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Mémoire de la Première Guerre mondiale Au chevet des « fusillés pour l'exemple »

Publié le jeudi 12 janvier 2012 à 12H00 - Vu 70 fois



Le centenaire de la Grande Guerre qui sera célébré à partir de 2014 va-t-il aboutir à une réhabilitation des fusillés pour l'exemple ? La discussion du projet de loi sur le 11 Novembre a conduit le secrétaire d'État Marc Laffineur à défendre la création d'une commission composée d'historiens et de membres d'associations pour examiner, en vue de leur réhabilitation, les dossiers de quelque six cents soldats condamnés à mort et fusillés entre 1914 et 1918. Le ministre, répondant à l'interpellation d'un député communiste, a souhaité un examen au cas par cas mais il n'est pas sans savoir que certains condamnés ont été réhabilités au terme de combats juridiques exemplaires conduits par leur famille parfois avec l'appui de leurs propres camarades indignés par l'injustice d'alors.
Il faut faire la distinction entre ceux qui ont été sanctionnés parce qu'ils ont été les porte-parole auprès de leur hiérarchie de l'épuisement de soldats de leur unité et qu'ils ont dit que certains assauts répétés ne conduisaient qu'au massacre collectif sans aucune chance de gagner une position. Parmi eux, certains avaient des états de service admirables et avaient été décorés au feu à plusieurs reprises. Ils n'ont rien à voir avec des auteurs de délits et de crimes de droit commun envoyés devant le peloton d'exécution. De même, ceux qui ont été fusillés pour l'exemple parce que tirés au sort alors qu'ils avaient accompli leur devoir n'ont pas à être marginalisés ou oubliés. Il est même du devoir de la République de leur donner la place qu'ils méritent. Il n'en est que temps.
Selon des chiffres du Service historique des armées, 675 soldats sous l'uniforme français, dont 620 nationaux, ont été fusillés après avoir été condamnés à mort par des conseils de guerre pendant toute la durée du conflit. Les historiens sont formels, beaucoup ont été réhabilités parce qu'il a été démontré qu'ils avaient été d'honnêtes soldats. Se pose la question de la réhabilitation collective qui a été choisie par les Britanniques en 2006. Alors que tous les poilus sont aujourd'hui décédés, il faut écouter les historiens pour contribuer à réduire, selon la formule de Joseph Zimet, directeur adjoint de la mémoire, du patrimoine et des archives au ministère de la Défense « ce kyste mémoriel » et trouver une solution historiquement et humainement juste.
Cette question, soulevée en 1998 par le Premier ministre Jospin, avait suscité dans cette période de cohabitation des tensions verbales. Dix ans plus tard, à Douaumont, le Président Sarkozy avait évoqué ceux qui avaient été exécutés alors qu'ils n'avaient pas été des lâches mais « simplement étaient allés jusqu'à l'extrémité de leurs forces ».
Si besoin s'en fait sentir, que ceux qui vont travailler la question relisent Maurice Genevoix, auteur immense, acteur et témoin d'une guerre qui lui a déchiré les chairs et le cœur. Il y a chez l'écrivain d'utiles réflexions pour comprendre. Et qu'ils ajoutent, en synthèse, l'excellent « Pour Genevoix » de Michel Bernard. Loin des bavardages politiciens et d'opportunité, il y a une plongée en pleine pâte humaine pour vivre cette France d'alors qui est une part indissociable de la nôtre.
Hervé CHABAUD

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