Publié le jeudi 04 février 2010
A l'époque, La Désirade était un commerce qui avait pignon sur rue.
LA cour administrative de Nancy vient de condamner l'État à verser 90 000 € de dommages et intérêts à un couple d'anciens commerçants de Vitry-le-François. Philippe et Françoise Girodie qui ont exploité la parfumerie « La Désirade » pendant 10 ans, ont été victimes de 13 cambriolages entre 1987 et 1999. Avec cette condamnation de l'État pour faute lourde, la justice a estimé que la police n'a pas mis en place les mesures nécessaires pour éviter la répétition de ces casses.
L'heure n'est pourtant pas au triomphalisme du côté de ceux qui ont contribué aux beaux jours du commerce local. « C'est une procédure que nous avons engagée il y a déjà 10 ans », lâche Philippe Girodie.
Entre 1987 et 1999, le couple a été victime d'une série de treize cambriolages, parfois de façon rapprochée alors que le système d'alarme de la parfumerie, installé à l'angle de la rue Domyné-de-Verzet et de la place d'Armes, était relié directement au commissariat de police, situé à 150 mètres de là. « Notre outil de travail a été complètement pulvérisé ; notre trésorerie est tombée à sec. Nous ne pouvions plus continuer ni économiquement, ni physiquement et psychologiquement d'ailleurs… », expliquait à l'union au mois de mars dernier, Philippe Girodie qui a décidé avec son épouse de « fuir » la cité rose pour s'installer dans le Var.
43 coups de masse
Tout avait pourtant bien débuté pour les deux Vitryats. Ils acquièrent en 1979, la parfumerie qui a vite pignon sur rue. « En 10 ans, nous sommes passés d'un chiffre d'affaire de 61 000 € à 260 000 € », confie Philippe Girodie. Ce qui ne manque pas d'attirer l'attention. En septembre 1987, la boutique est le théâtre d'un premier cambriolage, le premier d'une série de 13. À chaque fois, le mode opératoire était identique. Des bandes organisées, venues de Seine-et-Marne qui défonçaient la vitrine au moyen d'une voiture bélier, avant de faire main basse sur les parfums de luxe sans être inquiétées. Et c'est bien là que le bât blesse. Le commissariat, pourtant implanté à moins de 150 mètres du commerce, n'a jamais réussi à interpeller les casseurs. « Lors du 13e casse, 43 coups de masse ont été donnés sur la vitre blindée, de quoi ameuter un quartier me direz-vous. La place d'Armes oui mais pas la police… », déplore le propriétaire de La Désirade.
Rapidement, les assureurs imposent un système de sécurité de plus en plus stricte. « La Désirade ? C'était Fort Knox ! L'alarme devait être reliée au commissariat, les vitres blindées et à l'épreuve des balles et des grilles placées devant les vitres. Sans compter les plots scellés sur le trottoir », énumère le septuagénaire. Des assurances qui ne réussissent pas à couvrir le préjudice financier. Et encore moins, le préjudice moral subi par les Girodie. « Les salariés ont fini par lâcher leur emploi. Alors que nous envisagions sérieusement de développer notre affaire ». La mort dans l'âme, le couple de commerçants doit se résoudre à baisser le rideau. Il décide de porter l'affaire devant les tribunaux.
12 000 euros de frais de justice
Le 7 janvier 2010, après 10 ans de procédure, la faute lourde de l'État a enfin été reconnue. « C'est un jugement innovant », assure, Me Kroell, l'avocat nancéien de Philippe et Françoise Girodie. « D'habitude l'État est condamné quand la police a mal fait son travail, dans les cas de bavure par exemple. Dans ce cas précis, il est condamné parce que la police n'a pas bougé, n'a pas fait son travail ».
Le tribunal, jugeant que les policiers auraient dû faire preuve d'une vigilance accrue, a estimé que le préjudice méritait réparation. Un préjudice que le couple Girodie évaluait à 300 000 €. Bien loin donc des 90 000 € obtenus. « La procédure nous a déjà coûté près de 12 000 € ».
Philippe Girodie, s'il reste intarissable sur l'aventure commerciale de La Désirade, il lui est encore difficile d'évoquer sa chute. « N'en déplaise à certains, je peux dire que comme d'autres entrepreneurs de Vitry-le-François, on a fait vivre le commerce de la cité rose pendant plusieurs décennies ». L'homme se souvient encore aujourd'hui de certains commentaires. « Deux cambriolages, on plaint les commerçants touchés. Treize, ça anesthésie ! À l'époque, certains Vitryats ont même pensé que nous étions à l'origine des cambriolages ». Et de confier : « J'ai encore du mal à l'avouer mais j'ai parfois pensé à l'autodéfense… À me cacher dans les cabines UV de La Désirade pour me faire justice. Le bon sens l'a finalement emporté ».
Une condamnation qui si elle ne comble pas un préjudice moral inchiffrable, risque pourtant de faire jurisprudence.
Corinne LANGE









Réagissez