Publié le samedi 15 septembre 2012 à 11H00 - Vu 636 fois
Sitôt l'annonce de l'effroyable nouvelle, il faut chercher sur la carte de France où peut bien se situer le pays maudit où il va falloir aller vivre. Au nord du Nord ? Au bord du Rhin ?
PAUVRE et frêle demoiselle de Fréjus depuis peu professeur de Lettres et que sans vergogne aucune le ministère de l'Education Nationale affecte au collège de Nouzonville !
Pauvre Toulousain qui, à peine sorti de l'Ecole Nationale de la Magistrature, est nommé juge au tribunal de Charleville-Mézières
Pauvre brigadier des douanes de Collioure qui injustement sanctionné par ses chefs écope d'une mutation disciplinaire à Sedan ! Et ce fringant cadre supérieur d'un important groupe industriel que la direction expédie de la région parisienne dans une usine de Revin avec pour mission de tenter de la sauver du naufrage.
On les voit pâles comme morts, le jour où leur tombe dessus l'effroyable nouvelle.
On les entend ameuter leurs proches, criant « Catastrophe, je suis muté dans les Ardennes ! » On les voit, les yeux rouges de rage, chercher fébrilement sur la carte de France où peut bien se situer ce pays maudit qu'ils soupçonnaient être belge. Au nord du Nord ? Près du Rhin ? Nulle part ? Ils le trouvent enfin le satané département français, pointe indécente enfoncée dans le ventre de la Belgique !
Piètre consolation quand quelqu'un de leur famille apporte une lueur d'humanité en attelant Sedan à une glorieuse équipe de football et Charleville à un poète.
Sur le chemin ferroviaire de leur calvaire, quel choc en gare de Reims quand le TGV Paris-Charleville se vide des neuf dixièmes de ses voyageurs !
Et quel choc quand à l'entrée autoroutière d'un département qui affiche avoir « vue sur l'avenir » ils aperçoivent un cochon sauvage monstrueux !
Le psychiatre
Leur avenir à eux tient en un mot : « partir » ! A peine installés dans leur terre d'exil, ils n'ont qu'une idée en tête, s'évader le week-end dans ce qu'ils estiment être des lieux civilisés, Reims, Paris, Bruxelles.
Certains d'entre eux multiplient les « arrêts maladie », vont jusqu'à feindre la grave dépression chez le psychiatre avec l'espoir de décrocher le cocotier, un congé longue durée.
Autre stratagème, plus digne et qui au lieu de coûter à la République lui rapporte gros, s'investir à fond dans son métier, donner carrément dans l'excès de zèle afin d'être bien noté par ses supérieurs et par là même obtenir sa mutation.
Tant pis pour les Ardennais, innocentes victimes d'un contrôleur des impôts qui en poste dans le Midi ne s'acharnerait pas à ce point sur les contribuables !
Mais les Ardennes, terre d'épreuves, savent consoler et rasséréner les éprouvés. L'air de rien, l'océane forêt veille à les bercer et la Meuse langoureuse à les transporter dans l'imaginaire des légendes et des poètes.
Comment les exilés de force pourraient-ils ne pas répondre à l'appel de la vallée de la Semoy, du val de la Bar, des vallons de Gruyères et de Signy-l'Abbaye, de l'étoile de Rocroi, du bocage de Brognon ? Il leur suffit d'y oser quelques pas pour être imprégnés de la sève et de l'âme d'un vrai pays et d'un pays vrai. Un terroir ravi de les voir se régaler avec la gastronomie rustaude des aïeux. Hum, la salade au lard, la cacasse à cul nu, la galette au sucre !
Quel bonheur !
Dès lors, quel étrange revirement, quel déroutant virage à cent quatre-vingts degrés chez certains de nos prétendument « déportés » dans les Ardennes !
Déjà, ils ont occulté ce qui les taraudait : le ciel bas et lourd, les cimetières d'usines, l'impression qu'ils avaient d'être engloutis dans un autre temps, un autre monde où les autochtones se meuvent dans une résignation et une humilité latentes. Brisé, le prisme déformant !
Pourquoi vouloir quitter un pays dont on apprécie de jour en jour ce bien rare et précieux que l'on nomme « la qualité de la vie » ?
Ici, point d'embouteillages, point de gens pressés et compressés. Ici, l'air pur, le calme ont l'obligation d'être à deux pas du nouveau venu afin de l'inviter, s'il le désire, à mener une vie où il peut prendre le temps de se donner du bon temps en se fondant et se confondant avec la forêt et les gens du pays.
Sacrés Ardennais que l'on croyait taiseux, austères, enfermés dans leur passé, leurs bois, leurs principes, leur vocation à être fatalement les parents pauvres de la France !
Si on ne les prend pas de haut, si on ne les taquine pas au sujet de leur patriotisme schisteux, ils ouvrent leurs portes à ceux qu'ils nomment « les étrangers ». Quel bonheur de partager leur quotidien, de sacrifier avec eux au rituel dominical du plein de bières trappistes dans la toute proche Belgique, d'aller avec eux crier « Allez Sedan ! » au stade Louis-Dugauguez, de les entendre conter des histoires de chasse, de braconnage, de contrebande !
