Publié le samedi 29 mai 2010 à 11H00 - Vu 846 fois
A l'origine, les fouilles archéologiques devaient porter sur environ 7 000 m2 de terrain destinés à accueillir un lotissement à la sortie de Sarry. Un diagnostic, établi par l'INRAP l'an dernier, laissait envisager d'une importante nécropole antique ou médiévale. Lorqu'un arrêté portant prescription d'une intervention archéologique est notifié, la legislation impose qu'aucun travaux ne peut démarrer tant que les opérations sur le terrain ne sont pas terminées. Seulement voilà. Le lotisseur n'a pas daigné attendre l'intervention des chercheurs pour commencer son chantier.
« Quand nous avons appris qu'ils avaient démarré les travaux, il était malheureusement trop tard » raconte Christelle Lagatie, en charge du dossier à la Drac. Nous avons dressé un procès verbal car cette destruction constitue une infraction au code du patrimoine, nous avons également prévenu l'aménageur et, de son côté, la police a également dressé un procès verbal. Le dossier est actuellement entre les mains du procureur qui décidera des poursuites à donner. »
Nécropole médiévale
L'affaire remonte à l'année dernière. En août, le diagnostic met en lumière des zones intéressantes à explorer. En octobre, les travaux démarrent alors qu'une fouille doit être prescrite. Depuis, trois maisons ont été bâties sur un site funéraire antique et médiéval.
De quoi faire entrer les archéologues dans une colère noire. D'autant que cette fouille, relevant de l'archéologie préventive, n'aurait rien coûté au lotisseur si ce n'est un peu de patience.
Au final, les spécialistes de la société Archéosphère qui ont mené les fouilles n'ont travaillé que sur 640 m2. L'espace d'une future maison sur lequel le propriétaire (qui n'est pas l'aménageur du reste du lotissement) a tenu à ce que les chercheurs puissent faire leur travail.
Le Champ aux Ecus dévasté
Bien lui en a pris car il sait ainsi que, sous sa future demeure, se trouvait une vingtaine de sépultures de l'époque médiévale ainsi qu'une zone d'habitat dont l'usage reste à déterminer. Ce propriétaire avait fait réaliser une étude géologique sur laquelle les archéologues se sont appuyés. « Il s'avère qu'à trois mètres sous le sol, on trouve la nappe phréatique. Il y avait sans doute là un puits d'1,80 m de diamètre », souligne un chercheur.
La présence des vingt sépultures sur une aussi petite zone, combinée à la mise au jour d'ossements lors des travaux de terrassement des pavillons, permet aux archéologues de penser qu'il y avait là une nécropole de grande taille. « La conservation osseuse est très bonne. La plupart des fosses épouse la forme du corps, lequel reposait dans un linceul. C'est caractéristique de l'époque médiévale, souligne Marie Maury de la société Archéosphère. Or nous avons très peu de vestiges de cette époque. »
La destruction de sites archéologiques est toujours d'actualité, malgré les subventions de prise en charge qui, bien souvent, permettent aux aménageurs de ne pas mettre la main à la poche. Mais certains sont trop pressés. D'autres se disent ignorants des règles à respecter. Du côté de Fagnières, sur le lotissement du Champ aux Ecus, l'Effort Rémois - bâtisseur bien connu de logement social - a commencé à construire alors qu'une prescription de fouilles avait été délivrée et qu'un diagnostic, établi en 2004, signalait un site funéraire protohistorique. Là aussi, le dossier suit son cours au Parquet de Châlons. Cette fois c'est la totalité du site qui a été détruite. Au moins, sur Sarry, les archéologues ont pu sauver quelques trésors. Le chantier n'aura duré que quatre semaines. Mais il aura permis d'en savoir plus sur l'histoire de Sarry et, plus largement, celle de notre département.
Stéphanie VERGER
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