Publié le samedi 14 novembre 2009
Les représentants de l'Union des métiers et des industries hôtelières veulent motiver leurs troupes.
LE carton d'invitation était plutôt alléchant. Il énonçait que, dans le cadre de son tour de France et dans le but d'inciter les restaurateurs à appliquer la baisse de la TVA sur les prix, Christine Pujol, présidente de l'Union des métiers et des industries hôtelières (UMIH), faisait une escale à Reims. Elle avait gentiment convié la presse. On allait voir ce qu'on allait voir… C'est en pensant que les réfractaires à la baisse des prix allaient être sermonnés, que nous y sommes allés. Eh bien, on peut dire qu'on est restés sur notre faim, arrivés à la brasserie du Boulingrin où la conférence de presse avait été organisée. Les vieux réflexes corporatistes avaient repris le dessus.
« S'il y a eu baisse de la TVA, ce n'est ni un cadeau fiscal, ni un privilège, mais il s'agissait juste de mettre fin à une injustice fiscale avec les autres formes de restauration, il faudrait que la presse dise la vérité à ce sujet », recadre tout de suite Christine Pujol. C'est vrai qu'on comprend mal pourquoi la restauration rapide avait, elle, le droit d'appliquer une TVA à 5,5 %. « Le taux de défaillance dans l'hôtellerie-restauration a augmenté de 12 % en un an. » La crise est passée par là mais dans ce secteur comme dans les autres, pourrait-on lui rétorquer, sans être taxés de mauvais esprit. « La baisse de la TVA a permis d'atténuer les effets de la crise, de soutenir le secteur et de maintenir l'emploi. Nous sommes en train d'augmenter les salaires, de créer une mutuelle pour la profession et le nombre de contrats d'apprentissage a bondi de 7 % en un an. » Soit. « A Reims, la très grande majorité des restaurateurs ont appliqué la baisse des prix », assure Joël Oudin, le représentant local du syndicat. « Mais certains n'osent pas le dire de peur des contrôles fiscaux. » Ah bon ? « Mais surtout, en contrepartie de la baisse de la TVA, on a perdu nos aides. 180 euros par mois et par salarié. » Encore heureux ! On estime à 2,5 milliards d'euros le gain pour les restaurateurs grâce à la réforme, auxquels doivent être soustraits 650 millions d'euros d'aides. Soit donc environ 1,9 milliard en moins dans les caisses de l'Etat.
Heureusement l'Insee est là
A part ce chiffre-là, il sera difficile de s'en faire communiquer d'autres. Heureusement l'Insee est là. L'Institut national de la statistique annonçait hier soir que les prix dans les cafés et les restaurants sont restés stables en octobre pour le deuxième mois consécutif, après quatre mois d'application de la TVA à taux réduit, ce qui est censé se traduire par une baisse des prix d'environ 3 %. Les prix sont même remontés de 0,1 % dans les restaurants sur 1 mois et n'ont pas bougé dans les cafés pendant la même période.
Nous sommes allés interroger les restaurateurs rémois pour savoir s'ils jouaient le jeu. On peut dire qu'ils ne sont pas, pour la plupart, très loquaces sur le sujet. Le mot de la fin ira au patron du café-restaurant de la Paix, installé place d'Erlon, qui applique la baisse : « L'accord porte sur 3 ans. Pas de commentaire ! » On ne peut qu'être d'accord avec lui. Pas de commentaire ! Les chiffres de l'Insee parlent d'eux-mêmes.
Alexandre ROGER











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