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François Mayu sculpteur d'obus

Publié le dimanche 08 novembre 2009 à 01H00 - Vu 95 fois


François Mayu :

François Mayu :

Jean-Marie CHAMPAGNE


D'Allemant à Craonne, il arpente le Chemin des Dames, le regard tourné vers la terre. Une terre fraîchement labourée de préférence. Celle qui recrache encore à sa surface les débris métalliques enfouis depuis la Grande Guerre, provenant des centaines de milliers d'obus utilisés sur le front pendant quatre années. Ce sont ces fragments d'engins de mort que François Mayu vient chercher ici, sur les anciens champs de bataille.
« Voici ma zone de prospection », sourit-il en montrant le paysage aux couleurs automnales, en contrebas de la Caverne du Dragon. Là-bas, dans les villages, comme à Oulches, sa grande silhouette couronnée de cheveux blancs est devenue familière aux agriculteurs. Depuis cinq ans, ils voient cet homme marcher avec respect et obstination sur ce sol où ont alterné combats acharnés et accalmies. Certains descendent parfois du tracteur pour venir saluer ce drôle de Parisien obnubilé par la guerre.
Un besoin très fort de revenir
L'artiste apprécie ces rencontres. A force de fouler ce terrain, il a tissé des relations amicales avec les gens qui vivent autour de ce plateau et qui sont sans doute intrigués par le côté singulier de son travail.
« Je viens deux fois par an, un mois à chaque fois. Quand je suis à Paris, au bout d'un moment, je ressens un besoin très fort de revenir ».
Cet appel irraisonné pour le Chemin des Dames vient sans doute de cette atmosphère si particulière qu'il n'a trouvée nulle part ailleurs. « La guerre de 14-18 me touche depuis mon enfance. Mon grand-père maternel, que je n'ai pas connu, a été l'un de ces centaines de milliers de poilus blessés à Verdun. J'ai lu beaucoup d'articles dans les magazines historiques, regardé des documentaires télévisés, des photos… Le Chemin des Dames, plus que tout autre lieu, symbolise cette guerre ». La violence, la destruction sont restés enfouis et en même temps très présents pendant des années dans sa mémoire. Jusqu'à ce que cette attraction se déclenche.
Symboles de violence
François Mayu a alors laissé tomber son ancien métier, dans la communication, pour se consacrer à la peinture et à l'assemblage de ces fragments d'obus rouillés qu'il rapporte dans son atelier du XVe arrondissement. Là, il enlève la terre, il les assemble dans une forme élancée qui symbolise la souffrance, les blessures. Des corps meurtris se dressent sous ses coups de marteau. Chaque sculpture a pour titre « Chemin des Dames » suivi d'un numéro. François Mayu sait qu'il ne sera jamais à court de matière première. Dans cette terre qui a enfoui tant de secrets, il est déjà sorti des tonnes de ces éclats. On entend dire qu'il en sera encore ainsi pendant des siècles.
« J'utilise ces éléments plus ou moins grands, plus ou moins tranchants, symboles de violence extrême, que je soude pour leur donner cet aspect », explique-t-il. Face à l'impossibilité de dire l'horreur de ce conflit, c'est sa façon à lui de témoigner de l'indicible. D'utiliser des matériaux de destruction pour leur donner une vie. Le contraire de la guerre.
mMarie-Christine Lardenoism
François Mayu considère que de l'utilisation de tels matériaux, une part de son travail doit être consacrée à accompagner la vie. Il verse 20 % du fruit de ses ventes à une association pour le développement des soins palliatifs.

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