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Les compagnons du dernier voyage

Publié le dimanche 07 mars 2010 à 11H00 - Vu 11 fois



Le one-man-show que donnera Paolo Doss mardi à Soissons n'a pas été choisi à la légère par l'association Jalmalv en Soissonnais qui fait venir cet humoriste belge. Le premier construit ses sketches comme de chaleureuses tranches de vie qui évoluent entre le rire et la gravité sans accorder la primauté à l'un ou à l'autre mais en resserrant les liens qui existent entre ces deux extrêmes comme si la distance humoristique restait le dernier remède contre notre inéluctable échéance.
Les dix-neuf bénévoles de la seconde ne se donnent pas en spectacle quand, dans les centres hospitaliers ou les lieux médicalisés, chez les particuliers ou dans les maisons de retraite, ils se rendent auprès des malades plus ou moins en fin de vie, des personnes âgées seules ou d'autres solitaires frappés par le deuil d'un proche. Mais ils utilisent aussi le langage comme un moyen de panser les plaies.
Ces saint-bernard qui comptent une majorité de femmes ont ainsi effectué mille soixante-dix visites auprès d'une centaine de patients en 2009 dans la cité du vase que Clovis avait brisé en un geste annonciateur de chaos. Ils animent l'une des antennes locales les plus dynamiques du département.
Avec le sourire de la présidente
Le mérite en revient à sa présidente qui, nommée en 1999, s'est investie sans compter son temps dans cette action : Evelyne Huber. De sa voix toute douce, elle répand le bonheur comme un baume. De son sourire, elle réchauffe les âmes emportées dans les frimas de l'existence.
Et pourtant, par la disparition de Sophie, l'une de ses deux filles, voici tout juste vingt ans, le destin ne l'a pas, non plus, épargnée. Après avoir été aidée dans cette épreuve par des organismes d'assistance à domicile, elle a voulu leur rendre un peu de ce soutien matériel mais aussi moral : « J'ai proposé un bénévolat d'accompagnement comme je l'avais découvert à l'hôpital de Villejuif en 1987. »
Cette mère Térésa des quartiers chics porte une béatitude qui semble inébranlable sur la bouille toute ronde et réjouie de son visage brillant de toute sa fantaisie comme la Giulietta Masina de « La strada » : « Le ciel est plus bleu quand on sort d'une chambre d'hôpital », lance-t-elle comme un manifeste de bonne humeur malgré tout.
Jusqu'à la mort accompagner la vie
Naturellement, comme un don, une grâce dont elle aurait hérité, cette Soissonnaise transmet cette sérénité à tous ceux qu'elle approche sur un plan associatif mais aussi par ses relations quotidiennes. Un simple geste, une attention discrète, une phrase délicate apportent le réconfort aux gens en détresse : « Une personne malade n'ose pas parler de sa maladie à ses proches. La parole se libère auprès de nous. »
La manœuvre exige néanmoins un effort intense : « On est comme des éponges qu'il faut essorer. »
La grande philosophie du mouvement d'entraide qu'elle représente tient dans l'acceptation de la mort qui n'est pas considérée comme un terme tabou. Jalmalv signifie en effet « Jusqu'à La Mort Accompagner La Vie » comme un étendard ou un sacerdoce bien qu'aucune connotation religieuse ni politique ne soit revendiquée.
Ces compagnons du dernier voyage n'invoquent pas les sermons. Se présentant « les mains nues », ils utilisent les mots du cœur.

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