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L'enfer à cause des bêtes à bon Dieu

Publié le jeudi 19 mars 2009 à 01H00 - Vu 46 fois


Les coccinelles n'abîment pas la maison où elles hibernent, mais elles y laissent des traces et des signaux chimiques…

Les coccinelles n'abîment pas la maison où elles hibernent, mais elles y laissent des traces et des signaux chimiques…

Jean-François Scherpereel


LA maison est grande et belle. Antonello et Corinne ont acheté cette villa de la banlieue rémoise en décembre. Un peu à l'écart dans la nature, elle a tout du havre de paix. Pourtant, c'est la guerre ! Une guerre déclarée par des « bêtes à bon dieu », sans doute d'origine asiatique, qui ont pris pied dans l'espace avant l'arrivée de leurs hôtes. La maison dispose d'un beau terrain de 2.000 m2, laissé à l'état sauvage et bordé de résineux. Quand le couple y a posé ses valises, elle a repris vie après plusieurs mois sans occupant. Enfin, pas tout à fait. Dès que les volets roulants ont été ouverts, les « bêtes à bon dieu » sont tombées « par poignées », comme en témoignent les taches sombres sur les volets blancs. Le couple a donc tout nettoyé, pensant avoir réglé le problème. Peine perdue : « Le lendemain, c'était la même chose. On en trouve tous les jours. Et tous les jours, c'est la corvée d'aspirateur. Il y en a partout : dans les assiettes, le lit, par terre… », soupire Antonello. Le maître des lieux a enfumé sa maison : « A chaque fois, il faut partir pour la journée. » Mais les petites bêtes résistent à tout : à l'insecticide, aux « barrages à insectes », et même à des températures inférieures à moins 10°. Pas de chance pour ce couple (et sans doute pour d'autres). La coccinelle asiatique est « invasive » et « se répand à grande vitesse » tant elle est prolifique. En colonisant nos contrées, elle détruit les espèces « indigènes ». Considérée au départ comme un insecte utile à la lutte contre les pucerons, elle devient peu à peu « indésirable ». Car elle s'agrège par centaines dans les maisons ou les jardins - notamment à proximité des pins - pour passer l'hiver. Elle n'abîme pas les maisons, mais elle peut tacher les murs si elle est écrasée, comme sur les volets d'Antonello. Par ailleurs, elle répand une substance jaunâtre et malodorante - mais pas toxique pour l'homme - qui amène les individus à se regrouper. La faute aux Belges Dans les maisons, les coccinelles ne se reproduisent pas et ne mangent pas. Elles hibernent et attendent les premiers jours du printemps pour s'en aller… En cas d'invasion, les spécialistes recommandent donc de les laisser tranquilles si elles ne gênent pas. Ou de les « chasser » à coups d'aspirateur ou de balai. Cependant, soulignent les mêmes spécialistes, les coccinelles auront tendance à revenir si elles sentent leur signal chimique ! Si Antonello et Corinne partagent ainsi leur maison avec les « bêtes à bon dieu », c'est à cause des Belges. Nos voisins d'outre-Quiévrain les ont importées et lâchées dans la nature comme agent de lutte biologique. Sans en mesurer les conséquences... La coccinelle jaune est un prédateur pour nos petites coccinelles rouges. L'université de Bruxelles mène une enquête pour mesurer leur impact : les premiers résultats sont assez « alarmants ». Et ce que nous vivons dans notre région commence à se retrouver partout en Europe, mais aussi sur le continent nord-américain. Justement, dans les vignobles américains, les coccinelles se délectent des raisins. À la récolte, elles sont vendangées en même temps que les grappes. Elles finissent donc dans le jus du raisin. Or, paraît-il, les substances qu'elles émettent à l'écrasement suffiraient à modifier le goût du vin… Et les spécialistes de conclure qu'on aurait pu se passer de ce problème : notre chère coccinelle européenne était à même de chasser les pucerons… Mais à un coût plus élevé. J.-F. Scherpereel

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