Publié le mercredi 02 mai 2012 à 10H25 - Vu 205 fois
Dans la région Centre, on se met aussi au béton de chanvre, explique Lucien Charvoz (Epsilon).
Sinal. La valorisation des matières agricoles au centre d'un salon à Châlons.
Utiliser les plantes pour produire de l'énergie et fournir des matières nouvelles aux entreprises, voici un beau dessein qui anime depuis plusieurs années les laboratoires de recherche publics et les services R & D privés. De multiples procédés viables sont aujourd'hui disponibles. Mais comment passer de l'expérimentation des blouses blanches, de la mini-usine pilote, aux marchés de masse ? C'est une problématique qui s'est dégagée, la semaine dernière à Châlons-en-Champagne, à l'occasion du Sinal Exhibitions, le salon de la valorisation des agro-ressources,
L'une des clés du développement de ce que les Anglo-Saxons appellent la « bioéconomie », reste la demande des industries traditionnelles. Le « vert » a fait son entrée il y a quelques années dans le marketing des grandes marques, notamment celles qui ont besoin d'emballage et de contenants. Au Sinal, L'Occitane est venue annoncer en avant-première la sortie d'un flacon en plastique végétal issu de canne à sucre 100 % biosourcé et 100 % recyclable. On connaît aussi l'intérêt du géant Coca-Cola pour le plastique « vert ». Mais tout le monde n'a pas franchi le pas.
« L'intention des utilisateurs est là, mais ils ne veulent pas le faire à n'importe quelles conditions. Il n'y a pas de compromis technique, un peu de compromis de prix et une inquiétude sur la sécurité des approvisionnements ou les problèmes éthiques », souligne Raphaël Mestanza, directeur de l'innovation de Special Chem, une entreprise internationale qui fait le lien entre nouveaux produits et utilisateurs industriels.
Directeur de l'Arcad, une association qui promeut les matériaux durables dans la construction en Champagne-Ardenne, Eric Desailly a sur son stand de jolis échantillons d'isolants en liège et de plaques de plâtre dopées à la cellulose. Il reconnaît que la lutte est rude contre le parpaing traditionnel et la laine de verre. « Le marché reste faible en volumes par la force de l'habitude, à cause du prix et de la reconnaissance technique des produits nouveaux. » Les plus audacieux en matière de construction durable sont les bailleurs sociaux.
Il y a de beaux exemples en Champagne-Ardenne de logements construits avec le mix paille/bois et en béton de chanvre. Ce matériau isolant et respirant séduit aussi la région Centre. Converti, l'entrepreneur en bâtiment Lucien Charvoz (Epsilon) va livrer plusieurs immeubles collectifs ainsi qu'un hôtel.
Son entreprise fait partie du « cluster » régional Valbiom, qui tente de faire émerger des filières biomasse.
Les régions agricoles, de par leurs productions, ont des atouts pour se positionner sur les nouveaux marchés.
La Champagne-Ardenne a fait ses preuves dans le bioéthanol et la cosmétique. Josué Migard, chef de projet intelligence économique et innovation à la CCI régionale, pense qu'il y a une carte à jouer dans les bioplastiques. Il a rédigé une étude à ce sujet. « Aujourd'hui, la moitié des brevets sont déposés en Chine et aux États-Unis, il faut s'y mettre si l'on veut être dans l'économie de demain », exhorte-t-il. Les freins à ce développement sont liés aux capacités d'investissement des entreprises, mais aussi à l'environnement réglementaire.
Aux Etats-Unis, Barack Obama vient de signer un mémorandum pour privilégier les achats fédéraux biosourcés. En Italie, les bâtonnets ouatés doivent être tous en bioplastique dégradable.
Pourquoi ? Parce que les Italiens ont la fâcheuse habitude de les jeter aux toilettes plutôt qu'à la poubelle après usage, d'où une regrettable pollution. Le « green business » peut mener loin, mais il tient à peu de chose parfois…
- Innovation: deux prix
Le Sinal a été l'occasion de récompenser des entreprises innovantes. Le 1er prix, «Cités en Champagne», a été décerné à Innobat, une entreprise qui fabrique des profils en matériaux composites à renforts en fibres naturelles. Le second prix, « Conseil général de la Marne » revient à Biolie dont le procédé Olie permet de faire des extractions aqueuses et enzymatiques d'huiles et d'actifs végétaux.
Julien Bouillé
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