Je sais des gens qui quelques mois après s'être écriés « Catastrophe, je suis muté dans les Ardennes » sont demeurés dans le pays où ils étaient entrés en reculant, s'y sont mariés, y ont fait souche, s'y sont « ardennisés » au point d'être devenus plus ardennais que certains de. leurs compatriotes enracinés dans le pays depuis des générations. Notamment ceux qui alors qu'ils y travaillent ou à l'heure de la retraite perdent leur âme en allant faire semblant de vivre dans les vanités et les torpeurs du Midi.
Qu'en pensent les chênes de nos forêts ?
Yanny HUREAUX
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Les dernières contributions
valerio
16/09/2012 à 09h38
BRASSENS : "...des cieux imbéciles où jamais il ne pleut."
Claire08
15/09/2012 à 23h34 | 2
soyons honnêtes, j'suis née ici et j'y suis très attachée...
Mais la seule chose qui me retient: la famille!
Après je dis pas qu'on est forcement malheureux dans les Ardennes, mais mon Dieu, faut voir les choses en face... En plus du manque d'activité (boulot, disco,...), la mentalité n'est pas forcement une des meilleures en France.
on fait partie des français les moins ouverts, malgré la frontière avec la Belgique.
Les étrangers, et quand je dis étranger je parle de tous les étranger (car une autre définition dans les Ardennes) allemands, chinois, brésilien, malien ou espagnol... se sentent vite mal ici, ils ont l'impression que les gens sont dans leur propre monde.
On a une pauvre mentalité! même si on est pas les pires en France!
TRINIDAD
CHAMPAGNE
15/09/2012 à 23h11 | 1
au petit matin 9h quel plaisir de prendre son dejeuner en septembre sur une terasse de balcon il fait 20° la mer est calme des gens en bras de chemise vont travailler les cigales sont deja en activitees, quel bonheur de profiter de cet environnement malheureusement il faut rentrer dans sa region plutot fraiche ce matin à peine 9° il a pas photo ! le seul avantage je n'utiliserai pas de deodorant mais je vais rapidement enfiler une veste y a pas photo !
willyboyjunior
15/09/2012 à 13h11 | 2
Moi si un jour je pars, car il n'est pas trop tard... J'irais dans le grand nord Canadien... Au milieu des renards, des loups, et des ours..... en comunion avec la nature. Puisque on est entourés d'animaux sauvages dans nos contrée, je ne devrais pas trouver de différences.
themisblind
15/09/2012 à 13h01
Quand un ardennais arrive à Paris avec sa famille, l'effet est terrible et personne ne se soucie de lui puisqu’ils sont des milliers de travailleurs à vouloir repartir chez eux dés le premier jour (difficultés de logement, transports, prix, insécurité etc). Plus tard, quand les enfants sont en Fac c'est mieux accepté. Les Ardennes, c'est bien avec des jeunes enfants qui partent en grandissant, et ne reviennent plus.
yan lang
Le renoncement, c'est maintenant !!! La regression sociale, c'est maintenant !!! Le pouvoir à la finance, c'est maintenant !!!
15/09/2012 à 12h58
@ krolo, en effet, c'est ce que font de nombreuses personnes (la plupart sont des jeunes), n'évoluez pas, ne changez rien et restez donc entre vous. Mais attention à la consanguinité...
Krolo
08
15/09/2012 à 12h50
Que de gens qui critiquent ... Vous êtes libre, personne vous retient. Cassez vous si l herbe est plus verte ailleurs!
ardenna
15/09/2012 à 12h37 | 1
Personnellement je plains effectivement ces personnes. Vous avez beau dire ce que vous voulez, les Ardennes c'est loin d'être le top. Il suffit juste de sortir un peu de son trou pour s'en rendre compte.
willyboyjunior
15/09/2012 à 12h05
Ce n'est quand même pas la "CITE DE LA JOIE" de New Delhi, ou encore le "Goulag" de Varsovie... Il y fait bon vivre chez nous, "Crotte" alors ! Bon la fin de cet article est quand même un bon point pour nous. C'est un "recos" HI HI ! Merci !
yan lang
Le renoncement, c'est maintenant !!! La regression sociale, c'est maintenant !!! Le pouvoir à la finance, c'est maintenant !!!
15/09/2012 à 12h02 | 1
Tient, pas un mot sur ces gens, nombreux ici, qui s'acharnent de jalousie, qui manient comme personne la rumeur, qui vivent de méchanceté, d'aigreur. Pas un mot sur la non-vie de ce pays de misère, où sortie de la foire de Sedan et du festival des marionnettes, l'ennui vous ronge comme un cancer. C'est bien de ce bercer d'illusions avec des phrases toutes faites: "ils partent dans le sud mais beaucoup reviennent" (ah bon ??? c'est surement pour ça que les Ardennes se dépeuplent...) "ils pleurent 2 fois, quand ils arrivent et quand ils partent" (ça n'est vrai que dans les sketchs de Dany Boon...). J'ai, par mon métier, vécu dans de nombreux endroit (en France et dans la monde). Et honnêtement, les gens d'ici feront fuir les plus acharnés. alors, croyez bien que Mr le Beuqueux vous fait voir un mirage, ses Ardennes n'existent que dans ses articles et les rêveries de gens qui n'ont jamais vécu ailleurs. Pour ma part, dés que je peux, je me casse !!!