Publié le mercredi 28 janvier 2009
Le tribunal correctionnel a condamné, lundi, le massacre d'une trentaine de sangliers par des chasseurs, pris d'une sorte de « frénésie de tuer », le 5 décembre 2007, dans le secteur de La Moncelle.
L'AFFAIRE, à l'époque, avait fait du bruit. A tous les sens du terme. D'abord parce qu'une bonne centaine de coups de fusils avaient été tirés, en l'espace de quelques secondes, au point que l'un des acteurs de la tuerie avait dit, par la suite : « On aurait cru la guerre ! ». Ensuite parce que les chasseurs ardennnais « normaux », en avaient été totalement indignés et l'avaient fait savoir, par la voix des responsables de leurs sociétés et de leur fédération.
Le 5 décembre 2007, en début d'après-midi, alors qu'il sortaient de table, ce qui explique probablement leur état à ce moment-là, une quinzaine d'invités de Cyril Dussart, entrepreneur en bâtiment de Balan, avaient, en sa compagnie, massacré vingt-six sangliers, qu'ils avaient rabattus et qu'ils avaient acculés contre le grillage de protection de l'autoroute, dans les bois au-dessus de La Moncelle, dans le secteur de la D4, ne leur laissant aucune chance de s'échapper.
Tirant dans tous les sens, comme assoiffés de sang, ils s'étaient alors livrés à un « véritable carnage », ainsi que l'ont dit, lundi, aussi bien le président du tribunal, que le substitut du procureur. Cyril Dussart comparaissait en effet devant eux, ayant choisi d'endosser seul toute la responsabilité de cette histoire, dans un geste, qu'avec une certaine ironie, le bâtonnier Pierre Blocquaux, avocat de la fédération des chasseurs, a qualifié de « chevaleresque », cette façon de faire ayant surtout permis - grâce à l'aimable compréhension du procureur en poste à ce moment-là, lui-même étant chasseur - d'éviter des poursuites à ses complices.
Une fois « dégrisés » et lorsqu'ils eurent pris conscience de ce qu'ils avaient fait, en découvrant l'ampleur du massacre, les chasseurs de la bande à Dussart avaient alors décidé, purement et simplement, de se débarrasser des sangliers morts, pour ne pas avoir à rendre des comptes, en les balançant… dans la Meuse, petit travail de manutention qui se déroula, aussi discrètement que possible, jusqu'au 8 décembre, sur les localités de Bazeilles et Remilly-Aillicourt.
Mais ce qu'on a appris également à l'audience - détail particulièrement « déplaisant », ainsi que l'a fustigé le substitut -, c'est que pour être bien sûr que tous sauraient tenir leur langue, comme unis par un « pacte de sang », Cyril Dussart avait fait parvenir à tous ses acolytes, dès le lendemain des faits, une liste en dix-sept points, énumérant les réponses qu'ils devraient faire, les uns et les autres, à l'identique, au cas où les gendarmes sedanais viendraient les interroger ! « J'ai mal géré cette affaire en tant qu'organisateur, mais je ne suis ni un braconnier, ni un barbare ; ce n'était pas prémédité », a tenté de se justifier le prévenu, alors que le président venait de lui dire qu'il n'avait vraiment pas donné, ce jour là, « une bonne image des chasseurs ».
Privé pour deux ans du droit de chasser et de détenir un plan de chasse, il a été condamné également à 1 000 € d'amende et 500 € pour frais de justice, ainsi qu'à 1 000 et 500 € pour la fédération de pêche et à 300 et 50 € pour une association de protection de la faune sauvage. Le préjudice subi par la fédération des chasseurs sera examiné, au civil, le 27 mars prochain.
G.G.-M.








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