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Au Grand Théâtre Un opéra engagé et actuel

Publié le samedi 20 février 2010 à 11H00 - Vu 36 fois


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Le trio concertant instruments - voix - électronique est organisé de main de maître jusque dans les moindres détails.

Le trio concertant instruments - voix - électronique est organisé de main de maître jusque dans les moindres détails.


Par Francis ALBOU

SON livret est tiré de la pièce de Christopher Marlowe « Massacre in Paris » représentée à Londres à la fin des Guerres de religion, dans les années 1590. La musique est signée Wolfgang Mitterer, brillant organiste allemand et fervent interprète de Bach. L'opéra relate l'effroyable tourmente de la Saint-Barthélemy ourdie par le trio infernal Catherine de Médicis - Henri III - Henri de Guise.
Mais, au-delà de ce conflit historico-religieux - que chacun subit de plein fouet - Mitterer médite sur l'insatiable soif du pouvoir qui conduit les tyrans - passés et présents - sur des chemins infernaux où ils font habilement chevaucher la religion, prétexte commode à leurs fanatismes. « Massacre » créé à Vienne en 2003 met en perspective les désastres fomentés par Catherine de Médicis et son fils Henri III et la Guerre du Golfe qui venait de commencer. Une guerre qui, selon le compositeur tenait davantage du conflit d'intérêt et de pouvoir que de la croisade… Le hasard fit que la création de « Massacre » au Wiener Festwochen coïncida avec l'ordre du Président Busch de lancer ses troupes sur l'Irak ! Wolfgang Mitterer justifiait alors en ces termes le double jeu de son opéra : « Ce qui m'a interpellé avant tout était que l'affrontement me semblait avoir lieu pour des questions d'argent, d'intérêt, de possession… sous d'apparentes raisons philosophiques, d'opinion ou de croyance ». Les mêmes que celles invoquées par le redoutable Henri de Guise !…
Immense talent
Organisé en trois parties, l'opéra s'ouvre par l'assassinat de Jeanne d'Albret (mère d'Henri IV) et s'achève par celui du Duc de Guise au château de Blois en décembre 1588, seize ans plus tard. Cinq chanteurs (trois femmes et deux hommes) campent la redoutable faune confrontée à neuf instruments (piano, clavecin, violon, cor, percussions…). Chacun est employé dans toute l'étendue de ses possibilités… jusqu'à la rupture. Parcourant la totalité de l'œuvre, un continuum électronique contrepointe le vécu historique de la pièce de Marlowe, tout en nous renvoyant, par le recours aux sons actuels, à notre époque, à nous-mêmes, à nos guerres. Et, insidieusement, le récit historique s'évapore, s'absente même… Chiens, insectes, avions (et bien d'autres créatures !) viennent se mêler à des pages de Bach, Tallis, Monteverdi, Schubert… On sent flotter dans la réalisation de cette bande électronique le souffle d'Edgar Varèse, de Luciano Berio, de Steeve Reich aussi ! Harmoniquement et mélodiquement, Mitterer déploie un immense talent, combiné à un véritable sens de la couleur et de l'orchestration. Le trio concertant instruments - voix - électronique est organisé de main de maître jusque dans les moindres détails.
Comme chez Monteverdi, l'improvisation ouvre de larges perspectives à la réalisation de l'écriture qu'un procédé électronique de spatialisation rend encore plus dramatique.
La mise en scène de Ludovic Lagarde fait subtilement écho à la violence de la musique, tout en rendant palpable la structure interne de l'œuvre. La fragilité humaine - que stigmatise la bande-son - trouve son illustration scénique dans les ébats d'une fragile Eve dansante, déshumanisée par la férocité de l'Histoire… ou par notre indifférence !
Massacre, vendredi 26 et samedi 27 février à 20 h 30. Au Grand Théâtre de Reims - Réservation 03.26.50.03.92.

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