Publié le dimanche 08 mars 2009 - Vu 28 fois
« Il est impossible qu'un auteur puisse écrire des saloperies de ce type sans tenir compte de la réalité », peste Yves Schmitter.
dzanga
LORS de la dernière assemblée générale de l'association nationale des cheminots anciens combattants (Anac) qui se déroulait à la gare de Châlons, ce ne sont ni le TGV ni Guillaume Pepy qui étaient au centre des conversations et du mécontentement.
Non, c'est tout simplement la journaliste Françoise Laborde qui a soulevé l'ire des participants, blessés par les écrits de cette dame cathodique qui publiait l'an passé : « Ça va mieux en le disant ». Vite dit…
Dans son ouvrage, Françoise Laborde déverse pas mal de fiel sur la corporation cheminote en général, sur ces « heureux bénéficiaires des régimes spéciaux qui, vers 50 ans, peuvent plier les gaules ». Grand classique type conversation de comptoir. Sauf que page 95, l'auteur a comme dérapé violemment en évoquant la période de la Seconde Guerre mondiale. Extraits : « La SNCF se targue d'être un modèle de solidarité sociale, mais nul n'ose rappeler que les trains de la mort qui emmenaient juifs et résistants vers les camps d'extermination n'ont jamais été stoppés par des grévistes et sont toujours arrivés à l'heure, leur prestation, payée rubis sur l'ongle par les nazis. Sans les trains français, comment la déportation aurait-elle pu avoir lieu ? Les cheminots héros de la Résistance dans la bataille du rail, voila une imposture historique extrapolée et véhiculée par les « camarades » après la guerre ». Selon Jean Marchandeau, n° 1 départemental des cheminots anciens combattants : « Ce passage polémique a été diffusé sur des tracts dont nous avons eu connaissance, nous sommes honteux et révoltés surtout pour les anciens de 39-45 morts ou vivants ».
Révolte d'autant plus justifiée que la corporation fut la seule à être décorée pour faits de guerre avec Légion d'honneur et Croix de guerre avec palmes.
« Tout ceci résulte d'un décret du Général de Gaulle en date du 3 octobre 1949 », poursuit M. Marchandeau. Privilégiés mais surtout « collabos », les cheminots Anciens combattants ne peuvent laisser passer de tels messages. Ancien président de la section nationale et locale, puis membre du bureau national de l'Anac, le Châlonnais Yves Schmitter estime que les anciens ont été traînés dans la boue. « Il est impossible qu'une journaliste connue ne fasse pas preuve d'éthique et écrive de telles saloperies, sans tenir compte de la réalité ».
Avec précision, l'ancien cheminot du cru se souvient d'épisodes symboliques. Quand des gens du rail ont apporté de l'eau dans un convoi de déportés en gare de Châlons, « ils ont reçu des coups de crosses des Allemands ».
Autre moment de cette sombre époque : « Un train a été soustrait au nez et à la barbe des Allemands, les cheminots ont risqué leur vie ce jour-là ! Si les jeunes générations lisent ce livre, que vont-elles croire ? » s'interroge M. Schmitter en consultant ces extraits « inadmissibles car on ne joue pas avec la mémoire de ceux qui sont tombés ». L'image des cheminots obligés de conduire les trains car menacés par les armes de la Wehrmacht sont oubliés dans ce bouquin, tout comme le massacre de trop nombreux déportés.
Et M. Schmitter de conclure : « L'auteur de ce livre, née en 1953, ne peut s'appuyer sur sa propre expérience. Elle écrit son histoire et non pas l'Histoire car aucune référence sérieuse n'est apportée. Il n'est pas possible de lire des choses comme ça actuellement ! »
David Zanga
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