Publié le samedi 14 novembre 2009
Les riverains observent régulièrement, impuissants, les trafics, d'héroïne notamment, sur la place de l'Eglise.
Herve OUDIN
IL faut parfois se méfier des massifs de fleurs. Ce commerçant d'Aÿ lui, n'en veut surtout pas près de sa vitrine. « Entre les seringues et les déjections canines, non merci ! »
Aÿ de jour, Aÿ la nuit. Aÿ Champagne, Aÿ la blanche. Que s'est-il passé pour que cette commune de 5.000 habitants change à ce point de visage ? « Rien du tout, ajoute ce commerçant, un brin fataliste. Lorsqu'on écoute les politiques et la police, justement, il ne se passe rien… »
Et comment ne pas les croire. Entre le son du clocher de l'église et ses petites rues historiques, Aÿ Champagne et son centre-ville dégagent la sérénité d'un gros bourg de campagne. Ne pas s'y fier. « Le week-end, c'est un vrai bordel, constate un autre commerçant du centre. Entre les bagarres, les vols et la drogue, il y a un vrai problème. »
Et ce n'est pas Teddy et Olivier qui diront l'inverse. Installés à la terrasse d'un café, place de la Mairie, les deux hommes ne cessent de penser à la scène qu'ils ont vécue quelques jours avant. Une bagarre à la sortie d'un bar, et puis cette voiture qui fonce sur eux, sans raison apparente. Un pan de mur de cette petite ruelle qui rejoint la place en porte encore les stigmates.
Et à la boulangerie Baillet, on ne décolère pas. « C'est inadmissible, tempête la propriétaire, témoin de la scène. Faut-il qu'il y ait un mort ici pour que les choses changent ? » Le conducteur de la voiture a pourtant été jugé, et condamné à de la prison avec sursis. Un jugement qui sonne presque comme une provocation selon eux.
Nouvelle génération
Mais c'est autour de l'église que certains trafics s'organisent le plus souvent. L'endroit est calme et facile à fuir. Un point de rendez-vous idéal pour s'échanger la poudre. Ou pour se faire un shoot. « L'autre jour, j'ai vu cette fille en train de se faire un garrot, raconte un riverain. Ensuite, ils mettent les aiguilles dans les pots de fleurs. »
La résine de cannabis a laissé place à l'héroïne, témoin de l'arrivée d'une « nouvelle génération ». « Avant, ils roulaient en épave et volaient des scooters, maintenant, ils arrivent dans des grosses voitures allemandes. » De temps en temps, confirme cet Agéen, le calme revient. Pour quelques semaines seulement. Le dernier « coup de filet » de la police date d'environ deux semaines. « Mais une autre bande avait déjà pris la place… »
Non loin de là, une autre commerçante compte les points, et surtout ce que la délinquance lui coûte depuis quelques années. Cambriolage, dégradations, vol, sans oublier quelques incendies de véhicules, le tout dans ce même secteur. « On porte plainte à chaque fois, mais il n'y a jamais de suite, déplore-t-elle. Et puis la police est rarement présente. »
Se protéger
Alors certains ont décidé de s'organiser tous seuls. Et d'installer des yeux et des oreilles, juste au cas où… Filmer la voie publique n'est peut-être pas permis, mais ce n'est pas le plus inquiétant. « Moi je vais acheter une arme parce qu'il faut bien se protéger », confie cet autre riverain. Un cas qui ne serait pas isolé. « Je connais plusieurs personnes qui se sont équipées. Un jour, ça finira mal. Quelqu'un va tirer pour rien, pour protéger sa voiture… »
Julienne GUIHARD-AUGENDRE











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