Sopal : de l'encre bleue déversée dans la Houille

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Publié le vendredi 28 novembre 2008

Quelque 600 litres d'encre ont été déversés hier, selon les estimations de la préfecture.

Quelque 600 litres d'encre ont été déversés hier, selon les estimations de la préfecture.

Arlyne Jeannot

Hier, vers 11 heures, une ambiance bon enfant règne à la Sopal (Gascogne Laminates). Une dizaine d'employés sont dehors, il fait froid mais le brasier alimenté par du papier ou des branches mortes les réchauffe. Personne ne parle de l'encre bleue déversée dans la Houille, une heure plus tôt aux environs de 10 heures. Soudain, une dame de Fromelennes se dirige vers les grévistes.
« Ça ne sert à rien ce que vous faites. Ce n'est pas en polluant la Houille que vous allez obtenir quelque chose », peste-t-elle. « Je préfère que ça soit mes enfants qui mangent que les canards », s'énerve un homme.
« Tu pollues plus que nous avec ta voiture » « Et toi, tu as pris ta voiture de Fromelennes pour venir nous attaquer, ici, tu pollues plus que nous. Cette encre n'est pas polluante. C'est de l'encre à l'eau », réplique un gréviste visiblement agacé. Les esprits commencent à s'échauffer. « On a été trop gentils jusque-là, c'est pour cela qu'on nous prend pour des cons. Nos frigos se vident et toi tu t'en fous. Tu n'aurais pas réagi de la même manière si c'était ton fils qui était concerné », lance un autre homme en direction de la dame. « On vous a bien proposé du travail en Suisse. Pourquoi vous ne les acceptez pas ? », dit-elle.
Et c'est la phrase de trop… « Là, c'est de l'encre biodégradable non polluante. Les autres encres que nous avons à l'usine contiennent du plomb. Tout volera à la Houille », s'emporte un ouvrier.
Personne à l'usine ne pouvait préciser le volume d'encre exact déversé dans la Houille. Vers 11 heures, une encre bleue avec des reflets plutôt violets stagnait sur la rive gauche de cet affluent de la Meuse.
Philippe Grazsyck et Daniel Pêcheux, les deux responsables syndicaux (Force ouvrière), n'étaient pas sur place lorsque cette substance qui sert à l'impression du papier gommé a été jetée dans la Houille.
« Nous n'étions au courant de rien. Nous désapprouvons ce genre d'action. Pour moi, il s'agit d'un acte isolé », regrette M. Grazsyck. En fin d'après-midi, Pierre Delcourt, le président de l'association des pêcheurs La Coyenne, ne s'alarmait pas de ce qu'il s'était passé : « D'après ce que l'on me dit, il s'agit d'encre à l'eau. Il n'y a pas de pollution. Si j'ai des informations qui me confirment qu'il y a vraiment pollution, j'avertirai la Fédération de pêche des Ardennes mais ce n'est pas le cas pour l'instant. Je trouve tout à fait normal que la Sopal se défende. Je pense qu'ils ont fait cela pour alerter les Belges. En effet, les Belges réagissent plus que les Français. »
Le site de Gascogne Laminates de Givet, jugé déficitaire par la direction, fermera ses portes le 31 décembre.
Une cinquantaine de salariés sont en grève depuis le 21 octobre, sans salaire et sans aucune certitude sur les compensations qu'ils obtiendront.


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La Belgique se porte partie civile


Dans le cadre de la commission internationale de gestion de la Meuse signée entre la France, la Belgique et les Pays-Bas, la préfecture des Ardennes a aussitôt alerté les autorités belges et notamment le ministre wallon de l'Environnement, Benoît Lutgen.
Gaëtan Frippiat, son directeur de la communication, a fait le point de la situation, hier, en soirée : « Le ministre a demandé au département de la police et des contrôles, situé côté wallon, de réaliser des analyses de l'eau pour mesurer le degré d'une éventuelle pollution. Des prélèvements ont donc été effectués mais, à cette heure, nous n'avons pas encore les résultats. »
Les communes riveraines les plus proches de la frontière française comme Hastières, Dinant et Ahnëe ont aussi été averties.
« Les premières traces de pollution ont été observées vers 14 heures à hauteur d'Hastières avant de faire leur chemin un peu plus loin ».
C'est ce qui a amené le ministre à se porter partie civile au cas où les autorités françaises décidaient de poursuivre les auteurs de cette pollution.
Selon nos informations, le phénomène « très léger et sans grosse conséquence » présenterait peu de risques pour l'environnement.
La préfecture des Ardennes, plus longue à réagir, a confirmé que « certains salariés de la Sopal ont déversé délibérément dans la Houille près de 600 litres d'encre utilisée dans le process de fabrication des papiers gommés et étiquettes ».
Le préfet a dénoncé avec fermeté « cet acte inadmissible » qui représente « une atteinte caractérisée à l'environnement, à une époque où tout le monde s'entend et s'accorde pour le protéger ».
Le représentant de l'Etat condamne ce méfait « qui va à l'encontre des intérêts des entreprises de la Vallée ». Il estime que « les auteurs doivent se préparer à en répondre devant les tribunaux suite à des dépôts de plainte » et regrette « l'image dévalorisante apportée par de tels faits au département ».
Pour finir, le préfet souhaite que salariés et direction de la Sopal renouent le dialogue pour trouver une issue rapide à ce conflit social.
Pascal Remy

Arlyne Jeannot
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bourquin

28/11/2008 à 13h53

Tous les actes contre l'environnement sont aussi imbéciles que ceux contre la dignité humaine. Les ouvriers coupables doivent être punis par la justice et leurs proches.

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