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Château-Thierry / Assises de l'Aisne Le violeur présumé risque la perpétuité

Publié le jeudi 18 mars 2010 à 12H00 - Vu 136 fois


Jean-Marie Champagne

Jean-Marie Champagne


GINO OOGHE, âgé de 57 ans, a déjà vécu plus de quarante-sept ans derrière les barreaux ou les hauts murs des hôpitaux psychiatriques. Aujourd'hui, ce destin cadenassé risque de s'allonger considérablement à l'issue de trois jours de débats devant la cour d'assises de l'Aisne. Il risque une peine de réclusion criminelle pour un troisième viol commis sous la menace d'un couteau, le 14 mars 2007, à Château-Thierry.
Echec de la psychiatrie
Sa vie signifie l'échec de la psychiatrie, malgré les doctes interventions d'experts, hier après-midi. Vivant à Bohain-en-Vermandois, il quitte sa famille à l'âge de 6 ans, pour être soigné dans un sanatorium en raison de son asthme. Ensuite, deux ans plus tard, l'enfant est confié aux infirmiers et aux psychiatres.
Il n'est âgé que de 8 ans quand l'un d'eux lance à sa mère. « Je lui promets un triste avenir. » Personne ne connaît le nom de sa maladie ou la raison de son déséquilibre.
Sa maman lui rend visite dans un établissement sinistre, le lave et lui dit adieu.
Le gant glisse sur sa peau comme une dernière caresse. L'histoire ne dit pas si elle se retourne quand elle part pour ne jamais revenir. La mère a choisi de quitter son mari incarcéré pour viol. Gino est seul au monde. Quand sa maman meurt, il est encore incarcéré et demande l'autorisation de participer à ses obsèques. Mais le juge d'instruction refuse. Il n'est nul besoin d'attiser, pourtant, sa révolte ancrée en lui comme un clou dans une planche.
Fausse dénonciation
La tentation de comparer cette vie improbable, tissée par tant de dureté et de violence, avec celle de sa victime à Château-Thierry, permet la mise en lumière d'étranges éléments communs. D'abord, âgée aujourd'hui de 24 ans, elle a quitté également son domicile dans l'enfance. À l'âge de 12 ans, elle est placée dans un foyer et des familles. Deux ans plus tard, elle obtient la condamnation pour inceste de son père, qui séjourne deux ans en prison. Celui-ci reconnaît ces faits qui n'existent pas. Amoureux de sa femme alcoolique, il veut être incarcéré pour se libérer de son influence. L'adolescente revient sur ses accusations, devient anorexique. Son statut de victime lui vaut un chèque de 30 000 euros mais cet argent, jamais remboursé, est aspiré par son concubin qui perd tout au jeu. Il la bat et elle le quitte. Sa fragilité joue certainement le rôle d'aimant chez l'accusé. Elle pèse 40 kg. À un magistrat, il déclare d'ailleurs : « Devant des filles comme elle, on est comme un lion devant une biche, on pense plus à notre faim, à nos envies, à nos pulsions qu'à tout autre chose ».
La victime, défendue par Me Diot, raconte avec précision sa peur de mourir quand elle est agressée sexuellement. Menue, elle témoigne pourtant d'une force surnaturelle, loin de tout désir de vengeance. Elle est même presque lumineuse lorsqu'elle lance à propos de son bourreau : « Je ne veux pas l'accabler. Je pense qu'il a connu beaucoup de soucis avec la prison et l'hôpital ». Me Miel, avocat de la défense, refuse de ferrailler. « Par respect pour votre douleur, je ne poserai pas de question ».
Thierry de LESTANG PARADE

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