Publié le jeudi 11 mars 2010 à 11H28 - Vu 2955 fois
Saï, leader du groupe de rap de Bernon «GSK», est celui que la patrouille de police voulait interpeller lundi lorsque ça a dégénéré. Il raconte sa version des faits à l'union.
«On reconnaît nos torts, mais que la police reconnaisse les siens », assure Saï. Ce jeune homme de Bernon, âgé de 25 ans, est au centre du dramatique accident de lundi. C'est lui que les policiers cherchaient à arraisonner. Il raconte la succession de faits qui a entraîné le jet de pierres fatal. Un policier du commissariat d'Épernay, touché à la tempe, est entre la vie et la mort.
« Lundi, vers 15 h 30-16 heures, je sors de chez moi avec la voiture de mon frère. Je me dis : « Tiens, je vais aller faire un tour en ville ». A la sortie du quartier, je croise une voiture de police. » Saï n'est pas un enfant de chœur. Il a déjà eu affaire à la justice dans le passé. Et pas seulement.
« J'avais une petite histoire de vol pour laquelle ils voulaient m'entendre. Ils étaient déjà passés en juin, à 6 heures du matin, pour faire une perquisition. Mais s'ils veulent me trouver, ils savent où je suis », dit-il. Selon lui, il ne s'agit pas d'une affaire de trafic de stupéfiants.
« J'ai continué ma route, puis j'ai décidé de revenir. Je reprends la direction du quartier, je recroise la voiture de police. Le policier au volant me fait signe de m'arrêter. J'ai respecté la vitesse autorisée. » Là, Saï aurait expliqué par gestes qu'il s'arrêtait au quartier.
« Je me gare, je laisse les clés sur le contact et je me dirige vers eux. Je pensais que ça allait se passer verbalement. Je n'ai pas eu le temps de m'expliquer, le conducteur, (ndlr le brigadier-chef Michel Husson) m'a attrapé aux épaules avec ses deux mains, assez fortement, quand je suis sorti de voiture. Je me débats un peu et me mets à l'écart, à environ deux mètres. » Les deux autres policiers, l'adjoint de sécurité et la jeune stagiaire, ne bougent pas lors de la scène et restent, eux aussi, en retrait.
Tout se passe rapidement, Saï dit au policier : « Pourquoi tu fais tout ce cinéma ? Tu ne m'auras pas. Moi, je ne viens pas ».
« Il a sorti sa lacrymogène et sa matraque »
Saï affirme que le policier a fait mine de partir puis s'est retourné d'un bloc, avec dans une main une bombe lacrymo, « on appelle ça un extincteur » et dans l'autre, sa matraque. « Ça m'a énervé, je lui ai dit : « Moi aussi je vais te frapper ». Mais en fait je commençais à paniquer, je sortais n'importe quoi. »
Ce face-à-face attire du monde. Il commence à y avoir foule, place Fada n'Gourma. Des jeunes, des vieux, même des mamans…
« Là, j'ai vu le policier qui était de plus en plus menaçant, qui tenait quelque chose dans sa main, arme de poing, flash-ball, je n'en sais rien, il y en a qui m'ont poussé. On me disait « Barre toi ». C'est ce que j'ai fait. »
Saï prend la fuite en courant. Il voit, en chemin, des voitures de police qui vont en renfort vers le quartier. Alors il retourne voir, de loin, ce qui se passe. Ce faisant, il croise quelqu'un qui lui apprend que son petit frère a été gazé par le policier. « Je perds tous mes moyens, j'ai les nerfs, je ne calcule pas qu'on me recherche, je veux y aller. » Il croise son frère qui court, lui aussi, en se tenant le visage. « Il reconnaît ma voix. »
Saï n'a pas le temps de s'approcher davantage. Les renforts sont là. « Les policiers me voyaient de loin. Il s'est avéré ensuite qu'un gars a pris une pierre ou un pavé, je ne sais pas d'où c'est parti car j'étais loin de la scène. Pour moi, les jeunes autour se sont sentis menacés par le policier. » C'est ce qui aurait, d'après lui, motivé ce maudit jet de pierres. « C'est pour ça qu'il a reçu le projectile. »
Pour Saï, tout est parti en vrille, du fait que le policier a gazé son frère, « sans que ce soit nécessaire ». « Il venait juste voir ce qui se passait et voulait récupérer sa voiture. Il n'a rien à voir avec quoi que ce soit d'illégal. Et en gazant mon frère, des mamans qui se trouvaient autour l'ont été aussi. » Les jeunes qui se trouvaient là ont voulu venir en aide, pense Saï.
« J'étais en délit de fuite, mais on a gazé quelqu'un qui n'a rien à voir, qui est juste de ma famille. »
Pour l'heure, recherché, Saï se planque. « Je ne sais plus trop quoi faire, vu la tournure des événements. mais elle est là la vérité. La lacrymo, c'est l'élément déclencheur. Il y a des torts des deux côtés », insiste- t-il.
Fabienne NOUIRA-HUET
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site








Réagissez