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La Champagne se serre les coudes

Publié le mardi 23 mars 2010 à 10H33 - Vu 104 fois


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Pascal Ferat, président du Syndicat général des vignerons.

Pascal Ferat, président du Syndicat général des vignerons.


2009-2010. Petit-déjeuner débat autour d'une conjoncture délicate

Pascal Ferat, président du Syndicat général des Vignerons (SGV)
"Nous avons fini 2009 avec des chiffres supérieurs à ce qui avait été prévu en volume, mais pas en valeur. Novembre et décembre ont été dynamiques, mais pas forcément pour le vignoble. Il faut rester attentif. »
« Les vignerons s'en sont bien sortis car le marché français a tiré les ventes. Mais beaucoup d'acteurs reviennent car ils ont des déboires à l'export. »
« La réserve qualitative est une des grandes richesses de la Champagne. D'ailleurs, tous les vignobles veulent nous copier. Le cognac l'a mis en place l'an dernier. C'est un système d'assurance automatique financé par la filière. Le rêve pour les banquiers. »
« La crise, c'est les récoltants qui la payent. Ils ont eu une baisse de 35 % de leurs revenus. »
« La reprise n'est pas encore là. On n'est plus dans le rouge mais pas non plus dans le vert. On est dans l'orange. L'orange foncé. »
« Évidemment, les Bourguignons et les Alsaciens ne souhaitent qu'une chose : qu'on remonte les prix, sinon on leur prend des clients. »
« La Champagne produit aujourd'hui des vins d'excellente qualité. L'augmentation de la durée de vieillissement minimum de 12 à 15 mois a été une mesure phare. On peut prendre des mesures en faveur de l'environnement mais pour améliorer la qualité, je ne vois pas. Faire de bons vins, c'est l'apanage des chefs de cave. »
« Les bouteilles sur lattes, c'est un faux problème. Si on travaille la typicité, on élimine forcément les bouteilles sur lattes. »

Jean-Pierre Cointreau, Pdg de Champagne Gosset
Chez Gosset, nous n'avons pas bougé notre politique tarifaire. Nous avons considéré que si nos bouteilles restaient en cave un peu plus longtemps, ce n'était pas grave. »
« Le marché français a bien tenu et nous sommes passés de deux tiers des volumes à l'export à 30 %. Certains marchés ont été pénalisés par les devises. Surtout la Grande-Bretagne. »
« Les Chinois sont amateurs d'alcools bruns. Ils doivent maintenant acquérir la culture du champagne. Mais ils s'adaptent vite. Ils savent que c'est un élément de positionnement social. »
« En Chine, le cognac Frapin est une belle locomotive pour les champagnes Gosset. »
« En phase de crise, il n'est pas interdit d'investir pour se structurer. Nous avons acheté nos locaux d'Épernay dans cet esprit. »
« Aujourd'hui, il faut travailler deux fois plus qu'hier pour arriver au même résultat. Nous faisons de la prospection intensive, tout en restant prudents. »
« Mondialement, la consommation s'est transportée du lieu de vente au domicile. C'est lié à la conjoncture et, surtout, au fait que les gens ne voulaient pas montrer qu'ils consommaient du champagne. Les Américains ont cette éthique. »
« Au moment de la crise, fin 2008, début 2009, les traders n'allaient plus au restaurant. Ou alors, quand ils y allaient, ils n'utilisaient plus la carte bleue professionnelle mais la leur. »

Evelyne Boyer, directrice département des grandes entreprises, CIC-Est
"Les banques ont soutenu le champagne depuis le début de la crise. On connaît nos clients, on sait qu'ils sont capables de rebondir. Et nous avons été sensibles à un accord interprofessionnel intelligent. »
« Le négoce a surtout souffert dans le haut de gamme et à l'export, au premier semestre 2008. Mais les maisons qui sont présentes sur toute la gamme se sont vite adaptées et, dès le second semestre 2008, elles se sont mises en ordre de bataille. Que ce soit sur le plan des tarifs ou des volumes. »
« Certains acteurs ont eu besoin de vendre pour pouvoir payer les échéances, ce qui explique la pression sur les prix. »
« Il faut bien voir qu'avec la baisse du prix du kilo de raisin et de l'appellation, le coût de l'approvisionnement baisse de 30 à 35 % pour le négoce. »
« 2010 risque d'être une année difficile pour les viticulteurs en termes de rentabilité et trésorerie car ils paieront des impôts et la MSA sur une année forte alors que leurs revenus auront baissé. »

Philippe Baijot, Pdg Lanson
Chaque fois qu'il y a crise, il y a dégradation des prix. Et, à chaque fois, la reprise passe par les prix. »
« Les bas prix, que nous avons tous constatés et, pour certains d'entre nous, pratiqués, expliquent le grand nombre de bouteilles vendues. Ils ont permis de toucher des gens qui ne pourraient pas s'offrir du champagne en temps normal. »
« Le début de l'année me semble prometteur. Lanson exporte à 80 % et nos importateurs refont leurs stocks. »
« Chez Lanson, nous avons maintenu nos prix. Mais chez Maison Burtin, nous les avons baissés. »
« La grande force de la Champagne, en période de crise, c'est de savoir se serrer les coudes. »
« Oui, les marchés émergents sont intéressants. Mais ce n'est pas de là que va venir la reprise. Pour la Chine, on parle d'environ un million de bouteilles. C'est 2 ou 3 % du marché anglais ! »
« Il ne faut pas être angélique, le moral des consommateurs est lié à la crise. Et la casse économique et sociale dans le pays n'est pas terminée. »
« Les cuvées de prestige, il ne faut surtout pas les brader. Même en période de crise. Car c'est très long d'asseoir un prix. »
« L'image de fête et de plaisir qui est associée au champagne a été jugée indécente par certains. Par exemple, certaines collectivités ont décidé de faire des pots avec autre chose que du champagne. »
« Ce ne sont pas les centres Leclerc qui font les prix. C'est nous. On en est responsables. »
« Le champagne n'a jamais été aussi bon qu'aujourd'hui. Et la gamme s'est étendue. Par exemple, on assiste à un véritable engouement pour le rosé. »
« Le champagne a la chance d'être le premier verre. Donc, il souffre moins que les alcools bruns. Souvent, les consommateurs, au restaurant, prennent une flûte puis de l'eau. »
En 2009, au niveau national, les vins d'entrée de gamme ont progressé de 12 % en volume et de 3 % en valeur. Les marques n'ont pas bougé leurs prix ».


Sébastien Robert, responsable des achats vins et spiritueux pour la Scapest et DG du centre Leclerc de la Ferté-sous-Jouarre
L'entrée de gamme, qui se situait autour de 12-13 euros, il y a deux ans, est descendue fin 2009 à 8,5 ou 9 euros. Nous avons même proposé des bouteilles qui revenaient à 5,30 euros en cumulant tous les avantages de la carte Leclerc. »
« On a clairement vu des consommateurs de crémants de Bourgogne ou de Loire venir au champagne. »
« 2009 a été notre meilleure année au rayon liquides et alcools. »
« Si les premiers prix avaient été à 10 euros, au lieu de 8, on aurait valorisé plus et peut-être vendu les mêmes volumes. »
« Tout se voit en Champagne. Deux ou trois palettes vendues 1 euros de moins, ça fait tout de suite boule de neige, car tout le monde le sait. »
« Je pense que les prix vont baisser à nouveau en avril. »
« Pour nous, le champagne à 10 euros est un produit d'appel. Mais nous raisonnons sur une offre globale, marques y compris. »

Table ronde animée par Sébastien Lacroix

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