Publié le mardi 25 mai 2010 à 09H14 - Vu 268 fois
Un vrai patron sous les habits du moine bénédictin.
Dom Didier Le Gal a-t-il manqué sa vocation ? À moins qu'il ait réussi à en concilier deux : l'amour de Dieu et les affaires. Invité par le réseau Entreprendre Champagne-Ardenne, ce moine de l'abbaye Saint Wandrille, est arrivé jeudi, à la Caisse d'Epargne de Reims, revêtu de la tunique noire de son Ordre des Bénédictins.
Si l'habit ne fait pas le moine, le prieur de cette abbaye aurait pu tout aussi bien pu apparaître en costume cravate, dans la peau d'un jeune cadre de la Défense. Discours branché, avec une aisance trahissant la fréquentation de grands patrons, il était venu parler « Foi et business », ou « la règle de saint Benoît au service de l'entreprise citoyenne ».
L'esprit d'entreprise
Héritier des moines copistes, le cellérier de Saint-Wandrille a fait évoluer cette tradition vers la numérisation électronique.
« Entré au monastère à l'âge de 19 ans, je ne connaissais rien au management. » C'est la règle de saint Benoît, édictée au 6e siècle, qui lui a donné les fondamentaux pour diriger une équipe de trente personnes. « Plus douze moines à manager ». Il est aujourd'hui à la tête d'une structure holding, avec des filiales qui travaillent notamment pour l'industrie aéronautique et spatiale.
Mais Dieu dans tout ça ? « Il n'y a pas de prière sans travail. » L'esprit d'entreprise ? « Une participation à l'acte créateur. » S'il accorde plus de cinq heures par jour à la prière, Dom Didier Le Gal n'en oublie pas ses responsabilités de cellérier. « Le manageur est porteur de sens. C'est un homme de vision, de paix et de terrain. ». Dans la dimension spirituelle qu'il lui apporte, c'est aussi « un homme de la compassion, de la maïeutique ». Et qui ne craint pas la confrontation.
Un homme tout de même, capable de s'emporter, de pardonner. Et d'écouter. Le cellérier de Saint-Wandrille n'a pas sa langue dans sa poche quand il dit que « l'on ne peut pas faire passer une décision en gueulant »…Pour mieux nous expliquer qu'il faut « respecter les gens avec qui l'on travaille ». Et s'il s'est permis de dire à un patron que les toilettes de son usine étaient « dégueulasses », c'était pour dire que la propreté et la beauté contribuent au respect, lequel participe à la bonne marche d'une entreprise. Ah, si les patrons étaient tous convertis à ces valeurs.
« Il n'y a pas de travail sans spiritualité » va jusqu'à prêcher ce moine-manageur, qui voit dans nos sociétés suicidaires un signe d'acédie. Ou atonie de l'âme. A méditer.
Dominique Herbemont
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