette thématique que son client produit, « mais il s'agit de revues peu connues du grand public. »
Le gendarme Jean-Hugues Matelly, depuis le début de la procédure entamée à son encontre, « n'a fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire, ni suspendu. Il continue à faire son métier. C'est un homme qui a passé plusieurs dizaines d'années dans la gendarmerie. Un homme à la carrière exemplaire, respecté par ses pairs. Ce n'est pas un élément déstabilisateur dans ce corps d'arme, encore moins un révolutionnaire. Il a toujours donné pleinement satisfaction à sa hiérarchie. C'est une décision inadéquate, disproportionnée. »
A. B.
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