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Dominique Dutartre : "Vers 2 000 emplois à Bazancourt"

Publié le mardi 11 mai 2010 à 10H39 - Vu 398 fois


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« Le président Obama aussi. »

« Le président Obama aussi. »


Entretien avec Dominique Dutartre. Président d'ARD, vice-président du Pôle industries agro-ressources.

Dominique Dutartre préside la société Agro-industries recherches et développements (ARD) à Pomacle. Président de Futurol, il est le directeur général adjoint de Champagne Céréales.
Le Pôle agro-industriel de Bazancourt crée de l'activité dans un pays qui se désindustrialise. Comment expliquer ce cas de figure isolé ?
« La transformation des agro-ressources est une des pistes importantes de réindustrialisation. C'est vérifié à Bazancourt-Pomacle. Je pense que cela se vérifiera aussi en Picardie, autour de Compiègne. Et que ce processus sera fortement mis en lumière aux Etats-Unis. Les moyens, l'énergie, et l'engagement du président Obama, laissent imaginer que, pour lui, les bio-raffineries sont le socle d'une nouvelle industrie pour son pays ».
Comment cela se traduit-il en terme d'emplois créés ?
« Dans les cinq dernières années, il s'est créé, ou transféré quelque 200 emplois environ à Bazancourt. La perspective d'emplois directs liés à des investissements industriels, et les emplois indirects liés à des sociétés de maintenance et de service qui viendront s'établir sur la technopole de la chambre de commerce, peuvent laisser espérer que le nombre d'emplois global, qui est à ce jour proche de 1 000, puisse doubler dans les dix ans. Car il y a aussi un très gros projet de développement économique porté par la CCI, le projet Sohettes Val-des-bois ».
Quelle place occupe Bazancourt dans l'agro-industrie ?
« Le Pôle de Bazancourt-Pomacle est, à ce jour, la forme la plus évoluée de bio-raffinerie intégrée dans le monde. Même si on ne manquera pas d'être challengé par les Etats-Unis. A terme, il y aura deux grandes plates-formes dans le Pôle IAR : Bazancourt-Pomacle tournée vers les sucres et les bio-technologies, et en Picardie, autour de Compiègne, la lipochimie, c'est-à-dire la chimie des corps gras, et la thermochimie ».
Vous réussissez à marier recherche, industrie et enseignement avec l'Ecole centrale, AgroParisTech. Quel est votre secret ?
« Dans notre région, il y avait un véritable cloisonnement entre l'industrie, l'enseignement, et la recherche académique. L'un des objectifs majeurs des Pôles de compétitivité est de décloisonner ces mondes qui s'ignoraient. Nous avons réussi, je pense, dans le cadre du Pôle Industrie Agro-Ressources, à trouver les meilleures synergies entre la recherche publique, privée, les entreprises, et les institutions ».
Mais pourquoi l'Université et les PME ont plus de mal à travailler ensemble ?
« Je sais que l'Université de Reims, avec celle d'Amiens, réfléchit à la construction d'un projet commun dans certaines disciplines, qui gravitent autour des thématiques du Pôle. Donc je crois que la dynamique du Pôle est un facteur de révolution culturelle entre les mondes académiques et de l'entreprise ».
Vous pensez pouvoir attirer d'autres écoles à Bazancourt ?
« On va déjà terminer le premier cercle avec AgroParisTech, Centrale et RMS. Nous nous sommes donné comme projet d'accroître le nombre d'étudiants, et de porter ce dispositif vers des écoles doctorales. Nous aurons nécessairement des relais avec d'autres, comme AgroParisTech et les Arts et métiers, et donc l'Ensam de Châlons. A terme, on peut imaginer trois chaires de 15 étudiants, se préparant à des doctorats. Dans le sillage de ces initiatives, pourraient se créer, avec l'Université de Reims, des masters spécialisés. Avec un nouveau type de campus dans un univers industriel ».
Vous présidez la société ARD, qui est engagée sur différents projets. Des biocarburants à la cosmétique en passant par l'acide succinique, etc. Quelle est la cohérence dans tout ça ?
