Publié le jeudi 02 février 2012 à 10H50 - Vu 263 fois
EPERNAY (Marne). Vent polaire, mais pas vent de panique dans le vignoble. La nature reprend un cycle normal et bon pour les vignes. Les professionnels ne sont pas mécontents.
«IL était temps! Le gel est plutôt bienvenu pour que la végétation comprenne enfin que c’est l’hiver.»
Si Olivier Collard, vigneron de la vallée de la Marne se frotte les mains, ce n’est donc pas uniquement en raison de la brutale chute des températures sous zéro. Tout cela est bénéfique pour son vignoble.
Satisfaction
«Il convient bien entendu d’arrêter de tailler vu la baisse,» poursuit le producteur de Villers-sous-Châtillon. «C’est juste un peu brusque de se retrouver à - 10° (ressenti à cause du vent), mais c’est sain, tout va dans le bon sens. Ca va permettre d’aérer les sols, car l’eau contenue dans la terre favorise le travail de l’oxygénation.»
Même satisfaction affichée du côté de Mareuil-sur-Aÿ. Fabrice Pouillon estime naturellement que c’est une bonne chose.
«Il n’aurait pas fallu que cela intervienne plus tard. Dans un mois il y aurait certainement eu des dégâts sur les bourgeons. En plus, il s’agit malgré les apparences d’une descente relativement douce depuis le début de la semaine. Il y a eu des paliers de progression. La végétation va ralentir, alors que certains commençaient à nourrir des inquiétudes par rapport aux températures élevées enregistrées en janvier. La surprise ne vient pas du froid, mais de la douceur que nous avons connue jusqu’à présent. Si on peut avoir un temps froid pendant encore trois semaines, ça ne sera pas un mal.»
Le vigneron ajoute que des saisons bien marquées sont essentielles pour de bonnes pratiques culturales, évitant la montée des maladies et permettant une baisse de la pression phytosanitaire.
Passage au froid naturel
«Sur mon exploitation, je prévois toujours un certain nombre de travaux en cas de période de froid. En début de liste de mon programme, figure l’ouverture en grand de la cuverie, pour un passage au froid naturel… Et puis, il y a toutes les actions classiques de broyage qu’il vaut mieux accomplir quand les sols sont gelés.»
De retour des vignes, Yves Logerot, ouvrier viticole de la côte des blancs, n’avait qu’une phrase à dire: «Ça caille!», mais avec l’expérience, les professionnels ont l’habitude d’affronter les caprices rafraîchissants de Dame Nature.
Bonnet, gants, et vêtements bien chauds assurent une protection pour le travail dans les vignes.
«Par grand froid, les gens continuent à bosser. Certains en profitent pour étendre des écorces, semer de l’engrais, couper la charpente, et même lier. En revanche, il ne faut pas tailler pour ne pas prendre le risque de faire éclater le bois. Beaucoup de monde avait constaté que la sève n’était pas redescendue loin. De telles températures vont resserrer les choses.»
Bref, les professionnels champenois se rient de la bise qui glace les oreilles, en songeant déjà à l’effet bénéfique qui devrait rejaillir sur la prochaine vendange!
Un effet rassurant
Pour Guy Lux, formateur à la MFR de Gionges, et spécialiste de la filière viti-vini, l’arrivée du froid a un effet rassurant pour toute la filière.
«Ça apaise tout le monde par rapport à la météo qui a un impact important sur le cycle de la vigne. Nos trois variétés de cépages peuvent résister sans problème jusqu’à une température de -15°. Tout le monde espère bien entendu que le froid ne va pas descendre plus bas.»
Le formateur, estime que globalement la chute du thermomètre est satisfaisante, même si cela paraît brutal pour le commun des mortels. «C’est l’hiver qui arrive enfin, la vigne va donc pouvoir se caler sur un rythme normal et on peut avoir logiquement de basses températures (même de 0 à 5°) pendant tout le mois de février. Cela va calmer la plante, car en dessous de 9°, la vigne cesse toute activité. Au-dessus, on risque toujours une activité cellulaire qui conditionne le débourrement.»
En outre le spécialiste explique que les sols gelés permettent aux prestataires de services d’entrer en jeu comme dans le cadre du broyage de sarments. «Sur des sols durs, le passage de leurs engins n’occasionne aucun dégât, la terre n’est pas tassée, bref tout est positif!»
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