Publié le samedi 17 avril 2010 à 12H00 - Vu 93 fois
ELLE ne paie pas de mine. Pas de vitraux, du bardage sur les côtés, seule sa paroi frontale avec sa croix rappelle qu'elle est une église. Elle est un peu à l'image de celui dont elle porte le nom. Jean-Marie Vianney non plus ne payait pas de mine. Peu doué à l'école, celui qui est devenu le curé d'Ars, aurait pu ne jamais être ordonné prêtre si seuls ses résultats en latin avaient compté.
Elle était provisoire
L'église Jean-Marie-Vianney est fermée depuis trois ans. Aujourd'hui il est question de la rayer du paysage en la rasant.
« Moi, jamais je ne toucherais à une église mais ça a l'air décidé. Ils parlent de mettre le bureau de poste à la place », confie une habitante du quartier. Ça sent la fin prochaine. « A une époque il y avait du monde à la messe. Au moment de sa fermeture, il n'y avait plus que les Portugais du quartier qui y allaient. »
La petite église, toute moche, aura du mal à réunir un comité de soutien contre sa démolition. Même son curé, Nicaise Rousseaux, peine à la défendre : « Elle a été construite dans les années soixante pour répondre à un afflux de population dans ce quartier. Il a été convenu dès le départ qu'elle serait provisoire. On lui avait fixé une durée de vie de 40 ans, elle a donc largement fait son temps ». La tour Eiffel aussi était provisoire.
Ce n'est pas tant parce qu'elle n'avait qu'un CDD que les curés l'ont lâchée. Pour la garder, l'Eglise aurait dû y faire des travaux, or l'Eglise n'a pas d'argent. « Où vouliez-vous qu'on trouve les sommes pour la restaurer ? Ce ne sont pas les habitants de Wilson qui auraient payé », confie-t-on à l'archevêché. Personne n'a voulu payer pour elle. L'Eglise a vendu Saint-Jean-Marie-Vianney au Foyer rémois. Sans doute pour une bouchée de pain, pour le prix du terrain.
Le permis de démolir n'a pas encore été délivré mais ne saurait tarder. « À ce jour, il n'y a pas de projet finalisé », précise le premier adjoint au maire Éric Quénard.
Un protecteur inattendu
« Je sais que le Foyer rémois réfléchit à un nouvel aménagement de la place Mozart. Le bailleur social envisage notamment d'avancer les commerces en lisière de route. Nous devons de nouveau les rencontrer sur le sujet. Quoi qu'il en soit, je ne pense pas qu'ils envisagent de garder l'église. »
Autrement dit, Saint-Jean-Marie-Vianney ne devra pas compter sur la Ville pour la sauver du trépas. Le problème, c'est qu'à part quelques anciens de Wilson, personne ne semble y tenir à cette église. Encore que. Il en est un. Et pas n'importe qui.
L'architecte de bâtiments de France, Raphaël Gastebois y tient à ce monument, mémoire d'un quartier et toute une époque. « Je ne dis pas que c'est un monument qui mérite d'être classé mais on n'est peut-être pas obligé de le raser pour autant. Je trouve ce lieu émouvant. »
Celui qui est chargé de préserver le patrimoine rémois a été ému. Saint-Jean-Marie-Vianney tient peut-être là une chance de salut. Comme quoi les voies du seigneur sont impénétrables.
Catherine FREY
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