« La cohérence est double. C'est de trouver de nouvelles valorisations aux productions agricoles, végétales régionales, ou à leurs sous-produits. En mettant en œuvre des procédés efficaces, rentables, et respectueux de l'environnement. Pour atteindre ces objectifs, il y a plusieurs axes : le fractionnement du végétal, la construction d'une chimie du végétal, avec tout le secteur des tensioactifs, c'est-à-dire de ces associations de sucres et d'alcools gras, qui vont donner toute une gamme de produits pour la détergence ou la cosmétique. C'est un des gros pôles de brevets d'ARD. Troisième axe, la bio-technologie, c'est-à-dire l'utilisation d'auxiliaires vivants tels que levures, bactéries, etc, pour produire des molécules d'intérêt pour la chimie, en alternative au pétrole. C'est l'exemple de l'acide succinique. Et le tout est intégré au dispositif industriel ».
Y-a-t-il d'autres dossiers de recherches ?
« Nous travaillons aussi dans le domaine des éliciteurs, pour une agriculture durable, moins consommatrice d'intrants. On privilégie les mécanismes de défense naturelle, quitte à les exciter par des molécules naturelles. C'est un gros dossier de recherche. Avec les tensioactifs, nous travaillons à la construction de molécules qui amélioreraient l'efficacité des produits phytosanitaires, avec des adjuvants d'origine végétale ».
Quelles sont les pistes qui portent les plus grands espoirs ?
« La réponse est dans la plateforme que nous avons proposée, dans le domaine des bio-technologies industrielles. Si l'acide succinique est le premier maillon du schéma, nous avons dans l'entonnoir un certain nombre de molécules à l'étude. Cela correspond à un très gros programme labellisé par le Pôle de compétitivité, le programme Synton. Nous travaillons par ailleurs sur les ingrédients alimentaires. Pour le compte de la filière luzerne, nous avons contribué à l'obtention de l'homologation européenne des protéines foliaires de luzerne à usage alimentaire. Nous sommes en train d'analyser les conditions de mise en œuvre et de formulation, pour pénétrer le marché ».
Quel est l'enjeu ?
« C'est de trouver de nouvelles capacités de valorisation de la luzerne, qui en a bien besoin. Il nous paraît indispensable de préserver cette production régionale, importante pour l'agronomie champenoise, et pour sa contribution à une agriculture durable. La luzerne a la capacité naturelle de fixer l'azote atmosphérique ».
Vous misez sur la production de biocarburants comme appoint de transition aux énergies fossiles. Mais l'avenir n'est-il pas déjà ailleurs ?
« Nous ne trouverons pas, du moins à court terme, de solution unique à la substitution du pétrole. En particulier dans les carburants liquides. On nous annonce l'avènement de voitures électriques, ou à hydrogène. Mais ni l'hydrogène, ni l'électricité ne sont des énergies. Ce sont des vecteurs énergétiques, en amont desquels il faut des sources d'énergie. Donc, il est vraisemblable que pour les 30 à 50 ans qui viennent, il y aura un bouquet énergétique. Dans ce bouquet, les biocarburants de première et de deuxième génération prendront leur place, qui sera partielle. Dans le cadre européen, il est prévu d'incorporer 10 % de biocarburants dans les carburants liquides en 2020. L'horizon est donc balisé par Bruxelles ».
ARD travaille sur la plante entière. Pourquoi cette exploitation si tardive ?
« L'analyse du moyen et du long terme nous révèle deux choses : un immense besoin de produits alimentaires pour faire face à l'accroissement démographique, et un besoin croissant de biomasse pour apporter une substitution progressive au fossile. L'un des moyens d'y parvenir est de prendre l'ensemble de la ressource végétale, agricole et forestière ».
Sans contradictions entre une agriculture qui nourrit les hommes, et celle qui produit de l'énergie et de la matière ?
« La première fonction de l'agriculture, c'est de nourrir les hommes. Il n'empêche que l'enjeu climat-énergie est important. Pour y répondre, il faut continuer d'investir en recherche & développement afin de tirer parti, soit de zones de fertilité faible permettant une production de plantes dites dédiées aux besoins énergétiques comme le miscanthus, ou des taillis à moyenne ou courte rotation, qui ont des capacités de production de biomasse. Car on assiste, en France, à une réduction des terres agricoles par l'urbanisation, mais aussi par l'abandon de terres peu fertiles ».

Recueilli par Dominique Herbemont

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